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Courrier des lecteurs : juillet à septembre 2015

Publié en ligne le 10 janvier 2016 -
SPS n° 314, octobre 2015

Y a-t-il danger dans les études sur les faux souvenirs ?

[…] Dans « L’aveu, la “reine des preuves” ? » [SPS n°312] comme dans la conférence [conférence à l’occasion de l’assemblée annuelle de l’AFIS], Brigitte Axelrad cite l’expérience de Shaw et Porter comme exemple d’implantation de faux souvenirs de crimes dans la mémoire de personnes n’en ayant commis aucun. [...] Madame Axelrad a confirmé en conférence que le protocole de l’expérience prévoyait bien des entretiens mobilisant des techniques appropriées pour implanter un faux souvenir et un simple debriefing explicatif pour la conclure. Autrement dit, les sujets sont repartis avec ce faux souvenir implanté dans leur histoire pour le reste de leur vie [...]. Clore l’expérience sur une simple explication montre que les expérimentateurs ne sont pas allés au bout de leur raisonnement. Leur expérience aurait dû inclure d’implanter dans l’histoire de leurs sujets un nouveau faux souvenir du point de vue de leurs sujets : qu’ils n’avaient jamais été coupables des crimes dont ils avaient été convaincus dans la première partie de l’expérience.

Par ailleurs, tant la publication que madame Axelrad ont traité du refoulement défini comme une amnésie dissociative traumatique [...]. Madame Axelrad a présenté un tableau avec des statistiques présentant la proportion de praticiens utilisant la notion de refoulement dans leurs pratiques d’accompagnement psychologique. La proportion des praticiens « alternatifs » répondant «  oui » à la question était nettement supérieure à celle de la population des praticiens « orthodoxes ». Ces chiffres laissent penser que le protocole de l’enquête n’a pas précisé aux sondés la définition restrictive et précise de la notion de refoulement sur laquelle ils étaient interrogés.[...]. Le refoulement, pour l’essentiel des psycho-praticiens ou psychothérapeutes, n’est pas une amnésie dissociative traumatique, mais simplement le fait que le sujet ne souhaite pas aller à la rencontre des souvenirs désagréables et qu’il leur faut user d’imagination pour créer les conditions de ce rappel chez ceux qui les consultent. Il semble là aussi que ceux qui ont construit l’enquête [auprès des praticiens] ne soient pas allés au bout de leur raisonnement et se soient adressés à leur population test comme si elle avait les connaissances scientifiques requises, ce qui était en contradiction avec les prémisses de leur investigation [...].

Ces éléments me semblent regrettables car ils ternissent la qualité du travail scientifique mené et risquent d’en disqualifier l’objectif qui était de pointer que les thérapies de la mémoire retrouvée font des dégâts. Les thérapies basées sur la régression ont aussi recours au rappel d’événements de l’histoire du sujet. Cependant, elles suivent simplement l’organisation du système nerveux.

Concernant votre première remarque, le mot « incrédulité » vous a peut-être induit en erreur… Il ne s’agissait pas de dire que les sujets repartaient persuadés du faux souvenir sans avoir cru les explications des expérimentateurs ! Mais qu’ils étaient stupéfaits, « incrédules », comme on peut dire « je n’arrive pas à y croire ! », si vous préférez. D’ailleurs, les chercheurs parlent en effet de debriefing, ils ne disent pas « simple debriefing ». Les sujets ne repartent pas « avec ce faux souvenir implanté dans leur histoire pour le reste de leur vie ». On comprend que cette expérience peut poser des questions éthiques (voir également Le diable est-il en chacun de nous ? dans la rubrique « Un monde fou, fou, fou… » de ce SPS n° 314), mais on a aussi besoin de comprendre les mécanismes de cette implantation et les sujets qui se sont prêtés à l’expérience seront à l’avenir mieux prévenus eux-mêmes contre ce risque de manipulation de la mémoire, ainsi que tous ceux qui en auront eu connaissance.

En ce qui concerne le refoulement, j’ai donné cette définition : « “perte” sélective du souvenir du traumatisme, absence de conscience de l’avoir perdu pendant 10, 20, 30 ans jusqu’au jour où le souvenir revient en thérapie ou à l’occasion d’un rêve ou autre évènement. Le refoulement est parfois nommé “amnésie dissociative traumatique”. Ce vocable entraîne une confusion avec la notion scientifique d’amnésie traumatique ». Dans l’entretien qu’il a accordé à SPS (n°312, page 18, La mémoire manipulée - Souvenirs refoulés, faux souvenirs et délai de prescription ), le professeur de psychologie et spécialiste du sujet, Richard McNally, précise que « les différences entre ces termes [refoulement, amnésie dissociative, amnésie dissociative traumatique] sont insignifiantes et sans rapport avec le débat sur les souvenirs refoulés et retrouvés de traumatismes. Tous ces termes impliquent que quelqu’un encode une ou des expériences traumatiques, puis devient incapable de rappeler le souvenir du traumatisme parce qu’il a été trop traumatisant. […] En fait, la notion que l’on peut être gravement traumatisé et totalement ignorant d’avoir été traumatisé – grâce au “refoulement” – est un morceau de folklore dénué de tout fondement scientifique. »

En ce qui concerne l’enquête « La guerre des souvenirs est-elle finie ? » [1], je vous laisse libre de votre interprétation sur le protocole de l’enquête et la définition « restrictive et précise de la notion de refoulement  ». Mais rien n’a été laissé au hasard. Voici à titre d’exemples trois des questions qui ont été posées aux professionnels interviewés : les souvenirs refoulés peuvent-ils être récupérés en thérapie avec précision ? Aidez-vous le client à récupérer des souvenirs d’abus sexuels de l’enfance ? À un certain moment au cours du traitement, dites-vous au client que vous soupçonnez une histoire d’abus sexuel ? Cela a permis aux chercheurs de comparer les réponses des professionnels en 2013 avec celles qui avaient été données en 1990. Ils ont ainsi constaté que les croyances des praticiens ont très peu changé par rapport à 1990 et qu’en 2013, les praticiens alternatifs sont entre 54 et 74,6% à croire à la possibilité de retrouver des souvenirs refoulés en thérapie, les psychanalystes, 46,9 %, les praticiens cliniciens, 43,1%, alors que les praticiens et chercheurs à orientation scientifique n’y croient qu’à 16,1 %. L’analyse du questionnaire complet me semble exclure la présence d’un biais méthodologique. À mon avis, toute thérapie qui part du postulat du refoulement et met en œuvre la régression laisse le terrain libre pour l’émergence de faux souvenirs.

Brigitte Axelrad

[1] Enquête de Patihis, Loftus et Lilienfeld, intitulée “Are the “Memory Wars” Over ? A Scientist - Practitioner Gap in Beliefs About Repressed Memory”, 2013, in Beliefs About Repressed Memory (Source : Memory Wars Over ? Psychological Science 2013)

Un peu de philosophie dans ce monde de brutes !

Dans le n° 304 de SPS à propos de l’héritage des Lumières qui est très intéressant pour moi en tant que philosophe, j’ai relevé un point que j’ai étudié naguère au sujet des sophistes. Pour moi, les sophistes qui donnaient tant de fil à retordre à Platon et aux socratiques étaient les plus grands philosophes de l’Antiquité. En effet, ils prétendaient et démontraient que « tout est vrai », que l’on peut tenir sur le même sujet deux discours exactement contraires et tout aussi vrais. Mais à la fin, à ce jeu-là, l’on ne sait plus ce qu’est la vérité et l’on conclut alors qu’il n’y a rien de vrai et si rien n’est vrai, tout est permis ! Vive la liberté ! Et de nos jours, tout a été démontré… Certaines vérités sont des mensonges invétérés et certains mensonges sont des vérités révélées – Le bien fait parfois beaucoup de mal et le mal fait parfois beaucoup de bien – Ce qui est beau pour l’un n’est pas forcément beau pour l’autre – ce que d’aucuns trouvent juste est parfois une flagrante injustice pour d’autres – etc. etc…

Le beau, le bien, le vrai et le juste de Platon relèvent aussi de la pensée magique, c’est tout ce qu’il y a de plus subjectif et relatif ! Comme en a conclu Protagoras : « l’Homme est la mesure de toute chose ». Et en sophiste, je lui répondrais : Mais qu’est-ce qu’un Homme ? Sur quoi fonder la notion d’homme, demande Malraux ? Eh bien, il faut le savoir ou avoir la folie de ne pas le savoir ! Pour moi, les sophistes étaient des réalistes tandis que Platon était un idéaliste !

J’ai découvert votre revue par hasard dans une librairie et depuis, je ne me lasse pas de la lire, je ne rate pas un seul numéro car elle me paraît très intéressante pour un philosophe. Avec toute ma gratitude.

Daniel Baude

Le philosophe que vous êtes ne peut sans doute qu’être fasciné par ceux dont le discours réussit à démontrer tout et son contraire, nous le comprenons aisément. Pour autant, estimer que « tout est vrai » ou que tout est subjectif est un pas vers un relativisme que nous combattons aussi : pour être vrai, un discours ne doit-il pas refléter la réalité ? Si je dis « il neige », c’est vrai s’il neige ! Le ping-pong permanent entre nos idées et le réel est une des bases de la science, et ses succès (que d’aucuns déplorent, mais que personne ne conteste) montrent bien que tout n’est pas vrai. C’est peut-être ce qui sépare la science de la philosophie ? Je pense que nous sommes d’accord sur ce que vous dites du bien et du mal, de la beauté ou de la justice. Mais je serais curieux que vous me donniez un exemple de « vérité qui est un mensonge invétéré » !

Mais nous sommes ravis que la revue vous intéresse et vous remercions de votre gratitude et de nous avoir fait part de vos réflexions.

Martin Brunschwig

Intelligence artificielle, OGM, homoparentalité... un amalgame ?

Dans un article intitulé « Les débats sur l’intelligence artificielle » (SPS n°313 de juillet 2015, page 8), [Jean-Paul Delahaye] dit « qu’il y aura des problèmes de plus en plus graves et urgents posés par l’intelligence artificielle » face à la légalité des décisions prises par les machines et à leur contrôle […]. Vous y voyez « une forme de timidité et de conservatisme français… qui se manifeste aussi à propos des OGM et des questions éthiques posées par les sciences du vivant : l’état du droit français dans le domaine de la procréation assistée est la conséquence concrète de cette frilosité ». Vous faites sans doute allusion à la PMA, aujourd’hui réservée aux couples hétérosexuels dont la fertilité masculine est déficiente, alors qu’elle est interdite aux couples lesbiens et aux femmes seules […]. Mais je m’étonne que l’on puisse faire l’amalgame entre l’opposition aux OGM et le désaccord sur l’homoparentalité. Dans le premier cas, il suffit de procéder à des analyses et des tests prolongés sur ces organismes modifiés par l’homme, afin d’évaluer leur degré de dangerosité. La science peut alors dire avec précision s’ils sont nocifs ou inoffensifs pour les consommateurs. Aux politiques de prendre leurs responsabilités. Par contre, la PMA, comme toute reproduction implique une troisième personne : l’enfant qui, lui, ne sera pas consulté […].Cet enfant, lui aussi, est dépossédé. Il est privé de la totalité de sa filiation et d’un géniteur susceptible de lui apporter une éducation paternelle différente mais nécessaire. On est bien loin de la polémique sur les OGM car ce n’est pas à la science de dire si l’intérêt de la mère doit passer avant celui de sa progéniture.

Henri L’Helgoualc’h

Merci de votre remarque qui me permet de préciser certains points. Je parle de timidité et de conservatisme français, et quand je le fais c’est un constat qui s’applique à la façon dont on envisage l’intelligence artificielle et les changements qu’elle opère dans notre vie de tous les jours, changements qui ne font sans doute que commencer et qui comportent un grand nombre de dangers, par exemple ceux créés par les armes létales autonomes. C’est aussi un constat quand j’évoque les OGM, et quand je parle de l’état du droit français dans le domaine de la procréation assistée. Il suffit de mener des comparaisons entre la France et les États-Unis pour avoir la confirmation que ce n’est pas juste une impression. Je n’ai rien à retirer à ce que j’ai écrit. Comme vous le faites remarquer, les trois sujets sont de natures différentes et on n’a pas à les analyser de la même façon. J’en suis très conscient et il n’y a aucun amalgame dans mon esprit.

Les dangers éventuels de l’intelligence artificielle et ses progrès réels ou supposés sont des questions délicates qu’on résout pour soi-même en fonction de préjugés philosophiques, voire religieux : les personnes croyant à un statut particulier de l’Homme dans la nature ont tendance à juger impossible la création d’une l’intelligence artificielle et à minimiser les succès qu’elle obtient. La sensibilité aux questions posées par les OGM est en général liée à l’analyse, là encore philosophique, que l’on fait du droit que nous avons à intervenir dans la marche naturelle du monde et des risques qu’il y a à trop bouleverser cette nature à laquelle on attribue une valeur plus ou moins sacrée. Les sentiments religieux peuvent intervenir dans cette analyse, mais ce n’est pas toujours le cas. Quant aux questions de procréation assistée, c’est un troisième problème, lié à la conception qu’on a, là aussi, de ce que l’homme peut se permettre, et du droit qu’il a à rendre possible ce que la nature ne permet pas.

Comme vous le remarquez, la position qu’on défendra est aussi liée à l’idée que chacun a de ce qu’est une famille normale, et de ce que sont les besoins d’un enfant. Les trois problèmes sont différents, il n’y a pas de doute et il ne s’agit pas de prétendre qu’ils n’en font qu’un. Cependant, tous ont à voir quand même avec la plus ou moins grande prudence que l’on doit manifester vis-à-vis de techniques et de ce qu’elles permettent, et tous trois amènent à évaluer d’une façon ou d’une autre les dangers qu’il y a à avancer vite. Selon sa sensibilité philosophique, on peut être prudent ou même conservateur à propos de l’une des questions, et ne pas l’être pour une autre, il y a bien trois problèmes distincts, mais je maintiens qu’en France, l’attitude générale est plus timide et conservatrice que dans nombre d’autres pays, dans les trois cas. Je ne sais pas bien pourquoi.

Jean-Paul Delahaye

La qualité de la parentalité homosexuelle

Dans une note de lecture (SPS n°313, page 90) Gaëlle Guernalec-Lévy nous parle de ces « centaines d’études passées en revue » par l’auteur du livre Modern Families qui concluent que la « qualité de la parentalité » homosexuelle est «  plus élevée ». « La très forte motivation dont ces personnes ont dû faire preuve pour avoir leurs enfants  » expliquerait cela. En somme, vous n’examinez le bien-être de l’enfant qu’à partir de l’amour qu’on lui porte, amour qui serait multiplié par les difficultés inhérentes à la procréation artificielle.

Je ne suis pas certain que « les études » auxquelles vous faites allusion soient vraiment fiables. Comme chez nous, elles émanent vraisemblablement d’associations LGBT qui sont à la fois juge et partie. Si l’on veut éviter les biais méthodologiques, il convient de définir avec exactitude cette « qualité » parentale et ce que l’enfant ressent. L’engagement positif de la mère et de sa compagne ne sont pas forcément synonyme de félicité pour celui-ci. Et l’environnement familial n’est pas le seul à déterminer le degré de satisfaction de l’être. La société, l’espèce humaine, sont également des référentiels incontournables. Il est donc difficile de mener un tel travail d’investigation de manière scientifique […]. À la question existentielle de son origine, il ne pourra apporter qu’une demi-réponse et son arbre généalogique sera amputé de la moitié de ses branches. Et vous pensez que cet enfant sera totalement heureux de son sort, qu’il ne se sentira pas quelque peu désavantagé, exclu d’une procréation conforme aux lois naturelles d’une humanité sexuée ?

La place du père est-elle aussi négligeable qu’on le prétend en accordant un satisfecit à la lesbo-parentalité ? […] L’idée que le genre ne serait qu’une construction sociale n’est qu’une hypothèse qui nous vient des milieux lesbo-féministe américains. Les différences génétiques, fonctionnelles, hormonales et morphologiques entre l’homme et la femme n’auraient aucune influence sur leur comportement ? Cela me paraît improbable et contraire à l’observation du vivant. Il n’est pas interdit de penser, par exemple, que la mère a une attitude protectrice alors que le père est plus émancipateur. On ne peut négliger le poids des caractères propres à chaque sexe […].

Que la PMA soit utilisée pour pallier, en dernier recours, une pathologie procréative, pourquoi pas ? Mais qu’elle soit généralisée afin de donner satisfaction aux femmes qui ne veulent pas se « coltiner un mec », c’est autre chose. Dans ces conditions, la fabrique d’orphelins devient une question d’éthique. L’enjeu est : quel type de société voulons-nous ? Faut-il répondre aux attentes de plus en plus nombreuses et pressantes des lesbiennes (et femmes seules) en mal d’enfant ou garantir à celui-ci le droit au père ? La réponse n’est pas scientifique mais idéologique. C’est pourquoi, je pense que Science et pseudo-sciences doit rester dans le domaine qui est le sien : celui de « la perspicacité intellectuelle, la rigueur et l’analyse », comme le veut son éditorial.

Henri L’Helgoualc’h

En premier lieu, je me permets de préciser qu’il s’agit de la chronique d’un livre et que les idées et arguments exposés sont ceux de l’auteur, non les miens. Même s’il se trouve que j’ai en effet trouvé cet ouvrage passionnant et convaincant.

Concernant les études sur lesquelles il s’appuie, vous avez tout à fait le droit de les estimer biaisées ou peu fiables. Mais comme Susan Golombok consacre la moitié de son livre à détailler les protocoles de recherche, la constitution des échantillons, les méthodes utilisées, comme elle expose à chaque fois les avantages et les limites des études citées, il est assez facile, même pour un profane, de constater le sérieux et la rigueur de ces recherches qui se multiplient aux États-Unis depuis 40 ans, contrairement à la France. Elles reposent à la fois sur des questionnaires soumis aux familles et à l’entourage, sur des critères « objectifs » (résultats scolaires, parcours de vie), sur des évaluations psychologiques des enfants et des expériences « in vivo » selon des protocoles établis par la psychologie scientifique. Contrairement à une idée reçue, tous les participants à ces études ne sont pas recrutés par les associations gays et lesbiennes. On a tout à fait le droit d’être opposé à l’homoparentalité pour des raisons religieuses ou morales, mais on peut difficilement l’être sous le prétexte que les études montrant à tout le moins l’innocuité de ces familles ne seraient pas valables.

D’autre part, Susan Golombok ne s’intéresse pas seulement aux mères lesbiennes. Ces dernières ont beaucoup été étudiées étant donné l’antériorité de leur situation mais les études passées en revue par l’auteur portent également sur les couples hétérosexuels ayant eu recours à la PMA et sur les couples d’hommes. Je comprends que les conclusions de ces études sur « l’interchangeabilité » des rôles parentaux vous heurtent, mais notez que, selon ces études, cette absence d’impact de l’altérité sexuelle sur les enfants semble vraie tant pour les couples d’hommes que pour les couples de femmes. Il ne s’agit donc pas de dire que les pères ne comptent pas mais qu’au-delà du genre sexuel du parent, ce qui importe, c’est la qualité de la relation.

Susan Golombok conclut (toujours à partir des études), et j’ai pour ma part trouvé passionnante et très juste cette analyse, que ce n’est pas la monoparentalité en tant que telle qui obère le développement des enfants mais les conditions de la séparation et la précarité économique qui l’accompagne. Une mère abandonnée par son conjoint, peu diplômée et au chômage rencontre en effet davantage de difficultés pour élever ses enfants (c’est ce profil que vous trouvez dans les quartiers populaires). Les femmes qui font des enfants seules (ce que je ne cautionne ni ne condamne) sont dans les faits plutôt diplômées, économiquement indépendantes et socialement très entourées. Ce qui explique que leurs enfants ne semblent pas présenter de troubles particuliers.

Le seul point sur lequel je pourrais vous rejoindre concerne l’accès aux origines. Pour avoir interviewé et lu beaucoup de témoignages d’enfants issus d’une PMA avec donneur (et élevés par des couples hétérosexuels), je ne peux que constater qu’ils sont nombreux à souffrir de l’anonymat de leur donneur. Il s’agit d’une réalité, pas d’une projection ou d’une hypothèse théorique. Pour le reste, il me semble que ce sont les opposants à l’homoparentalité qui sont dans une vision idéologique du sujet bien plus que les chercheurs qui s’y intéressent, qu’ils soient homosexuels ou pas.

Gaëlle Guernalec-Lévy

Précisions

Un lecteur, Pierre Aguer, nous recontacte à propos d’un article sur l’eau de Javel (Certains préfèrent les microbes à l’eau de Javel), et notamment un passage sur l’utilisation du Chlore lors de l’épidémie d’Haïti. Les précisions suivantes avaient été apportées sur notre site Internet dès octobre 2014 : « Nous avons été alertés de l’absence de référence à l’appui des affirmations des lignes suivantes, que nous présentons en italiques. Effectivement, des campagnes anti-chlore existent bel et bien, mais rien ne permet ici d’affirmer qu’elles auraient joué un rôle négatif dans la mise en place du traitement de l’eau par chloration et dans le développement de l’épidémie de choléra en Haïti. Les propos tenus sont donc une opinion de l’auteur, sa propre interprétation des événements. Nous présentons nos excuses à nos lecteurs pour ne pas avoir clarifié ce point avant publication. 23 octobre 2014 - La Rédaction de SPS ».

Publié dans le n° 314 de la revue


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