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Glyphosate, l’impossible débat

Publié en ligne le 23 avril 2020
Glyphosate, l’impossible débat
Intox, mensonges et billets verts

Gil Rivière-Wekstein
le Publieur, 2020, 172 pages, 18 €

Dans son dernier livre, Gil Rivière-Wekstein 1 fait le procès du glyphosate en se faisant, une fois n’est pas coutume, l’avocat du diable (Monsanto 2) ou plutôt l’avocat de la défense, face à un procureur qui semble être l’opinion publique.

En effet, le glyphosate a le parfait profil du criminel : substance chimique, fabriqué par Monsanto, associé aux cultures génétiquement modifiés qui lui sont résistantes et accusé de tous les maux émergeant actuellement dans le domaine de la santé publique, tel que cancers, perturbation endocrinienne, obésité, autisme.

Mais dans notre système démocratique et judiciaire, tout accusé a des droits, notamment celui d’être défendu avant d’être jugé coupable ou non.

Tous les chefs d’accusation (la toxicité du glyphosate, en particulier son potentiel cancérogène, la communication, le lobbying et les pratiques douteuses du géant américain) sont alors repris, expliqués et débattus au cours des chapitres de l’ouvrage. Et finalement, on s’aperçoit au cours de la lecture que le parfait criminel devient la victime d’un système parfaitement mis en place par certains acteurs de la société civile. Alors on peut se demander légitimement, tel que le fait l’auteur, à qui profite le crime.

En effet, pourquoi le glyphosate, une molécule de faible toxicité, utile aux agriculteurs, est-il tellement décrié par les médias, les politiciens et finalement le grand public ? G. Rivière-Wekstein nous permet de comprendre par une analyse fouillée pourquoi la situation en est arrivée à un point où le débat est devenu impossible malgré un consensus unanime de toutes les agences sanitaires du monde 3 sur son absence de risques identifiés dans les conditions recommandées d’emploi. Il nous montre aussi que le débat médiatique et politique est également impossible devant une telle influence des médias, de la pression de l’opinion publique et de la prise de position radicale de certains politiciens.

Pour un scientifique spécialiste des pesticides en général, et du glyphosate en particulier, ce livre résume des faits bien connus. On pourrait regretter l’absence d’un paragraphe (ou d’un chapitre) montrant qu’initialement la Commission européenne avait proposé de prolonger son autorisation de quinze ans, et pourquoi en quelques jours cette proposition était passée à cinq ans seulement.

Pour les non-spécialistes qui souhaiteraient en savoir un peu plus sur le glyphosate, vu sous un angle différent de celui relayé par des émissions à sensation ou des articles alarmistes, ce livre permet d’envisager un autre point de vue. Et de dépassionner le débat, si c’est encore possible.

1 G. Rivière-Wekstein est un journaliste spécialiste des questions agricoles et environnementales, auteur de plusieurs livres sur ces sujets avec un regard critique sur les questions sociétales qui y sont associées.

2 Monsanto, entreprise américaine fondée en 1901, a été pionnière dans de nombreux domaines de l’industrie chimique et en particulier agronomique, notamment avec le développement des biotechnologies végétales (OGM) dans les années 80. Cette entreprise a été rachetée par Bayer en juin 2018.

3 Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments), Echa (Agence européenne des produits chimiques), EPA (Agence de la protection de l’environnement américaine), OMS/FAO (groupe alimentation et agriculture de l’Organisation mondiale de la santé), Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire en charge, entre autres, des pesticides et de leurs résidus), et bien d’autres.


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Auteur de la note

Antony Fastier

De formation vétérinaire avec un cursus complémentaire en (...)

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