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Démocratie et société de la connaissance

Publié en ligne le 1er août 2015
Note de lecture de Marcel Kuntz

Le leitmotiv de cet ouvrage tourne autour de l’idée de démocratiser la connaissance. L’auteur distingue la « société de l’information » de la « société de la connaissance ». La première serait une société mondiale, où l’information circule grâce aux outils technologiques. Elle nous soumet à une « surcharge de l’intelligence », c’est-à-dire un excès d’information sous lequel nous ployons et qui nous oblige à détruire une partie de cette information. La « société de la connaissance » est définie par l’auteur comme un système qui vise non pas à rendre plus intelligent chacun de ses membres, mais à ce que la société dans son ensemble le devienne (il décrit ainsi des villes ou des territoires « intelligents »). Elle suppose un ancrage local où interagissent le niveau mondial et un rapport individualisé au territoire, créant ainsi une dynamique créatrice.

L’auteur interroge ainsi la notion de créativité et l’impératif généralisé de l’innovation. Il réfute l’idée, selon lui dominante, que l’analyse des données (disponibles de manière de plus en massives) nous permettrait d’accéder à la réalité, pour faire l’éloge de ceux qui savent interpréter. Il analyse ainsi les causes de la récente crise économique, que la mathématisation de la finance n’a pas su empêcher mais aurait même contribué à créer. L’auteur voit aussi dans le décalage entre la rapidité avec laquelle les changements se produisent au sein de la société et la lenteur de la politique l’un des principaux problèmes de notre époque.

L’ouvrage intéressera très certainement nombre de lecteurs de l’AFIS. Je recommanderais cependant qu’ils se munissent d’un guide de l’idéologie postmoderne 1, car l’auteur y baigne dans certains chapitres du livre, en enchaînant des paralogismes.

L’auteur reconnaît ainsi que la science produit du « savoir », mais insiste sur le fait qu’elle produit aussi de l’incertitude, qu’il existe à côté du savoir scientifique un « non-savoir ». Ce non-savoir serait une partie constitutive de la connaissance. L’auteur glisse progressivement vers la thèse selon laquelle « la science est très souvent trop peu fiable et cohérente pour servir de fondement à des décisions indiscutables et légitimes ». Il faudrait au contraire « politiser la science » en vertu d’un syllogisme que l’on peut présenter ainsi : la science produit des technologies (de plus en plus rapidement), les applications de ces technologies sont l’affaire de tous (car l’incertitude croîtrait avec les avancées de la science), tous doivent donc s’immiscer dans la science !

Nous retrouvons donc là les thèmes chers à la sociologie postmoderne, quelquefois qualifiés de sciences participatives ou (par l’auteur) de « citoyenneté scientifique », qui incluent l’élimination de la distinction entre spécialistes et non-spécialistes avec l’avènement d’une « expertise profane ». Celle-ci serait justifiée par la nécessité de « prendre au sérieux » les « savoirs profanes », lesdits « profanes » pouvant en savoir autant si ce n’est plus que les spécialistes d’un domaine, il deviendrait légitime d’impliquer la société civile dans les différentes étapes de la recherche. Il s’agirait là d’une exigence de démocratisation et d’apprentissage collectif.

On regrettera donc que l’auteur qui présente des réflexions originales, certes un peu théoriques, accepte par ailleurs aisément une pensée idéologique soutenue par les théoriciens de la postmodernité.


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