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Histoire secrète du Christianisme

Publié en ligne le 29 octobre 2012
Note de lecture de Martin Brunschwig

En 2012 après Jésus-Christ, peut-on encore écrire une histoire « secrète » du Christianisme ?... Ce qui est certain, en tout cas, c’est qu’au cours des siècles, un certain nombre de réalités historiques ont été recouvertes par nombre de légendes et de mythes. Patrick Boistier s’efforce de faire un tri dans les divers documents à notre disposition et notamment de distinguer l’authentique de ce qui relève des « interpolations 1 » ultérieures.

La démarche de Boistier est donc tout à fait salutaire et sans aucun doute nécessaire, compte tenu de ce long travail de mythification opéré par les Pères de l’Église. Ainsi, préciser qu’un auteur ne mentionne pas tel ou tel événement dont il aurait dû forcément parler, est éclairant et peut nous incliner à émettre des réserves sur la réalité même de l’événement. De même, le travail de Boistier est utile lorsqu’il analyse tel ou tel passage des textes sacrés, en montrant qu’à chaque nouvelle doctrine, les gardiens de la foi ont été amenés à la préciser après coup, quitte à la remettre parfois au forceps dans les textes canoniques. Mais il y a un gros problème, c’est de constater que l’auteur semble dénoncer ces interpolations sans véritable justification indiscutable...

Boistier nous assène pages après pages quelques raisonnements plus ou moins convaincants, mais sur lesquels il s’appuie, semble-t-il, avec trop de confiance : il appelle ces raisonnements des preuves mais on ne peut s’empêcher de s’interroger sur le côté arbitraire ou non des exemples choisis. C’est à croire que, lorsque quelque chose le dérange dans sa démonstration, c’est une interpolation ! Il y a aussi quelques passages où il assène au contraire que tel fragment est authentique, sans que l’on comprenne bien sur quoi il s’appuie 2...

Peut-être est-il juste nécessaire d’être féru d’histoire religieuse et au fait des derniers ouvrages sur le sujet pour profiter pleinement du livre ? Car si le lecteur « lambda » ne peut véritablement faire la part de la partialité de Boistier, il n’en reste pas moins que si l’on pouvait lui accorder pleine confiance sans se montrer trop tatillon, il faut avouer que ce livre serait très riche !

Les éléments les plus intéressants, très bien exposés me semble-t-il, sont l’impossibilité de prouver l’existence et la crucifixion d’un homme nommé Jésus il y a deux mille ans, la présence de contradictions énormes dans les textes (il est impossible que Pierre ET Paul aient fondé l’église tous les deux, ce qui pourtant apparaît dans de nombreux textes, ou bien l’âge de la mort de Jésus, différent selon les évangiles, même canoniques, et tant d’autres incohérences, elles, vérifiables !), et enfin le rapprochement très éclairant de la « morale Chrétienne » avec les doctrines existant auparavant. Pour tous ceux qui considèreraient que la réalité est bien peu de chose face aux « merveilleux préceptes d’amour enseignés par le Christ », et que cela au moins reste valable, il y a là un élément assez déroutant.

Pour diverses raisons, comme la présence dans le livre d’un long passage évoquant les interminables arguties des différents conciles 3, je conseillerais ce livre, d’abord aux personnes vraiment passionnées par le sujet, ensuite aux connaisseurs qui sauront faire la part des choses parmi les propositions de Boistier, et enfin, à tous les sceptiques déjà convaincus qui trouveront ici de nombreux arguments pour conforter leurs positions. Il suffit, si j’ose dire, d’y croire…

1 Terme récurrent du livre, qui désigne principalement des ajouts, des corrections, des « précisions »… pouvant aller jusqu’à la fraude manifeste.

2 Même s’il y a une abondante bibliographie en fin d’ouvrage et que Boistier indique certaines références en notes, ce n’est pas là-dessus, le plus souvent, qu’il appuie ses raisonnements…

3 Le mot « consubstantiel » a ainsi fait l’objet, apprend-on, de nombreuses années de vifs débats dont il faut bien dire que passer des pages et des pages à les retracer pour nous en détail présente aujourd’hui un intérêt… bien limité.


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