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Conversations sur le ciel

Publié en ligne le 15 juillet 2004
Note de lecture d’Agnès Lenoire - SPS n° 255, décembre 2002

« ...Pourquoi la nature fait-elle si compliqué ?
Et comment croire que la sélection naturelle a pu élaborer cet ahurissant vaudeville érotique ?
C’est une bonne question, et Stephen Gould vous remercierait de l’avoir posée. »
Extrait, page 107.

Cet ouvrage traite des planètes habitées, de la religion, du bouddhisme, de la foi, de la théorie de l’évolution, de l’au-delà, du Big-Crunch, de la croyance en Dieu, du principe anthropique, de Jésus sur Cyborg 2, de l’astrobiologie... Encore un petit peu d’amour de Dieu, ça vous dit ? Je m’arrête là, l’inappétence vous guette...

Vous persistez ? Courage, car vous allez affronter un beau salmigondis d’idées brouillonnes, avec un mélange grotesque de deux époques : celle, un peu surannée, de Fontenelle, que l’auteur assure avoir suivie pas à pas, et celle de notre siècle. Ce qui donne le spectacle suivant : calculette, cigarette et voiture voisinent avec valets, éventails et ronds de jambe. Une marquise statufiée, pleureuse à ses heures sur le sort des univers multiples, où Jésus pourrait bien être crucifié une multitude de fois, prie un gentilhomme « éclairé », l’auteur, de lui expliquer l’univers.

Monsieur de Baleine, ancien directeur de Paris-Match, a prévenu le lecteur dès l’introduction : il s’improvise nouveau Fontenelle, autodidacte scientifique. Au fil de quelques nuits blanches avec sa marquise, sous le ciel étoilé, notre pseudo-Fontenelle nie le rôle du hasard dans l’apparition de l’univers, affirme qu’une infinité d’univers a dû surgir, qu’un singe finira par écrire l’œuvre de Victor Hugo devant un clavier, que Dieu ne joue pas aux dés, qu’il est merveilleux que le monde soit compréhensible, enfin bref, le gentilhomme, pétri de concepts usés et stéréotypés, va vous noyer dans une conversation fumeuse.

Déjà fatigué par votre lecture ? Continuez, le meilleur arrive...

À la sixième nuit blanche, vous vous émerveillerez de la facilité avec laquelle on peut abattre une des plus belles théories scientifiques : celle de l’évolution. Mais non, belle Marquise, l’évolution n’est pas fiable, Monsieur de Baleine se fait fort, en deux temps trois mouvements, de le démontrer. Trois exemples d’évolution atypique aux quatre coins du monde suffisent à remettre en cause le darwinisme.

Dans sa longue diatribe contre la sélection naturelle, il introduit, par un tour de passe-passe, le nom de Stephen Jay Gould, dont il se permet d’amputer le texte. Procédé particulièrement malhonnête quand on connaît le combat pro-évolutionniste de l’auteur de L’éventail du vivant et de La vie est belle, les surprises de l’évolution. Alors, bien sûr, en bon détenteur d’une science infuse, le gentilhomme, aux lèvres duquel la marquise est suspendue, présente une théorie alternative au darwinisme : celle d’une finalité de la nature : « La nature [...] avait décidé de les munir d’un bec long, en provoquant elle-même cette mutation ».

Après vous avoir servi l’animisme de la nature dans ses objectifs évolutionnistes, on vous gratifiera encore d’un Big-Crunch plus que probable, qui, l’auteur n’en doute pas, inversera la flèche du temps.

Ce livre est à ranger comme curiosité au musée du relativisme. Un scientifique n’y retrouverait pas sa science, ni un philosophe sa philosophie. Monsieur de Baleine a eu toutes les audaces : celle de bafouer Bernard de Fontenelle, de détourner Stephen Jay Gould, de renier Darwin et de réduire Einstein à deux citations rebattues.

L’auteur est pédant, le style ampoulé, le contenu trop œcuménique, vide de sens. On referme le livre comme la marquise son éventail, d’un coup sec.


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Publié dans le n° 255 de la revue


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