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Biorythmes

Publié en ligne le 18 mai 2008 -
par Jean Günther - SPS n° 277

Sommes-nous soumis à des rythmes ou des cycles qui gouverneraient notre état physique ou psychologique ? On connaît le cycle diurne (circadien) et le cycle mensuel féminin. Y en a-t-il d’autres ?

Trois cycles omniprésents

D’innombrables sites, font état de trois cycles qui gouverneraient notre vie interne 1 :

« Le biorythme est un rythme intrinsèque à chacun ; chaque individu est régi par une horloge interne formée de trois cycles différents :
- Le cycle de la santé et de la forme physique, d’une durée de 23 jours
- Le cycle émotionnel d’une durée de 28 jours
- Le cycle intellectuel d’une durée de 33 jours »

Ces cycles, qui démarreraient au jour de notre naissance, dureraient toute la vie, avec une période strictement constante, égale pour tous les sujets, ce qui est bien étonnant quand on connaît la variabilité du cycle féminin et plus généralement des caractéristiques physiologiques individuelles. On les représente sous formes de sinusoïdes qui s’entrecroisent au long de la vie, les points de croisement avec l’axe ayant, selon certains 2, un rôle particulier : « Chacun de ces 3 cycles est à la valeur 0, à la naissance, mais comme leurs périodes sont différentes, ces cycles vont se croiser pendant toute la durée de ce que l’on appelle une ère biorythmique qui dure 58 ans et 67 jours (23 X 28 X 33 = 21 252 jours).

Durant cette ère, vous traverserez 4 006 jours critiques simples (une seule des trois courbes traverse l’axe). Vous aurez aussi 312 jours critiques doubles (2 courbes traversent l’axe le même jour) et 8 jours triplement critiques (les 3 courbes traversent l’axe le même jour).

L’ensemble de ces combinaisons représente 4 326 jours critiques (simple, double ou triple), soit 20 % des journées d’une ère biorythmique de 58 ans environ. »

D’où cela vient-il ?

Il est étonnant de voir ces trois cycles définis de manière identique sur un grand nombre de sites, y compris en anglais 3. Il y a évidemment une origine commune à ces affirmations. Il s’agit de « travaux », datant d’une centaine d’années, émanant de deux psychologues viennois proches de S. Freud et d’un ingénieur autrichien 4. Les bases méthodologiques et expérimentales de leurs études sont introuvables, aucun travail scientifique publié dans une revue à comité de lecture n’a jamais corroboré de telles affirmations. Divers témoignages rapportés par les sites consultés 5 font état, par exemple, d’une diminution des accidents du travail en appliquant ces théories. L’accident ayant coûté la vie à un célèbre chanteur, la date de la mort d’un ancien Président de la République, le suicide d’un ancien Premier Ministre, seraient liés à un mauvais biorythme 6. Mais aucune analyse méthodologiquement correcte n’apparaît nulle part. Il s’agit de reconstructions a posteriori, de sélections d’événements choisis de manière délibérée. On peut du reste trouver dans la littérature scientifique une étude précise 7 sur le lien entre accidents et biorythme, qui conclut que ce lien est inexistant.

Quelques extensions

On note que toutes ces considérations sur les biorythmes sont souvent liées à la numérologie, à l’astrologie, et à d’autres pseudo-sciences 8. Cela ne nous étonnera pas. Il est clair qu’aucune base physiologique ne peut rendre vraisemblables de telles affirmations, et qu’en l’absence de telles bases seules des études statistiques correctes, sans biais, pourraient nous convaincre ; de telles études n’existent pas.

La plupart des sites consultés vous proposent de calculer vos biorythmes personnels, soit en ligne, soit en fournissant un logiciel. Le calcul est évidemment d’une grande simplicité, il suffit de déterminer les ordonnées de trois sinusoïdes ayant les périodes indiquées ci-dessus et l’ordonnée zéro, le jour de notre naissance.

Notons qu’on peut aussi déterminer les biorythmes des deux partenaires d’un couple 9 et en tirer de nombreuses indications !

Remarquons aussi le lien imaginé entre Lune et biorythmes. Un site 10 nous explique que quand le passage de la Lune aux nœuds de son orbite coïncide avec un jour critique des biorythmes, il faut être très prudent !

D’autres cycles ?

Pourquoi se limiter à trois cycles ? La base empirique ou physiologique étant nulle, on peut en ajouter à volonté.

Un site 11 nous propose (en exclusivité) le biorythme intuitif de 38 jours, ce qui provoque l’indignation d’un concurrent 12 qui estime qu’aucune étude sérieuse ne le justifie (y en a-t-il eu pour les trois cycles « de base » ?). Un autre 13 y ajoute « un cycle esthétique de 43 jours et un cycle spirituel de 53 jours ». Ailleurs 14 on trouve le cycle de l’inconscient, qui durerait 69 jours.

On peut en créer à l’infini. Néanmoins peu s’y sont risqués, les sites préfèrent en général le confort des trois cycles de base vus ci-dessus.

Une pseudo-science « rigoureuse »

Comme l’astrologie et la numérologie, l’emploi des biorythmes semble à première vue fondé sur des calculs objectifs, rigoureux et paraît même plus crédible car la signification supposée des sinusoïdes est simple et contraste avec le flou des horoscopes et de l’interprétation du résultat des calculs numérologiques. Les sinusoïdes ne trompent pas, elles sont rigoureuses, votre état biorythmique est déterminé sans ambiguïté ! Et pourtant il n’y aucune raison d’attribuer à ces calculs la moindre valeur. Comme disent les informaticiens anglophones « garbage in, garbage out » : des calculs, même savants, faits sur des bases fausses ne produisent rien d’utile. Mais combien l’ignorent ?

Publié dans le n° 277 de la revue


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