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Dégazage sismique, une menace pour le climat ?

Publié en ligne le 17 mars 2014 -
par Georges Jobert - SPS n° 306, octobre 2013

Comme l’ont montré Savarenski et Nersesov en 1966, parmi les signaux précurseurs de gros séismes, on trouve l’émission de gaz, principalement le radon en région granitique, mais aussi l’hélium [1]. Ces gaz seraient libérés par la fissuration des roches avant le jeu de la faille principale. On se rappelle que quelques jours avant le séisme de l’Aquila, G. Giuliani, technicien aux Laboratori nazionali del Gran Sasso, avait déclaré que la forte concentration de radon qu’il observait, pouvait annoncer un fort tremblement de terre. Mais le dégazage de radon ne fut, et n’est toujours pas, considéré comme un précurseur fiable.

Dans d’autres contextes géologiques, après un séisme, le dégazage peut se prolonger pendant des décennies. C’est ce qu’ont montré [2] des chercheurs de l’Université de Bremen, de l’Institut Helmholtz de Bremerhaven et de l’Institut Polytechnique de Zürich : des bulles de méthane s’échappent du sol de l’Océan Indien, à 2800 m de profondeur, devant la côte pakistanaise. À cet endroit, le 28 novembre 1945, s’est produit un séisme de magnitude 8,1, dû au rapprochement des plaques eurasienne et arabe. L’analyse géochimique des sédiments a confirmé qu’une augmentation du flux de gaz s’est produite vers 1940. Une prospection sismique 1 a aussi indiqué la présence de structures fracturées à travers lesquelles le méthane a pu remonter depuis un réservoir 2. Les chercheurs estiment à au moins 5000 tonnes la quantité de méthane qui aurait été émise depuis le séisme. Pour eux, ce nouveau type de source de gaz à effet de serre devrait donc être pris en compte dans l’étude de l’évolution du climat.

Il faut toutefois remarquer qu’il s’agit là d’une zone de subduction assez particulière, où la plaque plongeante est couverte de sédiments chargés en produits organiques, qui font la richesse des États du Golfe arabique.

Par ailleurs, la quantité émise apparaît modeste devant les 1,2x1012 tonnes 3 stockées dans le pergélisol (ou permafrost) arctique [3].

[1] Voir par exemple : www.culturediff.org/mediasources/articles/geophysique/gjobert0.pdf
[2] Fischer D, Mogollón JM, Strasser M, Pape T, Bohrmann G, Fekete N, Spiess V, Kasten S : Subduction zone earthquake as potential trigger of submarine hydrocarbon seepage. Nature Geoscience, 2013, Advance Online Publication, doi 10.1038/ngeo1886
[3] http://www.nature.com/ngeo/journal/...

1 Méthode d’étude des propriétés du sous-sol, utilisant des vibrations produites par des explosions ou des vibrateurs et enregistrées à distance.

2 L’hydrate de méthane est un solide stable sous certaines conditions de température et de pression, au fond de l’océan ou sous terre (voir par exemple la thèse d’O. Bonnefoy, ENSM Saint- Étienne, 2005, http://tel.archivesouvertes.fr/docs.... Mais quand des fissures se produisent, la pression décroît et le méthane peut devenir gazeux et s’échapper.

3 1200 Pg (Pétagramme = 1015 grammes) à comparer aux 5 Pg du méthane atmosphérique.

Publié dans le n° 306 de la revue


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