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À quoi jouent les primates ? Enquête sur l’évolution de l’amour, de l’économie et du pouvoir

Publié en ligne le 3 novembre 2013
Note de lecture de Guillaume de Lamérie - SPS n° 306, octobre 2013

L’auteur est professeur de développement humain comparatif et de biologie évolutionnaire 1 à l’université de Chicago. Il nous fait partager les derniers travaux dans ce domaine de recherche en l’illustrant avec de nombreux exemples et anecdotes personnelles : de la mère italienne, maternelle à l’excès (l’auteur est d’origine italienne), aux comportements mafieux et népotistes des chercheurs dans la course aux publications et aux postes influents, en passant par le baiser profond et le monde de l’édition littéraire, tous nos comportements majeurs ou quotidiens sont analysés à la lumière des principaux concepts utilisés en biologie évolutionnaire appliqués à la psychologie et à la sociologie : la dominance, la théorie des jeux avec le dilemme du prisonnier, la mesure du rapport coût-bénéfices, la théorie de l’attachement...

À signaler, car ces questions sont rarement traitées, l’auteur évoque aussi les conséquences existentielles et philosophiques d’une telle théorie. Évoquant longuement le destin tragique de Mitchell Heisman 2, il aborde la question du libre arbitre chez l’être humain et s’interroge sur ce qui différencie l’humanité au sein du règne animal.

Le style est clair, les illustrations et anecdotes fréquentes, l’humour, voire l’ironie mordante, facilitent l’accès aux passages les plus complexes bien vulgarisés, le tout donnant un livre agréable à lire. Seule source d’irritation, pour moi, la sensation que la conception politique très libérale de l’auteur sous-tend régulièrement une partie de la thèse présentée dans ce livre, même si les questions du bien public et de la coopération au profit de la collectivité n’en sont pas pour autant oubliées.

Au final, ce livre permet d’avoir un aperçu des dernières avancées d’une discipline permettant l’élaboration de théories scientifiques très solides sur les causes ultimes de notre organisation sociale, économique, morale et politique. Un regret, les recherches dans le domaine de la biologie évolutionnaire et de son application aux comportements humains sont pratiquement absentes (ou alors relayées de façon caricaturale) de la sphère mediatico-culturelle et universitaire française 3.

1 La biologie évolutionnaire ou évolutive est un champ de recherche interdisciplinaire s’appliquant à la totalité du vivant, de la génétique aux comportements humains, selon les paradigmes de la sélection naturelle : les variations héritables et la reproduction différentielle (fitness).

2 Mitchell Heisman s’est donné la mort par arme à feu le 18 septembre 2010 après avoir rédigé une lettre d’adieu de 1905 pages adressée par courriel à de nombreuses personnalités, dont l’auteur, et disponible sur son site posthume http://www.suicidenote.info/. Après avoir longuement étudié la biologie évolutionnaire (dont les travaux de Dario Maestripieri), et accepté comme vrais ses postulats, il présente son suicide comme la seule réponse possible à une théorie entièrement déterministe ne laissant aucun espace à la liberté du sujet.

3 Signalons quand même l’un des rares laboratoires français à travailler dans le domaine, l’équipe de biologie évolutive humaine à l’Institut des sciences de l’évolution à Montpellier dirigé par Michel Raymond (http://www.evolutionhumaine.fr/index.php).

Publié dans le n° 306 de la revue


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