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Forêts hybrides

Publié en ligne le 24 juin 2006 - Écologie
par Isabelle Burgun

La culture d’arbres sélectionnés artificiellement à des fins commerciales ne date pas d’hier. Elle permet d’épargner les forêts naturelles et assure un approvisionnement accru en bois. Mais il resterait à évaluer les impacts génétiques de cette pratique.

« Nous avons identifié des hybrides de première génération mais il nous reste à comprendre comment cela se produit », annonce le Dr Nathalie Isabel, généticienne et chercheure en foresterie au Service canadien des forêts. Elle présentait les résultats des plus récents travaux aux Midis de la foresterie de l’Université du Québec en Abitibi Témiscamingue.

Exit tout romantisme, les forêts actuelles ne ressemblent plus aux forêts d’antan. Celles d’avant la colonisation et de la pratique de la ligniculture (culture intensive des arbres dans le but d’en maximiser la production). Depuis plus de 30 ans, le Canada a recours à la culture d’arbres sélectionnés pour leurs caractéristiques (grande production de matière ligneuse et croissance rapide), ainsi qu’à l’importation d’espèces exotiques connues pour leurs performances.

Alors que les forestiers s’alarment devant ce qu’ils qualifient de pénurie d’approvisionnements en bois au Québec, on s’attend à un recours plus intensif cette pratique.

Déjà, les colons importaient il y a plus de 200 ans des peupliers d’Europe, tel le peuplier de Lombardie, pour des raisons ornementales ou brise-vent comme dans les provinces de l’Ouest, principalement en Saskatchewan et en Alberta.

Le pollen ne connaît pas de frontière

Doit-on pour autant craindre une pollution génétique qui décimerait les populations indigènes ? « C’est un risque qu’il nous faut envisager. Pour l’instant nous sommes encore à nous demander quels sont les effets des gènes transmis d’une espèce à l’autre. Peuvent-ils modifier des caractéristiques importantes, comme l’adaptation à notre rude climat ? », demande le Dr Isabel.

Cette généticienne participe, au sein du Centre de foresterie des Laurentides, au programme de recherche sur la reproduction cellulaire et l’évolution. Ses travaux portent principalement sur la mise au point de marqueurs moléculaires de gènes de plusieurs espèces d’arbres, sur des méthodes d’estimation de la diversité génétique et sur l’étude du transfert de gènes entre les espèces d’arbres exotiques et indigènes.

Devant la possible contamination génétique des espèces locales par les espèces exotiques, l’équipe de recherche a prélevé des échantillons autour des plantations d’arbres afin de dépister les hybrides de 1ère génération. Les premiers résultats montrent par exemple que les peupliers sont plus sensibles à l’hybridation que les mélèzes.

« De 6 à 26 % des peupliers présentent des taux d’hybridation contre 4 % pour les mélèzes » révèle la généticienne. Le taux d’hybridation serait encore plus important lorsque, sur le terrain, on note la cohabitation de nos deux peupliers indigènes. La première piste d’explication est qu’une faible séparation géographique et une moindre divergence entre les espèces favorise l’hybridation.

De plus, les scientifiques ont découvert que les espèces exotiques et les hybrides sélectionnés présentent une croissance supérieure aux espèces indigènes, ce qui leur donne un avantage supplémentaire.

Les peupliers en tête

Enfin, « le pollen voyage moins bien chez les conifères, comme les mélèzes, que chez les engiospermes, comme le peuplier », explique le Dr Isabel.

Pour mieux comprendre ce qui se passe, son équipe s’affaire à élaborer des marqueurs génétiques pour distinguer aisément les contributions génomiques venues d’espèces exotiques et celles venues d’espèces indigènes. Chez les hybrides de 1ère génération, ils ont repéré une douzaine de marqueurs. Pour les hybrides de seconde génération, près d’une centaine de marqueurs seront observés.

Le peuplier compterait environ 40 000 gènes contre 100 000 pour l’épinette. Le Canada est le pays du monde le plus riche en peupliers indigènes (Populus) ; cinq sur les 40 espèces connues. De plus, il possède 35 % des 80 millions d’hectares de peupliers de la planète. Le tremble (Populus tremuloides) et le peuplier baumier (Populus balsamifera) se rencontrent dans tout le Canada. Les nombreux croisements et hybridations rendent la classification de plus en plus difficile.


À voir

Centre de foresterie des Laurentides
La page web du Dr. Nathalie Isabel, chercheure scientifique, génétique moléculaire, Ressources naturelles Canada :
Les biotechnologies dans le secteur forestier par la FAO


Mots-clés : Écologie


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