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Dialogue avec nos lecteurs : juillet à septembre 2018

Publié en ligne le 12 février 2019 -

- Science et pseudo-sciences n°325 - juillet / septembre 2018

Nous ne pouvons pas publier tous les courriers reçus, ni publier dans leur intégralité les lettres sélectionnées. Les choix opérés et les coupures faites sont de la seule responsabilité de la rédaction.

PLACEBO… BARD ?

[À propos de votre article sur l’homéopathie (SPS 324)]. Je suis toujours un peu déçue par ce type d’article […] parce que, sous cette forme, ça ne convainc jamais (ou presque) les convaincus de l’homéopathie et fera tout juste bouger les lignes des sceptiques qui utilisent l’homéopathie et pour qui ça marche, quel que soit le mode de fonctionnement réel ou supposé de cette pratique. Personnellement, je fais partie de la deuxième catégorie et le support de l’homéopathie m’a aidée et m’aide encore parfois pour certaines affections psychosomatiques. Reste que je suis d’accord avec le fait que l’homéopathie et ses granules (et autres supports) n’est probablement pas un médicament et qu’il peut y avoir un danger à la prescription pour des affections graves. Par contre, je considère que c’est bien un outil thérapeutique dont il serait dommage de se priver en le dénigrant constamment. Parce que, même si son effet n’est que placebo, le transformer en effet nocebo avec ce type d’article est juste contre-productif et plutôt néfaste pour les milliers (millions ?) de personnes qui l’utilisent et qui obtiennent des résultats.

Ce que je trouverais intéressant d’avoir comme information, […] ce sont les dosages/dilutions/concentrations à partir desquels une molécule est considérée comme active dans le corps ou plus généralement, pour l’être humain […]. Quand j’entends, dans les documentaires animaliers, que des requins sont capables de détecter le sang d’une proie, dans l’océan, à des kilomètres à la ronde (là, parlez-moi de dilution ! et idem pour les phéromones animales ou végétales), je trouve qu’il est envisageable que l’homéopathie fonctionne, peut-être et malgré tout, par un biais qui n’est pas encore connu…

En tout cas, merci pour votre travail et cette revue, c’est très instructif.

S. M.

SPS. L’absence d’efficacité propre de l’homéopathie est maintenant largement démontrée. Pour autant, nous ne demandons pas son interdiction : libre à chacun d’y avoir recours ou non. Décider de maintenir son remboursement ou de préserver son statut dérogatoire qui la dispense de fournir la preuve d’efficacité exigée pour tous les autres médicaments sont des décisions politiques. Mais elles ne doivent pas s’appuyer sur des fausses affirmations scientifiques. Rendons-nous l’homéopathie moins efficace qu’un placebo en informant sur sa réalité ? Rappelons que, pour de très nombreuses affections, le placebo ne marche tout simplement pas. Par ailleurs, l’effet placebo n’a pas besoin d’un support matériel (granule, sirop) pour s’exprimer. La relation entre le médecin et son patient fait partie de ce qui est aussi appelé l’ « effet contextuel ». Et pourquoi cette relation serait-elle moins efficace si elle n’infantilisait pas le patient avec des fables sur les « constitutions carboniques, fluoriques ou phosphoriques », sur un principe de similitude un peu magique ou sur des dilutions abyssales ? Ne faut-il pas essayer de responsabiliser le patient dans le discours qui lui est tenu ? Par ailleurs, vous avez raison, pour beaucoup, une « dose homéopathique » est une dose très très petite. En réalité, à partir de 8CH ou 9CH, la dose n’est ni petite, ni infime… Elle est strictement et rigoureusement nulle. Il n’y a plus la moindre molécule ni la moindre trace de la substance mère (les composants élémentaires de la matière sont des molécules qui ne sont pas infiniment divisibles).

L’exemple de la détection des quantités infimes de matière par certaines espèces ne valide en rien l’idée d’une détection possible en l’absence de matière : les animaux dits macrosmatiques (ceux qui ont besoin de l’olfaction pour survivre) possèdent un épithélium olfactif très développé, qui augmente la probabilité de détecter une quantité infime de molécules odorantes. Mais il faut bien qu’il y ait quelque chose à détecter… Ce que le requin détecte, pour reprendre votre exemple, ce sont des molécules émises ayant pénétré son système olfactif (mais il semble d’ailleurs que la sensibilité olfactive du requin soit surestimée, au moins dans ces documentaires télévisés).

M. B.

EXPERTISE ET LIEN D’INTÉRÊT

Depuis que j’ai découvert la revue de l’Afis, je suis satisfait de pouvoir connaître un autre point de vue que la doxa. Cependant, je suis pris d’un certain malaise quand je découvre l’identité des signataires des deux premiers articles [de votre dossier dans le numéro 324 sur] la gestion des déchets nucléaires : un membre de la Direction de l’énergie nucléaire au CEA et un responsable de l’Andra, établissement public industriel et commercial en charge de la gestion des déchets radioactifs […]. Si je n’ai aucune autorité ni aucun désir de mettre en cause la compétence de ces personnes, il me semble […] très surprenant que vous ayez fait appel à [de tels] contributeurs.

V. L.

SPS. Comme nous l’indiquons en page 4 de couverture, nos articles et dossiers proviennent « d’auteurs très variés, scientifiques ou non scientifiques, issus du monde académique, de la sphère économique ou, plus largement, de la société civile. Chaque auteur est présenté quant à ses activités professionnelles ou associatives en lien avec le contenu de son article ». Nos auteurs, dans ce dossier, ont donc été clairement présentés. Leurs textes sont argumentés et référencés. Nous avons également indiqué la position des agences publiques en charge de la sécurité du cycle nucléaire. D’une manière générale, on ne peut pas disqualifier a priori l’analyse d’experts scientifiques au seul motif de leur appartenance à une institution ou une entreprise ayant des intérêts économiques ou institutionnels vis-à-vis d’un sujet donné, ni, on le mentionne plus rarement, au motif d’un engagement pour des raisons idéologiques d’un côté ou de l’autre dans la controverse. Par ailleurs, notre dossier ne se positionnait pas « pour ou contre le nucléaire », mais visait à apporter des éléments d’information étayés et référencés. Et, vous l’aurez sans doute remarqué, d’autres auteurs éclairent la question du stockage en couche géologique profonde d’une façon plus critique.

J.-P. K.

FAUT-IL UTILISER LE MOT « FAKE » ?

Vous savez depuis 50 ans nommer les pseudo-médecines à l’aide de termes précis et appropriés. Pourquoi cédez-vous à cette mode qui consiste à appauvrir votre propre langue en remplaçant une série de mots courants par un supposé équivalent anglais (toujours anglais, et toujours en conservant son orthographe et sa prononciation anglaises), même quand il ne s’agit pas réellement d’un équivalent ?

P. L
.

SPS. Nous partageons votre opinion sur l’usage de plus en plus répandu du terme « fake » sans que soit toujours bien caractérisée la nature de la critique. Et la désinformation peut aussi se revendiquer de la lutte contre les « fake news ». C’est par exemple ce qu’ont fait les « décodeurs » du journal Le Monde dans un article sur la controverse autour du glyphosate (voir encadré). Dans notre numéro 324, le terme « fake » était reproduit car présent dans des tribunes publiées par ailleurs, et dont nous rendions compte.

DÉCODONS LES DÉCODEURS DU MONDE SUR LE GLYPHOSATE

À l’occasion des discussions sur le projet de loi agriculture et alimentation à l’Assemblée nationale, Les Décodeurs du Monde ont remis en avant, le 29 mai 2018, une infographie censée résumer le débat sur le glyphosate [1].

Tels qu’ils se décrivent eux-mêmes « Les décodeurs du Monde.fr vérifient déclarations, assertions et rumeurs en tous genres ; ils mettent l’information en forme et la remettent dans son contexte » [2]. Cette équipe d’une dizaine de personnes s’est dotée d’une charte [3] reprenant les principes fondamentaux du journalisme. L’article 1 de la charte des Décodeurs est prometteur : « Nous donnons du contexte et des faits. Nos articles sont construits avant tout autour de faits les plus objectifs possible : statistiques, chiffres, lois, dates, faits, sont notre matériau premier. Nous fournissons des faits, nous ne faisons pas de journalisme spéculatif, nous ne donnons pas notre avis. »

C’est dans l’esprit de ce premier article de la charte des Décodeurs que nous proposons sur notre site (afis.org) un décodage de l’infographie des Décodeurs sur le glyphosate. Nous montrons que les Décodeurs sélectionnent les faits de manière partisane et oublient des éléments contextuels indispensables.

Sommaire de notre décryptage :

  1. Les Décodeurs présentent la controverse de manière trompeuse ;
  2. Les Décodeurs mélangent les études ;
  3. Les Décodeurs relaient une fable ;
  4. Les Décodeurs suggèrent un faux équilibre ;
  5. Les Décodeurs silencieux sur les « Portier Papers » ;
  6. Sur les aspects économiques aussi, Les Décodeurs informent à sens unique ;
  7. Information ou manipulation de l’opinion ?
Décryptage médias par Hervé Le Bars
1er juin 2018 – en ligne sur afis.org

Référence

[1] « Dangerosité, toxicité, utilité : le débat sur le glyphosate résumé en discussion pour/contre  », sur lemonde.fr

Publié dans le n° 325 de la revue


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