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Évolution : Notre espèce continue d’évoluer

Publié en ligne le 12 juillet 2007 -
par Michel Naud

Sources : Service Communautaire d’Information sur la Recherche et le Développement (CORDIS) et La Recherche.

Digérez-vous bien le lait ? Non ? Ne vous inquiétez pas, si vous êtes adulte et originaire du Sud de l’Europe (France, Espagne, etc.) , il y a une chance sur deux que vous soyez dans ce cas là … et il y a près de 8000 ans, du temps du néolithique, il semblerait bien que la plupart des habitants du quartier étaient dans votre cas.

En effet la digestion du lait repose sur le travail d’une enzyme, la lactate-deshydrogénase (LDH, lactase for short), qui décompose le lactose du lait en sucres utilisables par l’organisme ; on naît « buveur de lait » (c’est congénital) et c’est génétique : un gène, le gène LCT, code la lactase. Dans la configuration standard l’organisme cesse avec le sevrage (c’est congétrobu aurait dit Pierre Dac) à coder cette enzyme et l’être humain adulte perd sa capacité à générer le lait, la consommation de lait entraînant alors gonflements et diarrhées.

Il y a de l’ordre de 9000 ans, en Europe du Nord, une mutation serait apparue dans une séquence d’ADN localisée en amont du gène LCT permettant de continuer à coder la lactase au-delà du sevrage. Concomitante avec la sédentarisation et l’émergence de la domestication des bovins, les porteurs de cette mutation, pouvant profiter des avantages nutritifs et sanitaires de la consommation du lait des bovins, auraient mieux survécu et se seraient plus reproduits ; en d’autres termes cette mutation a apporté à ses porteurs un avantage adaptatif et s’est donc trouvée sélectionnée. C’est ainsi qu’aujourd’hui 90 % des habitants du nord de l’Europe en sont porteurs , et elle a gagné progressivement le Sud.

Des chercheurs britanniques et allemands viennent publier dans Proceedings of the National Academy of Sciences la première confirmation directe, par l’analyse de 8 squelettes du néolithique et un squelette du mésolithique que nos ancêtres n’étaient pas porteurs de cette mutation.

En Afrique de l’Est, ainsi que l’a montré la généticienne Sarah Tishkoff, plusieurs ethnies pratiquant l’élevage, telles les Tutsis et Fulanis du Soudan, de Tanzanie et du Kenya, bénéficient elles aussi du même avantage fonctionnel, sans pour autant avoir connu la mutation qui s’est répandue en Europe ; c’est tout simplement que trois autres mutations différentes, sélectionnées indépendamment les unes des autres, sont apparues et se sont répandues en Afrique depuis 3000 à 7000 ans, localisées elles aussi dans les mêmes zones de la séquence ADN et procurant chacune, par une voie différente, la capacité pour les individus porteurs du gène mutant de digérer le lait des bovins.


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