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Regards sur la science

Des gènes de pucerons pour tuer les pucerons

Publié en ligne le 16 février 2013 - OGM
par Louis-Marie Houdebine

« Il faut connaitre son ennemi » a déclaré Saskia Hogenhout du John Innes Centre (JIC) à Norwich, UK, la personne qui dirige le projet qui suit.

Les pucerons ont des effets néfastes directs sur nombre de plantes et des effets indirects en favorisant des infections par des virus, des bactéries et des champignons. Les attaques des plantes par les pucerons sont à l’origine de pertes importantes qui sont amplifiées par le changement climatique.

Pour se débarrasser des pucerons, plusieurs procédés peuvent être mis en œuvre. L’un consiste à détruire mécaniquement (manuellement en pratique) les pucerons. Les pesticides sont une autre manière de faire avec les impacts environnementaux négatifs que l’on connait. Les pucerons ont la fâcheuse capacité à devenir résistants aux pesticides, (à ce jour, le puceron de la pêche verte est devenu résistant à 71 pesticides). Du blé génétiquement modifié produit une substance (une phéromone transmettant un message d’alerte) dont l’odeur fait fuir les pucerons [1]. La synthèse de substances toxiques par les plantes (une agglutinine dans le tabac par exemple) peut tuer les pucerons [2]. Des méthodes de culture appropriées peuvent également réduire la présence des pucerons. Une autre approche consiste à transférer dans la plante un gène codant pour une multitude d’ARN interférents qui ciblent et inactivent spécifiquement l’ARN messager 1 d’un gène essentiel pour la survie des pucerons. Ce procédé n’est exploitable qu’en raison du fait inattendu que les insectes qui mangent des gènes codant pour des ARN interférents gardent ces gènes qui produisent en continu les ARN interférents en question.. Les pucerons mangent donc les ARN interférents qui les tuent sans que la plante ne soit affectée. Ce procédé a aussi l’avantage de rendre extrêmement improbable l’acquisition d’une résistance par les pucerons aux ARN interférents [3]. Cette méthode est applicable à des nombreux insectes dès lors que l’on connait leurs gènes.

Cet élégant projet confirme par ailleurs que nos voisins britanniques ont dépassé le cap de la censure anti-OGM.

[1] Genetically modified wheat that repels aphids grown by British scientists. http://www.telegraph.co.uk/earth/agriculture/geneticmodification/9171407/Genetically-modified-wheat-that-repels-aphids-grown-by-British-scientists.html

[2] Genetically modified tobacco plants resist aphid attack. http://blogs.rsc.org/ib/2012/06/14/genetically-modified-tobacco-plants-resist-aphid-attack/

[3] Using their genes against them : Fighting insect pests with genetic targeting.
http://www.bbsrc.ac.uk/news/food-security/2013/130107-f-fighting-insect-pests-with-genetic-targetin.aspx

1 Un ARN messager est la copie instable d’un gène, qui est décodée pour diriger la synthèse d’une protéine qui exerce une fonction spécifique dans un organisme vivant.


Mots-clés : OGM


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