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Courrier des lecteurs : octobre à décembre 2015

Publié en ligne le 17 mai 2016 -
SPS n° 315, janvier 2016

Ce que Dieu veut…

Je lis avec intérêt votre dernier numéro, et en particulier les articles sur sciences et religion. Dans l’article de Jean Bricmont, j’apprécie la distinction très éclairante entre trois Dieu, Dieu de la superstition, Dieu métaphysique et Dieu garant de la morale. Mais j’ai spécialement noté au milieu de la page 30, la phrase suivante : « Mais comment savoir ce que le Dieu métaphysique est ou veut vraiment ». L’auteur n’insiste pas sur ce qui me semble pourtant essentiel : ce que ce Dieu est ou ce qu’il veut sont deux choses bien distinctes. Déjà Spinoza faisait la différence quand il disait « Deus, vive natura – Dieu, autrement dit la nature ». C’est dire que, si Spinoza veut bien appeler Dieu quelque chose, en tout cas ce Dieu-nature n’a aucune volonté, il est ce qu’il est, point barre.

Poser qu’un Dieu veut quelque chose est une action rendue possible par le fonctionnement de notre cerveau et sa capacité à élaborer une «  théorie de l’esprit ». C’est un avantage évolutif certain pour un animal social, mais cela peut nous porter à voir des intentions partout sans que rien ne puisse le confirmer.

D’autre part, vouloir est aussi une activité de notre cerveau, qui consiste à nous attribuer à nous-mêmes (ce que notre cerveau nous fait considérer comme nous-mêmes) la cause de nos actions. Que veut une amibe, qui n’a pas de système nerveux ? Que peut être la volonté d’un être incorporel, ou d’une nature régie par des lois physiques  ?

Dr Jean-Pierre Ledru (psychiatre).

Merci de votre message, qui relève effectivement une distinction utile entre deux plans un peu différents, « être » et « vouloir ». Jean Bricmont précise : « Quand je parle du dieu métaphysique, je pense à celui sur lequel se rabattent les chrétiens modernes, qui ne croient plus au dieu superstition, mais pas au dieu-nature de Spinoza. (Ce dieu-nature ne cachait-il pas d’ailleurs l’athéisme de Spinoza ?) ».

Publié dans le n° 315 de la revue


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