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Ces horribles et épouvantables comètes - Petite histoire des grandes peurs

Publié en ligne le 27 février 2014
Note de lecture de Christine Mourlevat-Brunschwig - SPS n° 307, janvier 2014

Phénomènes célestes parfois très spectaculaires, les comètes ont engendré de tout temps des peurs, utilisées tous azimuts par les responsables politiques, militaires ou religieux pour conforter leur pouvoir. Promouvoir les craintes a été souvent une manière efficace d’asseoir son autorité et les comètes en furent un moyen percutant.

Jean-Louis Heudier nous propose une promenade dans l’histoire, à la rencontre d’événements marquants associés à la présence d’un astre chevelu. Une vision historique à travers la littérature, la peinture ou parfois juste une pièce de monnaie ou un simple bouchon de champagne sur lesquels figurent une comète 1. À travers les textes d’Ovide, de Virgile, de Tolstoï, la tapisserie de Bayeux, les fresques de Giotto, etc., l’auteur enquête sur leur présence et leur rôle exacts et met à jour des mécanismes d’amplification des croyances. À la Renaissance, le développement de l’imprimerie permettra aussi, malheureusement, la circulation accrue de fausses informations.

Ce n’est qu’au siècle des Lumières qu’Edmond Halley prouvera que les comètes suivent les lois naturelles du mouvement des planètes. Il montrera que la comète qui porte son nom revient tous les 75 ans, en décrivant une orbite très allongée. Mais si le mystère de l’apparition des comètes fut ainsi résolu, les craintes persistèrent, avec leurs cortèges de prévisions de fin du monde.

Les croyances dans les influences maléfiques ou bénéfiques des astres vont perdurer, en dépit de l’évolution du savoir. Victor Hugo s’en piquera, écrivant un brillant « Hymne à la raison » (La comète, La Légende des Siècles) après l’apparition en 1874 de la comète « Coggia ».

L’homme ne veut point qu’on touche à sa terreur ;
Il y tient ; le calcul l’irrite ; sa fureur,
Contre quiconque cherche à l’éclairer, commence
Au point où la raison ressemble à la démence.

À chaque époque, certains scientifiques se font « l’avocat du diable », cherchant sans doute ainsi une plus grande popularité. Camille Flammarion, astronome et vulgarisateur pourtant de grand talent, ira jusqu’à publier un article très alarmiste lorsque la Terre traversa la queue de la grande comète de 1910. Amplifiée par la presse, la peur générale se renforça encore avec la crue exceptionnelle de la Seine, la plus grande inondation connue de Paris !

L’auteur continue son tour d’horizon des comètes en insistant sur le dernier retour de la comète de Halley en 1986, dont l’étude approfondie marquera une nouvelle étape dans la connaissance de ces corps célestes. Au XXIe siècle, J.-L. Heudier constate que les progrès du savoir n’empêchent pas nombre de prédictions farfelues de voir le jour. Hélas, ces progrès mêmes fournissent probablement aussi toutes sortes de supports aux gourous ! Un des dangers méconnus de la science, sans doute...

Un exposé plus scientifique sur les comètes parachève cet ouvrage, on le goûte d’autant mieux qu’on l’avait bien mérité, après cette évocation historique ! Résidus fossiles et témoins privilégiés des premiers temps du système solaire, les comètes sont loin d’avoir épuisé leur pouvoir de fascination. Un livre captivant et original qui allie d’une belle manière culture scientifique, historique et artistique.

1 La comète de 1811, à laquelle on doit l’origine des étoiles sur les bouchons de champagne (l’année fut marquée par la qualité de son vin).

Publié dans le n° 307 de la revue


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