Accueil / Échos de la liste "pseudo-sciences" / Coup de gueule homéopathique

Coup de gueule homéopathique

Publié en ligne le 8 août 2005 -

"L’homme est un animal crédule qui a besoin de
croire. En l’absence de raisons valables de croire, il se satisfait de
mauvaises
" (Bertrand Russell).

Pour ma part, ce n’est pas le fait que les gens croient des choses est
condamnable... à moins de vouloir mettre l’humanité entière au panier,
ce qui n’est pas mon cas. Là où le bât blesse, c’est quand on exploite
cette caractéristique humaine à des fins abjectes. C’est quand la
croyance devient un instrument, et qu’elle aboutit à une dérive
inacceptable.

Prenons le cas de l’homéopathie : ce que je ne laisse pas passer, c’est
le mensonge institué par Boiron quand il prétend que les granules ne
sont pas un placebo, ou que des études prouvent une quelconque
efficacité pharmacologique de leurs produits.
Le tort n’est pas, à mon avis, du côté de ceux qui se font pipeauter
par cette firme qui emploie tous les moyens pour parvenir à ses fins,
notamment la dimension "irrationnelle" de l’effet placebo.
Il n’y a pas de profil-type pour les placebo-répondants, tout le monde
est un client potentiel. Et comment Boiron vend-il ses
granules ? En mentant, à grand renfort de communication et de publicité.
C’est là que je situe le problème, et pas dans la croyance que de
prendre un médicament contribue à l’amélioration de l’état de santé. La
placébothérapie peut faire partie intégrante de la médecine
"scientifique", sans se cacher, et sans avoir besoin de reposer sur le
mensonge (à ce sujet, je vous recommande très vivement le livre du Dr.
Jean-Jacques Aulas, "Lobepac : chronique d’une mise sur le marché d’un
élixir psycho-actif
").

Quelle information avons-nous directement à portée de main sur
l’homéopathie ? A part le matraquage médiatique de Boiron, pas
grand-chose. Tous les matins, quand j’ouvre ma fenêtre, je vois la
vitrine de la pharmacie d’en face, et en ce moment il y a un grand
placard publicitaire de Boiron, pour du coccitruc en cas de mal de
transport. Et coccitruc est un "médicament homéopathique des
laboratoires Boiron".

Franchement, et objectivement, quelle raison y aurait-il d’aller se
poser 36 questions pour savoir ce qu’est l’homéopathie, sur quoi elle
repose, quels sont ses fondements, et qu’est-ce que ç’est vraiment...?
C’est distribué par un pharmacien, ça s’appelle "médicament", ça a reçu
une autorisation de mise sur le marché, et si je suis sujette au mal
des transports, j’irai certainement voir mon pharmacien qui va me dire
de prendre ça parce que ça marche bien.
Et il y a de grandes chances pour que ça marche bien, en effet.
Pourquoi chercher plus loin ?

Le seul problème, c’est qu’on m’aura menti depuis le début, et par
omission. On aura juste oublié de me dire précisément que j’achète un
produit pharmacologiquement neutre, et qu’on appelle ça un "placebo".
Et il y a peu de chances pour que quelqu’un me révèle le pot-aux-roses ;
j’aurai bien plus de chances de trouver dans mon entourage des adeptes
de l’homéopathie que des pourfendeurs de pseudo-médecines. D’ailleurs,
si on me dit que c’est du pipeau, je dirais : "ben non, c’est pas du
pipeau, puisque ça marche, mon mal de transport disparaît quand je
prends du coccitruc, c’est bien que c’est efficace, non ?" Et je ne
serai absolument pas en état de recevoir une information critique, ce
que Boiron aura brillamment réussi à faire en me prenant dans les
mailles de son filet.

Qui est en cause, celui qui a menti ou celui qui a cru le mensonge ? Où
est le problème, dans la publicité mensongère, ou chez le péquin moyen
qui va en toute confiance chez le pharmacien bardé de son diplôme de
docteur ? Qui est à blâmer, celui qui voir son mal de transport
disparaître et attribue ce résultat à un "médicament homéopathique", ou
celui qui cache la vérité au client ?

Où est la faille, dans un système qui distribue impunément une AMM
(Autorisation de Mise sur le Marché) à
une catégorie de substances qui n’ont, par exception, aucun besoin de
prouver une quelconque efficacité ? Qui prend les gens pour des gogos,
le type qui va s’acheter des granules, où un confiseur qui se prend
pour un laboratoire pharmaceutique ?

Entre taper sur la tête des adeptes en se battant contre des
moulins-à-vent, je préfère cibler le gourou qui raconte n’importe quoi.
Je préfère dire "Boiron vous gruge" plutôt que "vous êtes des crétins",
parce qu’en plus, les clients de Boiron sont loin d’être tous des
crétins. Dans ce cas, le responsable est le coupable.

Corinne

Partager cet article