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Gènes et culture - Symposium annuel du Collège de France

Publié en ligne le 16 août 2004
Note de lecture d’Agnès Lenoire - SPS n° 263, juillet-août 2004

« Certains même, savants spécialistes sans doute, avaient compris, pour leur propre compte, que chaque portion de leur savoir res semble, ainsi, au manteau d’Arlequin, puisque chacune travaille à l’intersection ou à l’interférence de plusieurs autres sciences et presque de toutes, quelquefois. »
Michel Serres, Le Tiers-Instruit.

L’ouvrage Gènes et culture rassemble les textes de conférences du symposium du Collège de France de l’année 2002-2003, pour lequel Jean-Pierre Changeux a voulu réunir des spécialistes des sciences humaines et des sciences de la vie.

Si un mot devait définir ce colloque, un seul, celui de Michel Serres, me viendrait à l’esprit aussitôt : Arle quin. Mais ne nous y trompons pas, il ne s’agit pas ici de l’aspect spectaculaire, enfantin, festif, de ce personnage bigarré. Le costume d’Arlequin, c’est aussi la richesse de composition, la multiplicité infinie des couleurs et la juxtaposition des tissus, à la fois si différents et si proches les uns des autres, ondoyant sous les mouvements jusqu’à se chevaucher.

Je vous propose de faire de cette analogie avec Arlequin un fil conducteur pour notre balade dans ce livre. Quinze spécialistes 1 d’horizons scientifiques très contrastés sont invités à prendre la parole. Des biologistes, des neurobiologistes, des généticiens bien sûr, mais aussi une psycho-linguiste, un anthropologue, un philosophe, un économiste. Premières bigarrures, premières richesses.

Leurs interventions répondent toutes à la question suivante : quels rapports les gènes, objets de science, manipulés en tant que tels, entretiennent-ils avec la culture, cette enveloppe humaine d’« habitus » qu’a introduite Bourdieu et que reprend Jean-Pierre Changeux dans sa présentation ?Ainsi envisagée, la culture devient somme de cultures. Autres bigarrures, autres richesses.

La grande variété des intervenants et des idées n’empêche pas une unité de comportement. Tous, en effet, intègrent à leur propos un appel à la sagesse, celle d’éviter la survalorisation du gène dans les expressions culturelles actuelles, tout en cernant son rôle au plus près. Entre les différents conférenciers se tisse alors un manteau, commun à tous. Richesse de l’unité superposée aux bigarrures, sans contradiction.

Les biologistes s’excusent presque de devoir prendre en compte ce gène, qui, mine de rien, est tout de même à l’origine de l’organisme. Peter R. Marler écrit alors : « Pas de croissance sans environnement. Mais, sans génome, pas d’organisme non plus [...] En tant que biologiste, je dois tenir cela pour acquis ».

Plus loin il ajoutera : « Le type de culture que développe une espèce dépend du type de cerveau qu’elle possède. »

C’est ainsi que neurobiologistes et anthropologues vont nous prendre par la main et nous livrer quelques secrets de leur discipline, par l’examen minutieux de quelques circuits neuronaux, ou celui de quelques fossiles ou techniques anciennes.

Mais il s’agit d’études plurales, car la traque du gène seul, dans le spectre des possibles entre gènes et culture, s’avère plutôt vaine. Finalement, il se révèle que ce gène est plus compréhensible, parce que plus palpable, que les multiples boucles complexes et immatérielles qu’il a nouées avec l’environnement, tout au long de notre construction.

Mystérieuses bigarrures de ce jeu immémorial, autres richesses restant à découvrir.

Les cultures humaines, porteuses de diversité, de couleurs locales, de chatoiements, nous séduisent. Jean-Pierre Changeux, par ce colloque, a su en restituer l’esprit, en démontrant qu’une interdisciplinarité bien menée ouvrait la porte toute grande à la vitalité des échanges et à l’explosion des connaissances partagées, pour notre plus grand plaisir.

1 G. Balavoine, J. -P. Bourgeois, B. de Boysson-Bardies, S. Dehaene, J. Gayon, J. Guilaine et E. Crubézy, G. Guille-Escuret, C. Hagège, J. -J. Hublin, J. -L. Mandel, P. Marler, A. de Ricqlès, D. Shulz, D. Sperber, B. Walliser.


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Publié dans le n° 263 de la revue


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