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Frédéric Joliot-Curie et l’énergie atomique

Publié en ligne le 16 juillet 2004
Note de lecture d’Elie Volf - SPS n° 260, décembre 2003

Depuis la première édition chez Seghers en 1961, le livre de Pierre Biquard 1 n’avait pas été réédité et il faut remercier Nadine Zuili, qui fut la secrétaire de Frédéric Joliot de 1949 à 1958, au Mouvement de la Paix puis au Collège de France et au Laboratoire d’Orsay, de l’avoir fait.

Trois biographes pour un grand nom

Notre président fondateur de l’AFIS, Michel Rouzé, a été le premier biographe de F.Joliot en 1950 et a publié en 1950 Frédéric Joliot-Curie aux Éditeurs Français Réunis. Rouzé et Biquard sont donc des biographes contemporains de Joliot, contrairement à Michel Pineau, qui écrivit sur Joliot avec le point de vue de l’historien 2.

Le livre de Pierre Biquard comporte deux parties, la première sur ses découvertes scientifiques, concernant les réactions de fission, et l’autre sur son combat contre les armements nucléaires.

L’auteur n’en oublie pas pour autant la vie et la personnalité de Frédéric Joliot-Curie. Depuis la naissance de Joliot, le 19 mars 1900, sont relatés son arrivée en 1925 dans le laboratoire de Marie Curie, son mariage avec Irène en 1928, puis, entre 1928 et 1938, sa découverte, avec son épouse, de la radioactivité artificielle et des réactions de fission nucléaire en chaîne 3.

Le travail scientifique

Leur découverte ayant abouti aux premières bombes atomiques, Joliot-Curie refusa de poursuivre leur fabrication au sein du Commissariat à l’Energie Atomique, refus qui provoqua son renvoi.

Si Irène et ses deux enfants se sont exilés en Suisse, Frédéric Joliot, lui, a dû disparaître sous un nom d’emprunt en juin 1946 et quitter son laboratoire du Collège de France, qu’un savant allemand antinazi, Gentner, occupa alors. Proche de Joliot,Gentner a heureusement freiné les recherches sur les réactions de fission en chaîne.

Cela est bien expliqué dans le livre de Biquard et, en particulier, sont bien relatés les épisodes de l’eau lourde que Joliot a fait fabriquer en Norvège et qu’il a réussi à faire cacher pendant l’occupation prés de Toulouse.

Un résistant humaniste et rationaliste

Pendant les événements tragiques de 1940 à 1945, Frédéric Joliot a été un résistant notoire. On lui doit aussi la création du Front National (dont Le Pen a usurpé le titre). Cette organisation a été un creuset de résistants et de combattants du nazisme en France.

Joliot a été un humaniste et un rationaliste (il a été président de l’Union Rationaliste de 1954 à 1958). On lui a reproché son obédience communiste. Mais, pour lui, c’était le seul moyen de faire pression contre les armements nucléaires. Avec le Mouvement de la Paix dont il a été le fondateur, il a contribué, notamment, à l’Appel de Stockholm en mars 1980.

Les échanges Joliot-Rouzé

L’ouvrage de Michel Rouzé est abondamment cité dans le celui de Pierre Biquard.

Parmi ces nombreuses références au livre de Rouzé, nous citerons l’extrait suivant, de Joliot à Rouzé, page 168 : « La science et la technique ne devraient-elles pas permettre à chacun de se nourrir avec très peu de travail ? Nous serons civilisés, quand l’homme n’aura plus besoin de travailler comme il fait pour assurer sa subsistance ; cela ne veut pas dire qu’il ne fera rien. Au contraire, c’est alors que son travail sera moral. C’est le travail qu’il fera, plus librement, pour apporter quelque chose aux autres, intellectuellement ou manuellement, pour enrichir la vie de l’humanité ».

Plus loin, lors d’une conversation avec Joliot, c’est Michel Rouzé qui fait son autoportrait, page 183 :

« Quand je dois écrire, j’ai un souci terrible de faire attention. D’autres intellectuels écrivent facilement ; si vous voyiez mes brouillons ! Sur une page, il y a trois phrases qui restent... »

Nous conseillons la lecture de cette biographie de Joliot-Curie à ceux qui veulent comprendre son rôle scientifique, ainsi que son grand investissement personnel, à la fois en faveur du rationalisme et de la paix.

1 L’auteur Pierre Biquard,décédé en 2002, a été le compagnon de route de Frédéric Joliot, depuis leurs études communes à l’École Supérieure de Physique et Chimie industrielle de la Ville de Paris.

2 voir critique dans SPS n° 247.

3 Prix Nobel de 1938.


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Publié dans le n° 260 de la revue


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