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Forêt tropicale, forêt boréale : un impact opposé sur le climat

Publié en ligne le 22 janvier 2016 - Climat -
par Jacques Bolard - SPS n° 314, octobre 2015

Nous savons bien que les forêts ont un fort impact sur le climat et il est considéré que la déforestation des forêts tropicales participe au réchauffement de la planète. Cependant, cette idée du tandem déforestation-réchauffement est nuancée depuis quelques années, un débat ayant lieu sur son caractère général au niveau de la planète : les forêts boréales seraient plus chaudes que les surfaces environnantes non boisées. Jusqu’à présent, la validité éventuelle de cette hypothèse reposait sur des études par modélisation ou sur des mesures locales, les premières n’ayant pas une résolution spatiale satisfaisante, les secondes n’ayant pas un caractère général.

Ce n’est que tout récemment, en mai 2015, qu’une étude globale, à l’échelle terrestre, a été publiée [1] : elle repose sur 11 000 données satellitaires de températures au sol, comparées entre une couverture forestière et une zone agricole proche, à des latitudes comprises entre celles de l’équateur et du nord de la Suède (65°). Les mesures diurnes y sont comparées aux mesures nocturnes et les variations saisonnières sont prises en compte.

Il ressort de cette étude que, en moyenne annuelle, les forêts tropicales (6,25 millions km²) ont bien l’effet de refroidissement généralement considéré : – 2,4°C au sol par rapport aux surfaces cultivées. Sous nos latitudes, l’effet est bien moins marqué, sinon nul. Par contre, les forêts boréales (au-delà de 50° de latitude ; 9,20 millions km², donc une étendue plus grande que celle des forêts tropicales) montrent un fort effet de réchauffement local (+ 0,79°C), quoique moins important que celui de refroidissement des forêts tropicales. Ces résultats confortent donc bien les hypothèses antérieures.

Les auteurs de l’étude proposent un mécanisme essentiellement biophysique reposant sur l’équilibre entre l’albédo (la réflectivité) des surfaces et sur l’évapotranspiration 1 de la végétation. Les terrains découverts ont généralement un albédo plus fort que les forêts et absorbent moins les radiations solaires de courte longueur d’onde durant la journée donc se réchauffent moins ; par contre l’évapotranspiration y est plus faible et conduit à une moindre perte de chaleur latente. L’importance relative de ces deux phénomènes dépendrait de la latitude et, pour les forêts boréales, l’effet albédo serait renforcé. Par exemple, une forte corrélation est trouvée entre la fréquence des chutes de neige et la différence d’albédo terrain découvert/forêt.

De là à couper les forêts boréales… ! D’autant plus que des changements climatiques, comme une augmentation des pluies par rapport aux chutes de neige, pourraient perturber l’équilibre biophysique actuel.

[1] Yan Li, et coll., « Local cooling and warming effects of forests based on satellite observations », 2015, Nature Communications, 6, 6603, doi : 10.1038/ncomms7603.

1 Quantité d’eau transférée vers l’atmosphère par l’évaporation au niveau du sol et par la transpiration des plantes.