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François Magendie - Bouillant créateur de la physiologie expérimentale au XIXe siècle

Publié en ligne le 7 mai 2013
Note de lecture de Laurent Loison - SPS n°304, avril 2013

Ancien biologiste, Paul Mazliak se consacre depuis plusieurs années à l’écriture de l’histoire des sciences. Le présent texte constitue son dernier travail en date, et est consacré à un scientifique relativement peu connu du grand public, François Magendie (1783-1855). En effet, si l’on retient encore parfois son nom, c’est avant tout pour mentionner qu’il fut le maître de Claude Bernard. Le projet de ce livre est donc d’abord de rappeler les mérites scientifiques de Magendie, que Mazliak qualifie de « bouillant créateur de la physiologie expérimentale ».

De ce point de vue, ce travail est incontestablement une réussite. L’auteur présente de manière extrêmement claire les travaux propres de Magendie, en insistant sur leur nouveauté, à la fois en ce qui concerne les résultats obtenus, mais aussi en ce qui concerne les moyens de les obtenir. En effet, dans le domaine de la physiologie, Magendie a beaucoup fait pour promouvoir l’expérimentation sur les animaux vivants. Cela se fit contre la plupart des médecins de l’époque, attachés aux « systèmes » explicatifs, parfois hérités directement de Galien. Mazliak excelle aussi à restituer le climat philosophique du moment, celui d’une lutte entre les tenants du mécanisme et ceux du vitalisme. Il montre comment Magendie sut ouvrir une autre voie, volontairement empiriste et anti-théorique, afin de séparer la physiologie naissante de la philosophie.

L’ouvrage suit une trame à peu près chronologique, et, en dix chapitres concis, Mazliak donne un très bon aperçu de l’apport scientifique de Magendie, notamment dans le domaine de la neurophysiologie. Le texte est par ailleurs accompagné d’une utile bibliographie des principales œuvres publiées de Magendie. Ce livre constitue donc une très intéressante entrée en matière pour qui s’intéresse à l’histoire de la physiologie au cours de la première moitié du XIXe siècle, c’est-à-dire avant que Claude Bernard ne participe à son plein développement.

Néanmoins, ce texte, sans le vouloir, pose aussi un problème, celui du statut de l’histoire des sciences. En effet, tout au long des deux cents pages du livre Mazliak fait essentiellement référence à des sources primaires, c’est-à-dire des textes rédigés par les savants de l’époque. En revanche, on ne trouve quasiment aucune référence à d’autres travaux d’histoire des sciences, sinon ceux de l’auteur lui-même. Il faut en fait attendre la conclusion pour que Mazliak mentionne l’existence de deux autres livres consacrés à Magendie. Cela pose problème, non pas tant parce que l’amour-propre des historiens ayant déjà travaillé sur ce sujet pourrait être piqué, mais surtout parce que cette absence de référence empêche la progression de l’histoire des sciences. Si l’on suit Bourdieu (Science de la science et réflexivité, Paris, Raisons d’agir Éditions, 2001), l’activité scientifique progresse si et seulement si elle résulte d’un travail de critique réciproque à l’intérieur d’un champ autonome, où le « réel » est vu comme l’arbitre légitime des débats. Le « réel » d’un historien des sciences, ce sont d’abord les sources primaires, largement prises en compte par Mazliak. Ce qui manque, c’est le débat, c’est-à-dire l’utilisation d’autres travaux, y compris à des fins critiques, assurant que chaque génération d’historiens des sciences ne se contente pas de répéter, sans le savoir, les gestes de la précédente.

Publié dans le n° 304 de la revue


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