Accueil / Notes de lecture / Histoire de la physique

Histoire de la physique

Publié en ligne le 25 septembre 2015
Note de lecture de Arkan Simaan

Vuibert vient de publier dans une édition soignée l’Histoire de la physique de Jean C. Baudet, un historien des sciences belge au parcours singulier. Il possède trois diplômes universitaires – chimie, philosophie et biologie – et pratique ces disciplines comme enseignant et chercheur. D’autre part, il commente régulièrement l’actualité artistique, politique et religieuse. Avec de telles références, le lecteur peut s’attendre à une œuvre de qualité.

L’Histoire de la physique est le condensé de deux de ses livres parus chez Vuibert : Penser le monde - Histoire de la physique jusqu’en 1900 et Expliquer l’Univers - Histoire de la physique depuis 1900. Son but, nous dit Jean C. Baudet, n’est pas de «  rassembler des anecdotes sur la vie des grands savants », mais de présenter « un essai de reconstitution historique de la lente élaboration de la physique, pour tenter d’en tirer quelques conclusions d’ordre philosophique  ». D’après lui, un homme « cultivé » du XXIe siècle « peut ignorer les fables de La Fontaine, les aphorismes de Confucius ou la liste des batailles gagnées par Napoléon. Mais est-on “cultivé” si l’on ignore les grands moments de l’histoire de la physique ? » (pp. 2 et 3) C’est donc une formidable aventure qu’il nous propose, d’autant plus périlleuse que Jean C. Baudet renonce volontairement à la « petite histoire » qui donne du piquant au récit. Ainsi, pour faciliter la lecture, il ne peut compter que sur sa plume légère et sa méthode : il se pose régulièrement de bonnes questions, auxquelles il apporte des réponses impeccables.

Le titre du premier chapitre – « Les Grecs : la théorie des éléments » – fixe l’importance que l’auteur accorde à la théorie des quatre éléments. Il va ensuite accompagner son évolution jusqu’à l’actuel boson de Higgs, en passant, bien entendu, par l’atomisme. Parallèlement, Jean C. Baudet évoque la mécanique et l’astronomie grecque au travers d’Archimède, d’Aristarque et d’Eratosthène. Malheureusement, il réduit à la portion congrue Claude Ptolémée, un savant d’Alexandrie du deuxième siècle de notre ère, auteur notamment de l’Almageste qui sera, d’après l’auteur lui-même, « pendant quinze siècles, « le » livre d’astronomie des savants » (p. 47).

Dans le deuxième chapitre, « Le XVIe siècle : l’instrumentation et l’héliocentrisme », Jean C. Baudet entre dans vif de son sujet : l’importance capitale de l’apparition au XVIe siècle d’instruments précis, opinion qui est, d’ailleurs, en ce qui concerne la science, unanimement partagée par les historiens. Cependant, l’auteur va beaucoup plus loin, il en fait l’événement majeur qui « va distinguer une Humanité ancienne d’une Humanité moderne » (p. 312). Voici ces objets à la Renaissance : le scalpel de Vésale, le quadrant gradué de Copernic, le thermoscope et la lunette de Galilée, le baromètre de Torricelli (p. 311). Or l’association de Copernic (c’est-à-dire de l’héliocentrisme) avec le quadrant est étonnante : cet instrument est utilisé depuis l’Antiquité ! Notons aussi que l’héliocentrisme mériterait une discussion particulière ; il est justement une exception à la thèse de Jean C. Baudet : Aristarque de Samos l’évoquait déjà au IIIe siècle avant notre ère ! Enfin, Copernic lui-même a fait peu d’observations personnelles : il n’en mentionne que 27 ! Il fut même raillé ainsi par Kepler (qui était pourtant un fervent copernicien) : « [Copernic] se souciait fort peu d’observation (…) Il a tiré purement et simplement de Ptolémée de nombreuses valeurs qui, de son propre aveu, auraient dû être corrigées. » (Kepler, Le secret du monde). Pour conclure : si le fait d’avoir des observations de plus en plus précises entraînait forcément le perfectionnement d’une théorie, c’est Tycho Brahe qui aurait dû être le père de l’héliocentrisme : il disposait en effet d’un quadrant gigantesque lui permettant des mesures inégalées à l’époque pré-télescopique. Et pourtant, il a refusé l’héliocentrisme… pour des raisons théologiques !

Ensuite, Jean C. Baudet étudie pas à pas la mécanique et la gravitation universelle au XVIIe siècle, la mathématisation de la « philosophie naturelle » au XVIIIe siècle, la thermodynamique, l’optique et l’électromagnétisme au XIXe siècle, pour arriver, enfin, à deux longs chapitres finaux où il est question de la physique nucléaire, de l’astrophysique, de la naissance de l’Univers (où il discute de la théorie du Big Bang), les particules élémentaires, etc. Cette dernière étape occupe environ la moitié du livre. Les recherches scientifiques y sont minutieusement détaillées à l’aide d’équations mathématiques et de schémas très judicieux.

Ce livre comporte un index des noms propres, et un autre des notions, outils précieux pour retrouver un renseignement dans une œuvre si riche. Jean C. Baudet a atteint son but de fournir une culture scientifique : son livre convient aux curieux motivés et aux enseignants de physique, de chimie et de philosophie désireux d’enrichir leurs cours. Il devrait figurer en bonne place dans les bibliothèques universitaires.


Partager cet article