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Courriels et courriers : mai 2007

Publié en ligne le 26 août 2007 - Médecine - Nucléaire
SPS n° 277

La rubrique « Lecteurs et internautes » de la revue sera désormais mise en ligne régulièrement sur notre site.

Mutuelles et médecines parallèles

Paul Carré nous a adressé une copie du courrier qu’il a envoyé à sa mutuelle, la MAI (Mutuelle des Agents des Impôts).

Monsieur le Président de la M.A.I.,

Je souffre actuellement d’une affreuse crise de dent, la dent que j’ai contre ma mutuelle depuis la lecture de la page 15 du n° 80 de janvier 2007 de la revue d’information Demain, où sur une colonne entière on incite les adhérents à s’adresser, pour la guérison d’une maladie, aux « médecines douces » telles que l’acupuncture, l’ostéopathie, la phytothérapie et l’hypnose. Et pourquoi pas l’homéopathie ?

Cela me fait terriblement souffrir et je ne vois qu’une solution. Selon de nombreux témoignages – comme c’est le cas pour les remèdes cités plus haut – il n’est rien de mieux que d’aller se plonger dans la piscine de Lourdes pour obtenir une guérison. J’envisage donc de me rendre dans cette localité pour trouver le soulagement au mal qui m’atteint.

Mes moyens étant limités, je sollicite de la Mutuelle une aide – que je ne qualifierai pas d’exceptionnelle car elle devrait être accordée à tous ceux qui sont dans ma situation – dont je vous laisse le soin de fixer le montant.

Avec mes meilleurs sentiments mutualistes, lesquels n’ont pas varié depuis 1933.

Paul Carré

Les « patamédecines » à Strasbourg aussi

Dans le n° 276 de Science et pseudo-sciences, vous et vos collaborateurs consacrez une rubrique à la revue de la grande presse et des informations transmises par la radio et la télévision (p. 55 à 63). Puis-je vous apporter une petite contribution régionale ?

À propos de [l’article] « L’hôpital s’ouvre aux autres médecines »

Le grand quotidien régional, Les Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA), a annoncé, dans sa parution du 15 mars 2007, la « Journée de l’homéopathie » du 17 mars. À cette occasion, ce journal a surtout consacré un important article de toute une page à l’homéopathie en soin de support dans les cancers du sein dans le service de gynécologie ?obstétrique du centre hospitalo-universitaire de Strasbourg. Je vous adresse ci-joint cet article.

Je suis un ancien chef de service, actuellement à la retraite, de ce même CHU. J’ai consacré beaucoup de mon temps à dénoncer dans mon enseignement l’obscurantisme dans certaines pratiques médicales, sans trop d’illusions. Ce qui est étonnant, dans l’exemple rapporté, c’est le fait que le praticien, qui a acquis une solide formation en cancérologie à Nancy et à l’Institut Gustave Roussy, n’ait pas acquis par la même occasion un esprit scientifique.

Après 20 ans de pratique de l’homéopathie, il n’a pas pour autant renoncé à ses convictions et il est arrivé à les faire partager au chef de service sous l’autorité duquel il exerce son activité au CHU.

Le reste de l’article reprend quelques généralités sur le concept même de l’homéopathie et sur l’accueil généreux que la population des malades et des bien portants lui réserve en France. Cette information est d’ailleurs un des slogans de vente préférés des promoteurs de cette pratique. Si tant de gens se soignent ainsi, c’est bien la preuve...

À propos de « La réussite des médecines alternatives »

À Mulhouse s’est tenu le 21 janvier 2007 le Congrès européen de Gestaltthérapie de langue française (cf. plus la coupure de presse des DNA du 21/01/2007).

J’ai essayé de me faire une opinion sur cette forme de psychothérapie qui permettrait de « gestalten » (de mettre en forme, donner une structure, reformer, reconstruire), à commencer sans doute par le psychothérapeute lui-même, les personnes qui ont des problèmes existentiels avec eux-mêmes, avec les autres et avec leur environnement. Ceci grâce à la prise de conscience des propres forces internes, souvent puissantes, qui recèlent la capacité à résoudre ces problèmes. Il y a de nombreux sites Internet qui font la promotion de cette thérapie, la « gestalt », et de ses praticiens, les « gestaltistes », qui se recrutent parmi les psychologues, médecins, psychanalystes, sociologues. J’ai aussi consulté des sites plus critiques, notamment le site « quackwatchfrancais ».

Je dois reconnaître humblement que le langage utilisé par ces thérapeutes m’est hermétique. Je comprends le sens de chaque mot pris individuellement, mais l’assemblage des mots dans la phraséologie « gestaltiste » n’a pas de sens pour moi. J’en arrive toujours au dilemme, très frustrant : « N’ai-je pas la capacité intellectuelle de comprendre ? ». Ou « Est-ce que cela ne veut simplement rien dire ? ». J’ai soumis les textes de présentation de la Gestaltthérapie, en français et en allemand, du site « Wikipedia », à deux collègues enseignants universitaires et bilingues comme moi. Le premier m’a dit que c’est du bla-bla-bla. Le second m’a dit que c’est du « Quatsch » (ce qui veut dire exactement la même chose, mais le mot allemand, plus onomatopéique, rend mieux la consistance de ce langage). Cela m’a réconforté.

Est-ce que Science et pseudo-sciences a déjà abordé le point particulier de cette thérapie dans un ancien numéro ?

Avec tous mes encouragements pour la défense des objectifs de l’AFIS et mes salutations bien dévouées.

Edouard Grosshans, Professeur honoraire (Strasbourg).

La seule énergie renouvelable est le génie humain

Je viens de lire avec soin l’éditorial du n° 276 de SPS, que je viens de recevoir. Ce sont deux pages de « circonvolutions » et de « généralisations du problème », sans doute pour faire intellectuel et sérieux, aboutissant à un soutien mou, dubitatif, presque honteux, de l’énergie nucléaire. Ceci me gêne, d’autant qu’il me semble que plusieurs points importants sont absents.

L’enjeu du problème, les perspectives d’avenir en matière d’énergie obligent à court terme à un virage net, et il vaudrait mieux que ce virage ait lieu sans moment de panique.

La durée de ce virage due à la technique (domaine où l’AFIS ne peut pas grand-chose) mais aussi à la nécessité de modifier les mentalités (où l’AFIS devrait s’impliquer), cette durée est un des pôles de la course de vitesse entre le déclin du système « fossile » et la mise en œuvre de son remplaçant. Votre croyance aux énergies dites « renouvelables » même pour les consommations « de civilisation » me laisse pantois, quand je constate que la plupart sont tributaires du climat, comme le vent qui est le symbole même de l’instabilité, de l’aléatoire ou l’hydraulique, tributaire de la pluviométrie dont l’évolution depuis un siècle mérite étude. Quant à l’énergie d’origine agricole, elle ferait bien de satisfaire d’abord les besoins de l’agriculture, ce dont elle est incapable. A ce sujet je vous recommande le site www.wwf.fr pour évaluer votre empreinte écologique.

Personnellement, je pense que la seule énergie renouvelable est le génie humain, qui seul permettra d’assurer la survie de l’espèce en s’adaptant au mieux à toutes les situations, en optant pour les solutions solides, plutôt que pour les ersatz aléatoires. Je suis obligé de reconnaître que le génie humain a des « éclipses », et que l’on a vu des civilisations s’écrouler. La nôtre qui ne fonctionne que grâce à des réseaux vitaux très vulnérables (eau, énergie, communication...) risque d’entraîner dans sa chute plus que l’on peut imaginer...

Dans un premier temps m’est venue l’idée que la mollesse que je dénonce était due à un manque de courage, mais ce n’est pas le cas car, quand il s’agit de pourfendre l’homéopathie ou autres fariboles, on y va plein pot ! Les pro-homéopathie et les antinucléaires ne sont-ils pas du même monde ? Il m’est aussi venu à l’idée qu’il pourrait y avoir une connotation politique, quand on voit parmi les candidats à la Présidence, ceux qui sont pro-nucléaires. Cela prouve au moins que j’ai de l’imagination.

Bref, mon désaccord est profond, et le fait que la signature soit collective me met hors de l’AFIS. Nous n’avons pas la même hiérarchie des problèmes... Je n’aime pas la « repentance », ni les « je n’ai pas voulu cela ».

Bon courage, car le reste de la revue est très bon.

Pierre Henaff (Brest)

Circonvolutions ? C’est sans doute un peu vrai. Difficile pour l’AFIS, sur un tel sujet, d’avoir une réponse unanime et tranchée. La question du réchauffement climatique est beaucoup plus complexe que celle de l’homéopathie. Dans notre éditorial, nous avons repris la distinction des trois questions majeures : le réchauffement climatique est-il d’origine anthropique (activités de l’homme) ? Quels scénarios climatiques pour le siècle à venir ? Et quelles mesures sont à préconiser ?

La première question est entièrement affaire de scientifiques. Les experts du GIEC s’accordent à répondre « oui », sans grande hésitation. Et également les Académies des sciences d’une dizaine de pays dont la France.

Certains contestent le bien fondé de cette conclusion, et ne relèvent pas tous de marginaux de la climatologie. L’AFIS n’a ni la vocation, ni la compétence pour trancher une quelconque controverse scientifique. L’« argument d’autorité », pris au bon sens du terme, c’est-à-dire s’en référer aux experts et aux avis des institutions scientifiques, nous semble la première attitude à adopter. C’est celle que nous avons exprimée dans notre éditorial du n° 276, en expliquant qu’il s’agissait d’abord d’établir un diagnostic pour agir (en l’absence de certitudes complètes), et non pas de trancher définitivement une controverse scientifique. Pour autant, nous laisserons la place dans nos colonnes aux arguments sceptiques, et plus généralement à l’explication de la discussion scientifique.

La seconde question reste, pour une bonne part, affaire de modèles mathématiques (simulations), mais repose sur de nombreuses hypothèses qui ne sont pas toutes d’ordre scientifique. Par exemple, quel sera notre volume d’émission de C02 dans les années à venir ? Volume qui dépend entre autres des mesures politiques et économiques qui seront adoptées. Pour ces raisons, on observe des variations, parfois importantes, entre les différentes simulations.

La troisième question relève de choix économiques et d ’orientations politiques. Ces choix doivent bien entendu être éclairés par les connaissances scientifiques (par exemple, les différents scénarios de réchauffement, et les conséquences locales et régionales), mais aussi les conséquences et le potentiel de chacune des solutions envisageables (maturité des techniques de captation du carbone, efficacité énergétique des procédés de production, nouvelles formes de production, énergie nucléaire, etc.). Les décisions à prendre ont toutes des impacts économiques et sociaux.

Votre lettre s’intéresse à cette troisième question, et présente l’énergie nucléaire comme la solution d’avenir. L’énergie nucléaire, de façon bien évidente avec sa très faible contribution en CO2, est une solution clé des politiques énergétiques. Pour autant, la production d’électricité n’entre que pour partie dans la génération de CO2. Les transports ont une part de responsabilité et il y a une limite à l’utilisation de l’électricité en substitution du pétrole. Par ailleurs, l’énergie nucléaire s’adapte mal à des besoins de pointe. Enfin, avec la technologie actuelle, les stocks de combustibles existants semblent également apporter une limitation dans ce qu’il est possible de faire. Il faudra bien alors considérer d’autres solutions complémentaires. Et comme vous le dites joliment, « la seule énergie renouvelable est le génie humain, qui seul permettra d’assurer la survie de l’espèce en s’adaptant au mieux à toutes les situations ».

En tout cas, il s’agit bien là d’un sujet sur lequel nous allons ouvrir plus largement nos colonnes.

Jean-Paul Krivine


L’AFIS et les nouvelles scientifiques

Nous publions dans SPS une rubrique régulière, « Du côté de la science » et sur le site de l’AFIS, des brèves concernant la recherche française et d’autres provenant de l’Agence Science Presse 1. Voici ce qu’en pense un de nos lecteurs et internautes.

[...] Honnêtement, je ne vois pas le rapport avec l’objet de l’association. Ça me semble même prendre le risque de parasiter le message essentiel, tout en détournant ailleurs nos forces. L’objectif de l’AFIS, au sens où je l’entends, n’est pas d’être une officine de dépêches scientifiques, mais de faire un travail essentiel de débusquage des pseudo-sciences et biais, c’est-à-dire du mauvais usage des sciences. Mélanger les deux me semble clairement affaiblir la tâche essentielle (alors que la première est déjà assurée par quantité de lettres, associations, sites et officines).

Fabrice Neyret (par Internet)

Votre objection tout comme l’objection symétrique est souvent soulevée. Notre association « se donne pour but de promouvoir la science contre ceux qui nient ses valeurs culturelles, la détournent vers des œuvres malfaisantes ou encore usent de son nom pour couvrir des entreprises charlatanesques ». C’est ainsi qu’est résumée notre action (3e page de couverture de la revue). Son périmètre n’est donc pas seulement celui des pseudo ?sciences « classiques » (astrologie, homéopathie par exemple), mais concerne aussi des questions telles que les OGM, le changement climatique ou le clonage. Dénoncer telle ou telle entreprise charlatanesque, ou telle ou telle utilisation frauduleuse ou idéologique de la science, passe par une analyse de l’imposture en question. Ce que nous nous attachons à faire dans nos colonnes. Mais plus généralement, la promotion d’un esprit scientifique, d’une culture scientifique, la diffusion de connaissances scientifiques auprès du plus large public, sont parmi les clés d’un succès à long terme. Pour autant, vous avez raison, l’AFIS ne peut pas (et ne veut pas) rivaliser avec les revues scientifiques (il en existe d’excellentes, mais aussi d’autres, moins rigoureuses, qui ont fait l’objet d’articles dans SPS). Nos rubriques de brèves scientifiques, ainsi que quelques articles plus scientifiques ou philosophiques, viennent donc à l’appui de cette volonté.

J.-P. K.

1 Depuis juillet, la rubrique « En direct de l’ASP » n’est plus alimentée : les articles qui proviennent de l’Agence Science Presse seront publiés parmi ceux de la rubrique pl@nète Science


Mots-clés : Médecine - Nucléaire

Publié dans le n° 277 de la revue


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