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Didactique ?

Publié en ligne le 11 septembre 2015 -
par Philippe Boulanger - SPS n° 312, avril 2015

J’ai participé à une de ces commissions paragouvernementales où les participants, politiques ou fonctionnaires pour la plupart (« ou » non exclusif) argumentent pour délivrer un rapport sur un sujet de société.

Le sujet portait sur l’enseignement des sciences. J’ai osé prôner (aussi pour faire vivre le débat qui ronronnait) un enseignement de certaines disciplines scientifiques plus riche et plus exigeant afin de solliciter et d’aiguillonner les meilleurs. J’ai été aussitôt un objet d’opprobre de la part de petits marquis, dont on ne sait quelles circonstances improbables les ont propulsés au statut de penseurs, et je fus accusé de vouloir « faire du didactique ». Le terme est aujourd’hui une insulte. « On » m’a expliqué, avec un petit sourire sans indulgence, qu’il ne s’agissait pas de « se gaver de connaissances », mais de se les approprier par une démarche personnelle et innovante, garantie, je crois comprendre, par l’ignorance.

L’innovation actuelle, du moins en mathématiques, a été de vider progressivement les programmes. J’ai dernièrement comparé les livres de mathématiques de la classe de troisième (Lebossé et Hémery) aux livres actuels. Si la qualité de la présentation des nouveaux livres est notable, la diminution du contenu est flagrante.

Je me demande, attitude peu à la mode, si la volonté de ne pas faire de sélection ou de supprimer les notes dans l’enseignement pour ne pas disqualifier les moins favorisés, aboutit au but visé. Si l’enseignement public est bon et riche en contenu, les statuts individuels ont moins d’effets sur l’avenir des enfants. En revanche, si l’enseignement général est insuffisant ou ne sollicite pas assez les élèves, les attitudes individuelles ont plus de poids. Au contraire des enfants défavorisés par l’environnement et la fortune, les enfants qui vivent dans des familles aisées, ou celles où la culture a de l’importance, seront aiguillonnés et réussiront à acquérir dans l’ambiance familiale les connaissances nécessaires à leur épanouissement.

Bien sûr, je force le trait à dessein, mais la volonté d’innover en faisant table rase du passé et sans s’appuyer sur des penseurs qui ont réfléchi à l’enseignement est un déni culturel étonnant de la part d’éducateurs. Nos petits marquis travaillent dans l’abstraction et n’invoquent jamais les Montessori, Freinet ou autre Piaget qui abordaient le concret. La véritable éducation est de rendre apparent ce qui est caché et sensible ce qui est abstrait, non l’inverse.

Rubrique coordonnée par Nadine de Vos

Publié dans le n° 312 de la revue


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