Science et Pseudo-Sciences n°287 Hors-série Astrologie

Sommaire

L’astrologie, ça ne marche pas...

Éditorial : Le chant de la Sibylle p. 1

L’astrologie à travers l’histoire p. 3
L’origine de l’astrologie remonte à 3 000 ans avant notre ère. Le lien entre les astres et nombre de phénomènes terrestres pouvait être constaté tout au long de l’année : les lunaisons, les saisons, l’apparition d’étoiles filantes, la chaleur du soleil, etc. Par ailleurs, l’impérieux besoin de savoir de quoi demain sera fait a toujours habité les hommes. Pourquoi dès lors ne pas imaginer que les phénomènes célestes observés avaient également une influence sur les hommes, sur leurs destinées, influence due aux phénomènes eux-mêmes, ou manifestation d’un pouvoir divin. L’astrologie a d’abord concerné l’avenir des royaumes ou des princes qui les incarnaient. C’est avec les Grecs que sont apparus les premiers horoscopes individuels. La pratique de l’astrologie nécessitait une connaissance précise de l’astronomie de l’époque de telle sorte qu’elle était pratiquée par des astronomes. L’astrologie, parfois aussi appelée astrologie judiciaire quand l’astronomie prenait nom d’astrologie naturelle, a toujours fait l’objet de critiques de la part de certains érudits. Le divorce définitif interviendra avec les Lumières, avec le progrès des sciences en général, et celui de la connaissance astronomique en particulier, rejetant définitivement l’astrologie au rang des croyances et la pratique des astrologues à celle du charlatanisme.

L’astrologie face aux connaissances scientifiques p. 24
Profondeur du ciel, précession des équinoxes, nouvelles planètes, distances diverses... Le ciel tel que le supposent les astrologues n’est pas celui que l’astronomie nous décrit. Pris entre contradictions et dilemmes, et face à leurs détracteurs scientifiques, les astrologues affirment que leur discipline est symbolique, renvoient à des forces que la science devra un jour découvrir... Mais pour leurs adeptes, ils laissent croire à une « science des astres » entretenant une confusion intéressée entre astronomie et astrologie.

L’astrologie, ça ne marche pas ! p. 47
« Assurons-nous bien du fait, avant de nous inquiéter de la cause » recommandait Fontenelle. Si l’astrologie marchait, si les personnalités des individus étaient déterminées par la configuration de leur ciel de naissance comme l’affirme l’astrologie, alors, c’est bien la physique telle qu’on la connaît qui serait à revoir. Pas la réalité qu’il faudrait nier. Il resterait alors aux scientifiques à identifier quelles mystérieuses forces sont à l’œuvre, aussi improbables soient-elles.Malgré ce qu’en disent les astrologues, les expériences ne manquent pas, rigoureuses et menées selon les critères en vigueur dans la science moderne : tests, statistiques, essais en aveugle, etc. Et toutes, systématiquement, échouent à mettre en évidence l’une des corrélations alléguées.Plus intéressant, certains des mécanismes de la croyance en l’astrologie, comme par exemple le fait que l’on se reconnaisse dans son thème astral, comme d’ailleurs dans presque n’importe lequel, commencent à être élucidés.

L’astrologie dans la société p. 67
« Ce qui est grave, ce n’est pas que tant de gens croient à l’astrologie, c’est qu’ils jugent de choses sérieuses avec des têtes qui croient à l’astrologie » 1. Tant qu’elle reste affaire privée, la pratique de l’astrologie ne regarde que ses adeptes. Mais quand elle gagne la sphère publique, la démocratie peut, à juste titre, se poser des questions. On ne saura jamais l’influence réelle des voyants et astrologues sur certains hommes politiques, et dans quelle mesure il flotte toujours « une part de l’esprit de Catherine de Médicis dans les dirigeants actuels ». Plus généralement, quelle est la réalité de la présence de l’astrologie dans nos sociétés ? De quel « message sociologique » est-elle le vecteur ? Quel est son statut légal ?

Farce à l’université : la thèse d’Elizabeth Teissier p. 96
En avril 2001, un jury de la Sorbonne, présidé par Serge Moscovici, accordait le titre de Docteur en sociologie à l’astrologue Elizabeth Teissier. Qu’une astrologue soutienne un diplôme universitaire ne pose aucun problème, bien entendu. Que la sociologie s’intéresse à l’astrologie comme phénomène de société, rien de plus normal. Mais la « farce » réside dans le fait que, loin de tous les standards académiques, loin du sérieux d’une démarche sociologique, le travail dirigé par Michel Maffesoli se révèle un simple et mauvais plaidoyer pour l’astrologie. Cette farce a su trouver son chemin dans la conception revendiquée par certains sociologues que la science est un effet de pouvoir, et rien d’autre, et si donc Colbert n’avait pas réprimé l’astrologie, celle-ci serait une science et il n’existerait aucun moyen de la distinguer de la physique. De là « on passe facilement à l’idée que ce qui compte, ce sont les croyances subjectives et non leur correspondance avec la réalité (ce que je crois est “vrai pour moi”, comme on dit) » 2.


L’édito

Le chant de la Sibylle

Au fil des siècles, l’art divinatoire s’est adapté aux modernités qui se sont succédé et, du moins sous nos cieux occidentaux, il s’est petit à petit débarrassé de ses artifices grandiloquents et de ses outils encombrants. Il n’y a plus désormais d’aruspices triturant des viscères palpitants, plus d’augures surveillant le vol des oiseaux, plus de sibylles révélant la destinée des hommes. Il n’y a plus de prêtresses, plus de pythies, plus de devins, donc plus de prophéties, de vaticinations ni d’oracles. Mais contrairement à ce qu’on pourrait imaginer du haut de notre vingt et unième siècle, l’art divinatoire n’a pas disparu. En témoigne un de ses avatars : l’astrologie.

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Si on peut comprendre l’attrait qu’éprouvaient les Anciens (ou certains d’entre eux) pour cette « science », il est difficile, aujourd’hui, de l’aborder avec le sérieux qu’elle revendique.

Et pourtant…

Cette pratique désuète, dénuée de tout fondement rationnel, et dont les Lumières annonçaient l’extinction, est devenue un phénomène de société dont l’impact culturel ne peut être nié : elle répond à un certain nombre de besoins et de désirs, elle est productrice de « sens », elle rassure. Le succès de l’astrologie ne tient nullement à une quelconque « vérité » mais bien au crédit que l’on accepte de lui accorder.

Malgré les multiples démystifications dont elle a fait l’objet, l’astrologie continue donc d’exercer son influence à tous les niveaux de la société, y compris auprès de certains décisionnaires politiques qui, en l’invoquant, contribuent à accroître son pouvoir. Elle a ses entrées dans des lieux marqueurs d’autorité – comme la Sorbonne – ses publications bénéficient d’un marketing percutant, les médias lui ouvrent leurs colonnes, l’invitent sur leurs plateaux et font écho à ses prétentions de scientificité.

Quand l’astrologie se cantonne à une vocation lénifiante et quasi religieuse dont les implications restent individuelles et privées, on serait tenté de penser que chacun est libre de préférer l’illusion à la réalité et de chercher du réconfort là où il veut. Cependant, même si dans ce cas l’astrologie semble inoffensive, il est impératif de la dénoncer car, comme toute croyance, elle sape l’esprit critique et compromet la pensée rationnelle.

De plus, lorsque l’astrologie s’arroge un statut scientifique et intervient dans les affaires publiques, elle outrepasse dangereusement son rôle en conseillant hommes d’État ou chefs d’entreprises, ou par l’influence indirecte que ses représentants et leurs discours, largement médiatisés, peuvent avoir sur les prises de positions politiques et sociales.

Qu’elle soit ou non ce qu’Edgar Morin a appelé une « croyance clignotante », incertaine, fluctuant selon les humeurs, ballottée entre curiosité amusée et vague adhésion et dont personne ne serait vraiment dupe, il n’en reste pas moins que l’astrologie est une aberration qu’il convient de remettre à sa place de vestige fondé sur un système de croyances archaïques.

1 Jean Rostand, Inquiétudes d’un biologiste.

2 Jean Bricmont, « La thèse d’Elizabeth Teissier : une nouvelle affaire Sokal », Science et pseudo-sciences n°247, juin 2001.

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