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Biométrie : la fin de la vie privée ?

Publié en ligne le 11 août 2006 - Éthique
par Marie-Hélène Verville

Reconnaissance de la voix, géométrie de la main ou profil ADN : la biométrie fait rêver tous les amateurs de romans policiers. L’arrivée de tels dispositifs est inéluctable, mais la société peut choisir d’en contrôler ses écarts. Car ses détracteurs craignent le pire : la société du Big Brother et la disparition de la vie privée.

La biométrie, c’est l’ensemble des moyens techniques pour reconnaître une personne à partir de ses caractéristiques biologiques ou comportementales. Elle s’infiltre déjà : dans certaines zones d’aéroports ou dans les hôpitaux où elle contrôle l’accès aux réserves de médicaments, par exemple.

« Je crois que nous sommes à un point tournant. Les choix que l’on va faire sur la sécurité vont modifier la façon dont la société va fonctionner dans les années à venir », affirme Benoît Gagnon, professeur à l’UQAM et membre de la Commission de l’éthique de la science et de la technologie, qui tenait en octobre un colloque d’une journée sur la question.

Liberté et sécurité

Le principal argument de vente des compagnies de biométrie est le terrorisme, surtout depuis le 11 septembre 2001. « À partir de là se sont engagées une série de transformations profondes », explique Benoît Gagnon. Maintenant, les gens ont peur, ils sont prêts à laisser tomber un peu de leur précieuse liberté pour la sécurité que procure la biométrie.

Cette sécurité est-elle réelle ? Pas pour prévenir les actes terroristes, croit-il. Ces gens-là mènent une vie normale, ils ont des amis, une famille. « Ces gens sont légitimes et le système va les détecter comme légitimes », explique Benoît Gagnon. « Aucun système de sécurité n’est infaillible, même que certains donnent plutôt une illusion de sécurité »”, croit Richard Jolin, de l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien.

Bonjour la planète

Même dans la lutte au quotidien contre le crime, la biométrie entraîne des problèmes : elle met en péril la présomption d’innocence, ce concept qui veut qu’une personne soit présumée innocente jusqu’à preuve du contraire. « La biométrique demande au citoyen un niveau supérieur de transparence. Les renseignements demandés proviennent de ce qu’il est, plutôt que de ce qu’il fait », s’indigne le directeur général de l’Institut du Nouveau Monde, Michel Venne. La collecte de données peut aussi mener au triage social. « Veut-on que les personnes d’origine arabe se fassent vérifier plusieurs fois leur identité ? », demande Benoît Gagnon.

De plus, certains dispositifs de sécurité conservent des traces de ceux dont ils contrôlent l’identité, comme les empreintes digitales dans les dossiers de police. Ces traces pourraient facilement mener à la création d’une mégabase de données, puisque toutes les données sont informatisées.

Un des inconvénients majeurs d’une société qui choisit la biométrie est que les vols d’identités sont presque impossibles à résoudre. Un employé qui gère les données recueillies peut se tromper et créer ainsi une erreur sur la personne. C’est le citoyen qui devra faire la preuve de son identité, avec tout ce que cela implique de casse-tête bureaucratique pour obtenir un permis de conduire ou un certificat de naissance.

La réglementation devra être serrée, car les techniques biométriques sont utilisées surtout par les industries privées. Par exemple, un système cybernétique remplace le gardien de nuit dans certains bâtiments. « Nos principaux clients sont des entreprises privées et non les gouvernements », constate Pierre Donaldson de Bioscrypt. Les policiers, eux, utilisent des données biologiques depuis des années. À Montréal, un premier profil ADN a servi de preuve dans une accusation de viol en 1989.


Mots-clés : Éthique


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