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Horreur : ils ont mis de l’hydrogène dans ma flotte !

Publié en ligne le 16 mars 2011 -
par Nicolas Gauvrit - SPS n° 297, juillet 2011

Le « documentaire » récent de Marie-Monique Robin intitulé « Notre poison quotidien », diffusé sur Arte le 15 mars 2011, fait déjà jaser sur la toile et ailleurs… Souvent en bien, comme on peut le voir dans le journal Le Canard Enchaîné qui publie dans son édition du 9 mars (page 7), sous la plume enflammée mais guère rationnelle de Jean-Luc Porquet une description dithyrambique du film, qu’il juge rigoureux, salutaire et bien argumenté.

Sus aux produits chimiques, mes braves

Nous sommes, explique apparemment Robin dans ce film, envahis de produits dangereux, en doses certes infimes, mais la dose ne fait pas le poison affirme-t-elle. Dans les produits estimés dangereux par la réalisatrice, on trouve les pesticides, mais également l’aspartame, mis des dizaines et des dizaines de fois hors de cause par des études contrôlées. Qu’importe ! Si c’est mauvais, c’est bien entendu, vous l’aurez compris, parce que c’est chimique. Et l’on sait tous que le chimique, c’est pas bien et ça bouche les artères. Robin ne dit-elle pas, le 2 mars 2011 sur le site de L’Express 1 où Julie Joly l’interviewe, « On sait depuis le début de la révolution industrielle, au XIXe siècle, que LES [je souligne] produits chimiques sont toxiques. »

Mon propos n’est pas ici d’argumenter scientifiquement ou logiquement pour démonter ne serait-ce que les contradictions de la réalisatrice : cela a déjà été fait 2. Il paraît clair lorsqu’on discute avec le public conquis de Robin que le ressort n’est pas rationnel. Les spectateurs adhèrent à la thèse de Robin non parce qu’elle paraît juste, mais parce que, d’une part, elle est livrée avec un message politique alléchant (la lutte du peuple contre les grosses multinationales, le rejet d’une mondialisation inhumaine), et, d’autre part, parce qu’elle s’appuie sur cette peur paradoxale du « produit chimique ». Paradoxale puisque tout ce qui est matériel est évidemment « chimique »… comme l’a illustré avec humour un canular des années 1990 3.

Les dangers de la tarte aux cerises

Une recette a récemment fait bien du bruit sur Internet : je l’ai reçu plusieurs fois par mail, et les blogs qui en parlent sont légion. Il s’agit de la « recette de la tarte aux cerises » 4. L’idée est la suivante : on donne la liste des ingrédients utilisés dans la fabrication d’une tarte aux cerises industrielle (dont de nombreux produits aux noms très « chimiques »). Je ne doute pas une seconde que cette tarte soit mille fois moins bonne que celle de ma grand’mère, non parce qu’elle est « chimique », mais parce qu’elle est industrielle. Mais ce qu’on veut vous prouver avec cette liste de produits est ailleurs : on veut vous faire peur avec une liste de mots que vous ne comprenez pas.

J’ai discuté avec une personne qui, ayant reçu cette « recette », poussait de longs gémissements désespérés. Voici à peu près la teneur de notre discussion :

(moi) – ??
(elle) – !!
(moi) – mais encore ?
(elle, lisant) – tu te rends compte : « sulfate d’aluminium, sorbate de potassium, acétate d’éthyle, acéthyl méthylcarbinol, butyrate d’isoamyle, caproate d’éthyle, caprylate d’isoamyle, caprate d’éthyle, butyrate de terpenyle, geraniol, butyrate de geranyl, acetylacetate d’ethyle, heptanoate d’éthyle, aldéhyde benzoïque, aldéhyde ptoluïque, »
(moi) – c’est quoi l’aldéhyde benzoïque ?
(elle) – qu’est ce que j’en sais, moi ?
(moi) – ça sert à quoi ?
(elle) – qu’est-ce que j’en sais, moi ?
(moi) – et ça t’inquiète ?
(elle) – ben t’as vu le nom ?
(moi) – prends donc un peu de chocolat bio traditionnel du terroir ancestral, ça te requinquera.
(elle, mâchant) – Ah ! ça va mieux
(moi, sadique) – oui mais sais-tu ce qu’ils mettent dedans ? Dans le chocolat traditionnel on trouve d’inquiétantes substances, parmi les centaines de molécules identifiées… par exemple :

  • Du monoxyde de dihydrogène en grande quantité (provoquant en inhalation la mort par asphyxie)
  • Beaucoup de β-D-fructofuranosyl-(2↔1)-α-D-glucopyranoside (responsable à long terme de maladies vasculaires et facteur d’obésité reconnu)
  • Du polyhydroxyphénol (un produit dont les effets sont très mal connus, parce que peu testé à haute dose)
  • Des phosphates (les mêmes produits qu’on retrouve dans les engrais chimiques et qui détruisent les nappes phréatiques)
    Du fluor (un produit reconnu dangereux, créant notamment des troubles psychiques graves )
  • De l’acide stéarique (utilisé sous le nom de code E570 comme émulsifiant et stabilisant dans l’industrie alimentaire, et qui sert aussi pour faire des savons ou des bougies !)
  • De la théobromine (outre qu’il a des effets similaires au cannabis, ce produit chimique provoque à haute dose et même à faible dose chez les chiens par exemple une intoxication parfois mortelle)
  • De la riboflavine
  • De la phényléthylamine (elle peut créer des réactions de type allergique)
  • De la théophylline (utilisée en médecine, ce produit chimique peut provoquer vomissement, diarrhées, maux de tête)
  • Du 3-méthylbutylamine (ce produit porte le numéro 2945 dans la liste des produits dangereux des nations unies, pour lesquels une affiche « DANGER » est requise )
  • De la synéphrine (très proche chimiquement de l’éphédrine – un produit interdit à la vente depuis 2003 à cause de ses effets néfastes – elle présente des dangers importants, créant notamment des troubles cardiaques, nausées, insomnies, maux de tête )
  • Des N-acyléthanolamines (qui reproduisent l’effet de certaines drogues comme le cannabis)…

Tout ce qui nous entoure est chimique, et nous vivons depuis des millénaires en ingurgitant des produits, qui seraient toxiques à haute dose, avec nos aliments. On peut inquiéter des gens, et faire paniquer certains, en leur annonçant que leur jus d’orange contient de l’acide ascorbique, qui n’est que de la vitamine C…

Le canular du monoxyde de dihydrogène

297_36-38Le ressort du canular consiste à utiliser un terme chimique
savant, et inconnu du grand public, pour désigner l’eau, et décrire
ensuite de nombreuses caractéristiques, exactes, mais non
remises en contexte, qui ne peuvent que susciter peur et inquiétude.
Ce canular est connu sous plusieurs versions (site Internet,
vidéo recueillant les réactions inquiètes de personnes interrogées
dans la rue, pétitions pour demander l’interdiction du produit,
etc.).Voici à titre d’illustration des extraits d’une parodie de
« FAQ », les « questions fréquemment posées » sur le monoxyde
de dihydrogène telles que présentées sur un site Internet.

Qu’est-ce que le monoxyde de dihydrogène ?

Le monoxyde de dihydrogène (en anglais « Dihydrogen Monoxide » - DHMO) est un composé chimique incolore et inodore, également dénommé par certains oxyde de dihydrogène, hydroxyde d’hydrogène, hydroxyde d’hydronium, ou simplement acide hydrique. Son constituant
de base est le radical instable hydroxyl, qu’on retrouve dans de nombreux composés caustiques, explosifs et toxiques tels que l’acide sulfurique, la nitroglycérine et l’alcool éthylique. Pour une information plus détaillée, comprenant des indications sur les précautions à prendre, les règles d’emploi et de stockage, veuillez vous reporter à la Material Safety Data
Sheet (MSDS) (en anglais) sur le monoxyde de dihydrogène.

Dois-je me sentir concerné par le monoxyde de dihydrogène ?

Oui, vous devez l’être ! Bien que le gouvernement des États-Unis et les « Centers for Disease Control » (CDC) n’imposent pas de restrictions sur le monoxyde de dihydrogène (alors qu’ils en ont imposé à des substances plus familières telles que l’acide chlorhydrique et la saccharine
[...].

Quels sont les dangers du monoxyde de dihydrogène ?

Chaque année, le monoxyde de dihydrogène est connu pour être une des causes de milliers de morts et contribuer au premier chef à des millions et des millions de Dollars de dégâts aux constructions et à l’environnement. Parmi les périls du monoxyde de dihydrogène on peut citer :
- Des décès dus à l’inhalation accidentelle, même en faibles quantités.
- L’exposition prolongée à sa forme solide entraîne des dommages graves des tissus.
- L’ingestion en quantités excessives donne lieu à un certain nombre d’effets secondaires désagréables, bien que ne mettant pas habituellement en cause le pronostic vital.
- Le monoxyde de dihydrogène est un constituant majeur des pluies acides.
- Sous forme gazeuse, il peut causer des brûlures graves.
- Il entraîne la corrosion et l’oxydation de nombreux métaux.
- A été trouvé dans des biopsies de tumeurs et lésions pré-cancéreuses.
- Des variations de température du monoxyde de dihydrogène sont soupçonnées de contribuer au phénomène climatique El Niño [...].

Sur la base de cette description, des pétitions demandant son interdiction recueillent de nombreuses signatures de personnes inquiètes.

2 Voir par exemple http://alerte-environnement.fr/?p=3954 qui expose deux contradictions de Robin, ou l’article plus complet de Yann Kindo et Olivier Grosos : http://afis-ardeche.blogspot.com/20...

4 Taper « produits chimiques tarte aux cerises » sur un moteur de recherche, ou http://terresacree.org/cerise.htm

Publié dans le n° 297 de la revue


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