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Gare aux prêcheurs de toute nature : il n’y a ni miracles, ni apocalypse…

Publié en ligne le 13 septembre 2008 -
12 septembre 2008

En cette rentrée 2008, il y a ce à quoi vous n’avez pas pu échapper…

Une solution contenant de l’ordre de 70 kg d’uranium naturel a été déversée accidentellement dans le Rhône à Tricastin. Cet incident ne concernait pas une centrale nucléaire d’EDF mais une usine filiale d’Areva. La quantité rejetée représentait 10 % du flux quotidien d’uranium véhiculé par la nature (et non par les rejets) dans ce fleuve. Il s’agissait d’une pollution malheureusement classique : seule la toxicité chimique de l’uranium était en cause sans aucun risque radiologique. L’impact sanitaire et environnemental s’est révélé moindre que celui du déversement d’une cuve de fioul dans un cours d’eau. Cela aura été le psychodrame de l’été... 1

Il y a cent cinquante ans une enfant de quatorze ans faisait état de visions ; pour l’Église catholique romaine, « cette apparition revêt tous les caractères de la vérité [et] les fidèles sont fondés à la croire certaine » ; depuis, des guérisons réputées miraculeuses sont associées au culte qui s’y est installé... La propension des êtres humains à porter crédit à de telles croyances est connue et les mécanismes de la crédulité sont l’objet d’études scientifiques 2. La couverture médiatique de tels rassemblements est usuelle. Plus inhabituelle est la dévotion empressée témoignée au sommet de l’Etat tout comme la posture affichée suivant laquelle des systèmes fondés sur de telles croyances (les religions) pourraient être susceptibles « d’éclairer la société, qu’elle soit civile ou politique ». C’est le feuilleton de la rentrée… 3

… il y a aussi ce que vous n’avez peut-être pas remarqué…

L’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA) a conclu le 30 juin 2008 que « les maïs portant l’événement de transformation MON810 et leurs produits dérivés présentent le même niveau de sécurité sanitaire que les variétés de maïs conventionnelles et que leurs produits dérivés » 4. Ce même 30 juin 2008 le « collectif des faucheurs volontaires » revendiquait la destruction, dans le Gers et en Haute Garonne, de parcelles expérimentales de recherche autorisées conformément à la toute nouvelle loi sur les OGM ; le 2 juillet 2008, José Bové félicitait « les faucheurs qui ont été capables de neutraliser quatre parcelles d’essais » et ajoutait : « Il reste quelques essais à travers le territoire. On va s’en occuper, le travail devrait être fait ». 5 Le « travail a été fait » : un plan de destruction systématique a été poursuivi pendant tout l’été dans l’indifférence politique la plus totale…

Depuis cet été, au Royaume Uni, les astrologues et autres devins doivent, sous peine pouvant atteindre 5.000 livres sterling (6.250 euros) d’amende et deux ans de prison, indiquer à leur clients que leurs activités sont "for entertainment only" (à fins récréatives uniquement) et "not experimentally proven" (n’a pas été prouvé sur le plan expérimental). 6 En France, l’article R.34-7° de l’ancien code pénal punissait d’une contravention de troisième classe « les gens qui font métier de deviner et pronostiquer, ou d’expliquer les songes » 7. Il était complété par l’article R. 36-2° qui indiquait que « seront de plus saisis et confisqués : […] les instruments, ustensiles et costumes servant ou destinés à l’exercice du métier de devin, pronostiqueur ou interprète des songes ». Depuis le 1er mars 1994 et l’entrée en vigueur du nouveau code pénal, les consommateurs français ne sont plus protégés de l’exercice tarifé des « arts divinatoires » qu’en invoquant le plus difficilement constituable délit d’escroquerie.

… et il y a les réponses qui se font attendre …

Alors que l’Autorité Européenne de Sécurité Sanitaire des Aliments (EFSA) rejetait par ses avis du 3 juillet 2008 les demandes de clauses de sauvegarde grecque 8 et hongroise 9 pour la culture du maïs Mon810 au motif qu’« il n’a été fourni aucune preuve scientifique, en termes de risque pour la santé humaine et animale ainsi que pour l’environnement, qui pourrait justifier une interdiction de la culture du maïs MON810 », elle n’était toujours pas en mesure de statuer sur la demande française… en l’absence de dépôt de dossier scientifique pour motiver cette demande. 10 La réunion de Berlin des 10 et 11 septembre 2008 du panel OGM de l’EFSA à Berlin permettra-t-elle enfin de découvrir l’existence et le contenu du dossier scientifique que les ministères français sont dans l’obligation de présenter à l’appui de leur demande 11 ?...

Alors que le gouvernement avait confirmé le regroupement du Palais de la découverte et de la Cité des sciences et de l’industrie en un opérateur unique de culture scientifique et technique, tout en réaffirmant le maintien du Palais de la découverte au sein du Grand Palais et le maintien de l’identité des deux entités regroupées au sein d’un seul établissement administratif, il était attendu pendant l’été la levée de toutes les ambiguïtés qui pouvaient subsister, en particulier sur le nécessaire maintien des identités complémentaires du Palais de la découverte et de la Cité des sciences et de l’industrie. Nous sommes toujours en attente…

* * *

Craintes non fondées (nucléaire, ogm, etc.), croyances fantaisistes (apparitions d’agents surnaturels, guérisons miraculeuses, influences astrales, etc.), méfiance envers la science et la technologie (destruction d’essais de recherche, ignorance des résultats des recherches, etc.) sont autant d’illustrations de défaillances de l’exercice de l’esprit critique et de la capacité de jugement.

L’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS) entend donc réaffirmer la place centrale des sciences, de leur enseignement, et de l’expérimentation, pour la formation à l’esprit critique. Contrairement aux prêcheurs d’apocalypse, tout comme contrairement aux prêcheurs tout court qui font les uns et les autres l’actualité, l’AFIS entend continuer son action émancipatrice et œuvrer au recul de l’exploitation de la crédulité et des craintes non fondées, et ce dans tous les domaines, que ce soit à l’interface entre science, technologies et société, ou dans le champ des croyances et pseudo-sciences. Le renforcement du pole muséologique de culture scientifique et technique et, plus généralement, la définition et la mise en œuvre d’une véritable politique de communication scientifique n’en apparaissent que plus pressants.


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