Science et Pseudo-Sciences n°274

Sommaire

Éditorial p. 1
Du côté de la science p. 3


HOMÉOPATHIE
L’homéopathie en médecine vétérinaire (Niall Taylor) p. 11
L’homéopathie vétérinaire au Royaume-Uni (Niall Taylor) p. 19
Les médicaments homéopathiques : un statut juridique d’exception (Pierre Bienvenu) p. 22
Tempête sur l’homéopathie. Un livre de Elie Arié et Roland Clash (note de lecture) p. 30


Carte blanche à... Bertrand Jordan « L’incidence sans cesse croissante des cancers... » p. 34
La « Biologie totale » (Nadine de Vos) p. 38
Petites nouvelles, gourous, voyants p. 42
Livres et revues p. 47
Lecteurs et internautes p. 53
Sornettes sur Internet. Les nanotechnologies p. 56
La revue Science & Vie envahie par le paranormal et la religion (Jean-Paul Krivine) p. 58
Mots croisés (Michel Barbe) p. 63
Ils l’ont écrit. Voltaire, sur les miracles p. 64


L’édito

Pourquoi encore parler de l’homéopathie ?

On trouvera dans le présent numéro plusieurs pages consacrées à l’homéopathie. Ce n’est pas la première fois que nous abordons ce sujet, et c’est pourquoi nous avons décidé d’en développer plus particulièrement deux facettes moins connues : le statut dérogatoire des médicaments homéopathiques (ils sont dispensés de la procédure d’Autorisation de Mise sur le Marché – AMM – et ne doivent pas faire la preuve de leur efficacité) et la prétendue efficacité de l’homéopathie vétérinaire (sur des animaux, qui ne seraient pas sensibles à l’effet placebo).

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Toutefois, pourquoi, diront certains, donner tant de place à ce qui n’est qu’une placebothérapie parmi bien d’autres ? Ne perdrions-nous pas de vue que cette pseudo-thérapeutique est généralement pratiquée (en France) par des médecins, dont l’immense majorité sait renvoyer vers la médecine fondée sur des preuves les cas qui le nécessitent, réservant les granules aux maladies qui guérissent spontanément, éventuellement avec l’aide de l’effet placebo ?

Ce qui nous amène à être aussi fermes, à déployer autant d’arguments précis et étayés contre les pratiques homéopathiques tient à quelques éléments qu’il convient de rappeler :
• La croyance à l’efficacité supposée de l’homéopathie est très largement présente dans la population, particulièrement en France. C’est probablement la croyance pseudo-scientifique la plus répandue, celle dont les adeptes deviennent les plus virulents lorsque l’on tente d’en mettre en doute le bien fondé. On observe chez ceux qui y croient une méconnaissance de la physique la plus élémentaire, une foi en des « preuves » qui ne sont que des anecdotes invérifiables et une ignorance totale de ce qu’est un test en double aveugle. En essayant d’expliquer la réalité, nous nous efforçons de faire œuvre pédagogique, dont l’effet devrait déborder largement du cadre de l’homéopathie et contribuer à une approche plus raisonnée d’autres questions.
• L’homéopathie est l’une des rares pseudo-médecines qui fait l’objet d’une prise en charge par l’assurance maladie. Une caution scientifique est de fait apportée ainsi à cette pratique, allant à l’encontre des avis répétés des Académies de médecine et de pharmacie, de toutes les études concluant à l’absence d’un effet autre que l’effet placebo. Certains prétendent que c’est uniquement pour des raisons financières, son déremboursement étant supposé pouvoir entraîner la prescription de médicaments plus coûteux. Cela reste à prouver… Mais surtout, c’est l’ensemble d’une politique de santé publique qui s’en trouve affaiblie, la défense de l’élémentaire vérité scientifique devrait peser plus que de dérisoires et problématiques économies.
• Certains nous accusent parfois de sectarisme, d’étroitesse d’esprit. La science ne sait pas tout, elle est révisable. C’est sur cette évidence que les défenseurs de l’homéopathie se fondent pour augurer de façon bien péremptoire qu’un jour de nouvelles connaissances justifieront ce qui aujourd’hui semble absurde. Il faut comprendre que si des tests cliniques méthodologiquement corrects ou des résultats de laboratoires reproductibles validaient l’homéopathie, la conséquence ne serait pas un simple ajustement des lois de la physique actuellement connues, mais une destruction des bases même de cette science (rappelons que la dilution de la plupart des médicaments homéopathiques est telle qu’ils ne contiennent plus la moindre molécule de la substance supposée active… il ne reste que le solvant). Dans ce cas aucun scientifique ne refusera de procéder à la totale reconstruction qui serait nécessaire. Mais avant de commencer ce gigantesque travail, attendons d’avoir des raisons de le faire.

Pour notre part, nous continuerons à expliquer sans relâche ce qui est en jeu.

Ce numéro est disponible en version papier

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