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Fondation Teilhard de Chardin et Muséum National d’Histoire Naturelle : la clarification est nécessaire

Publié en ligne le 21 juin 2007 -

Le 14 juin 2007, la direction du Muséum national d’histoire naturelle a fait état de sa décision de revoir les relations entre la Fondation Teilhard de Chardin et le Muséum, « dans un esprit de clarification ». Ce réexamen est consécutif aux discussions engagées au sein de l’institution depuis le début de l’année 2007 pour un réaménagement de la salle de lecture de la bibliothèque, la Fondation y étant hébergée par le Muséum.

Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) était un scientifique de talent comme le Muséum d’Histoire naturelle n’a jamais cessé d’en compter et en compte aujourd’hui de nombreux. Entré en 1950 à l’Académie des Sciences, le paléontologue qu’il était, traçant la courbe de l’évolution telle qu’il l’observait, œuvre scientifique dans laquelle il excellait, associait son nom à la découverte du sinanthrope. Mais c’est ès qualité de prêtre catholique, aux relations quelquefois mouvementées avec sa hiérarchie, qu’il est surtout passé à la postérité, apparaissant, suivant les mots de ses contemporains Jean Orcel et Ernest Kahane, comme « le héros d’un effort surhumain, de la tentative désespérée d’une impossible unité de la Science et de la Religion », tentative à partir de laquelle l’intrusion spiritualiste dans la synthèse scientifique prospéra jusqu’à l’envahir complètement et la muter en apothéose apologétique pour le christianisme.

On peut comprendre qu’à la suite du décès de Teilhard de Chardin, du fait du rayonnement intellectuel qui l’avait caractérisé, décision ait été prise en 1962 de réunir au Muséum, sous l’impulsion de ceux qui avaient travaillé avec lui, l’ensemble de son œuvre, tant sa quête de sens théologique et son activité scientifique étaient imbriquées. On peut néanmoins s’étonner qu’on ait laissé prospérer dans son ombre au sein de l’institution publique une association ouvertement religieuse comme l’association des Amis de Teilhard de Chardin.

Ces événements datent désormais de plus de cinquante ans. Le projet de réaménagement de la médiathèque conduit à s’interroger de nouveau sur la pertinence du choix effectué par le Muséum National d’Histoire Naturelle, institution scientifique d’Etat, d’abriter le siège de la Fondation Teilhard de Chardin. Ce réexamen semble d’autant plus judicieux que la communication réalisée tant par la Fondation que par l’Association démontre une très grande confusion des genres entretenue aussi bien par l’une que par l’autre.

L’Association Française pour l’Information Scientifique se réclame de la tradition du rationalisme scientifique des Lumières, celle dans laquelle s’inscrivait Buffon, dont le Muséum National d’Histoire Naturelle célèbre avec éclat cette année le tricentenaire de la naissance. Elle considère que la séparation entre les religions et les Etats constitue la garantie, pour les chercheurs et enseignants des sciences, tout comme pour les professions scientifiques et de santé, de pouvoir exercer leur activité à l’abri des pressions des théologiens et des idéologues. De même, et de façon inséparable, elle estime que cette séparation républicaine constitue la garantie, pour les confessions et convictions, de leur libre expression et du libre exercice des cultes dans la seule limite du respect de l’ordre public.

Fidèle à ces traditions, l’Association Française pour l’Information Scientifique se félicite de la décision annoncée :

- pour la Fondation Teilhard de Chardin : de réexaminer l’opportunité de sa domiciliation au sein du Muséum National d’Histoire Naturelle

- pour l’Association des Amis de Teilhard de Chardin : de réaffirmer que «  des activités à caractère confessionnel n’ont rien à faire au sein d’une institution de l’Etat ».

Les déclarations à la presse des personnels scientifiques du Muséum, du conseil d’administration de l’institution et de son directeur général démontrent que les uns et les autres ont pris la mesure des dérives qui ont prospéré depuis ces créations et décisions d’hébergement. En outre, à l’examen des informations libres d’accès, l’imbrication entre l’organisme à caractère religieux « association des Amis de Teilhard de Chardin » et la fondation abritée par le Muséum semble très poussée. Dans ces conditions, une conciliation entre le maintien de la domiciliation de cette fondation au Muséum et le respect de la légalité républicaine en matière de laïcité institutionnelle nous paraît difficilement envisageable. Si cette intuition devait se confirmer à l’issue de l’entreprise de clarification engagée par la direction du Muséum, il conviendrait alors tout naturellement d’inciter la Fondation à déposer les écrits de Teilhard de Chardin au fonds public de la Bibliothèque Nationale de France dont c’est la vocation.

Paris, le 20 juin 2007
Pour l’AFIS, le président, Michel NAUD

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