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CO2, un mythe planétaire

Publié en ligne le 19 janvier 2011
Note de lecture de Michel Naud - SPS n° 292, octobre 2010

292_108-110Christian Gérondeau, X Ponts, est un expert en politiques publiques qui s’est principalement illustré dans le champ des transports terrestres ferrés comme routiers (RER francilien, sécurité routière). Ancien président de l’Institut français de politique publique, il est aujourd’hui président délégué à la mobilité et à l’environnement de l’association française des automobilistes 1.

Contrairement à ce que pourrait suggérer le titre du livre, Christian Gérondeau ne nous propose pas une énième contribution d’un « expert indépendant » non climatologue sur la climatologie pour nous dérouler les thèmes favoris fondant son incrédulité personnelle sur la thématique du réchauffement climatique. L’objet de ce livre est politique ; il porte un regard critique sur les politiques publiques mises en œuvre en France comme en Europe au nom du changement climatique. CO2, un mythe planétaire est un livre plus écolo-sceptique que climato-sceptique.

Le mythe planétaire. Qu’il y ait un changement climatique en cours ou qu’il n’y en ait pas, que l’effet de serre induit par le CO2 émis dans l’atmosphère terrestre lors de la combustion des combustibles fossiles (charbon, gaz, pétrole) joue un rôle déterminant ou marginal dans l’évolution du climat, une considération devrait s’imposer d’évidence au décideur politique : tôt ou tard, l’ensemble du carbone fossilisé à portée d’extraction humaine sera utilisé et donc, à moins de le séquestrer dans le sous-sol, l’ensemble du CO2 produit lors des combustions sera libéré dans l’atmosphère ; ce n’est qu’une question de temps. Il en est donc de même pour l’effet de serre qui en est induit et pour les conséquences éventuelles que les experts envisagent et s’efforcent d’évaluer. Le mythe planétaire que dénonce Christian Gérondeau, c’est celui selon lequel, par une action de nature politique, l’humanité, de gré ou de force, pourrait mettre un terme à l’utilisation du carbone fossile enfoui sous notre sol.

Ainsi donc, Christian Gérondeau interpelle les responsables politiques non sur la préparation, raisonnable, de l’après pétrole, mais sur la focalisation des politiques énergétiques et de transport sur des objectifs illusoires de réduction de la concentration du CO2 dans l’atmosphère terrestre : « tous les efforts consentis dans ce but sont inutiles  ». La posture revendiquée par Christian Gérondeau est donc celle d’un ingénieur analysant objectivement les faits et en tirant des conclusions logiques, indépendamment de tout a priori (p. 295). En appelant à un retour de la raison et dénonçant les marchands de peur comme les « prophètes de l’apocalypse  », l’auteur aspire à ce que nous concentrions « nos efforts à la vraie priorité qui est d’améliorer le sort des êtres humains qui peuplent notre globe et dont beaucoup vivent encore dans une extrême misère malgré la rapidité des progrès récents, au lieu de gaspiller nos talents et notre argent dans l’illusion de “sauver la planète” » (p. 296).

La problématique posée par Christian Gérondeau nous sort ainsi des formes usuelles de la controverse politico-scientifique sur le climat pour la ramener sur le terrain politique. On notera aussi avec satisfaction que l’auteur prend ses distances avec les trop habituels procès d’intention qui parasitent le débat public. Partant du principe que « la plupart de ceux qui souhaitent agir pour améliorer le sort du globe sont sincères et veulent à coup sûr aider ses habitants actuels ou futurs à connaître une vie meilleure  » (p. 212), Christian Gérondeau tente ainsi de dépassionner le débat. Son ouvrage est non seulement facile mais réellement agréable à lire : le texte et la mise en page sont limpides, les courbes sont précises et pédagogiques, les propos sont référencés.

Pour les lecteurs qui seraient peu ou prou préconditionnés par le double costume que lui taillent ses détracteurs écologistes, « porte-parole du lobby automobile » et bureaucrate des services ministériels qui ferait mieux d’éviter d’intervenir sur le dossier climatique, il est probable que la lecture de CO2, un mythe planétaire s’avérera, comme cela l’a été pour l’auteur de ces lignes, une bonne surprise.

Publié dans le n° 292 de la revue


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