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Hommage

Jean-Pierre Kahane (1926-2017)

Publié en ligne le 17 avril 2018 -
Science et pseudo-sciences n°322 - octobre / décembre 2017
L’Association pour l’information scientifique vient de perdre, en la personne de Jean-Pierre Kahane, un de ses plus fidèles soutiens, membre de l’association comme de son comité de parrainage scientifique.

Promoteur infatigable de la méthode scientifique, il a toujours œuvré pour préserver et restaurer la confiance dans l’instruction publique et, comme il le déclarait en 2016 avec ses collègues académiciens, « dans la capacité de la recherche scientifique à contribuer au progrès de l’humanité ».

Pourfendeur tout aussi infatigable des obscurantismes, anciens comme modernes, il n’a eu de cesse de dénoncer les préjugés comme les fausses sciences. « Les fausses croyances empêchent la société d’avancer sur des questions urgentes », déclarait-il encore il y a peu au quotidien communiste L’Humanité. Dans ses propos, il visait aussi bien les négateurs de la théorie de l’évolution que ceux du réchauffement climatique, aussi bien les propagandistes de l’alarmisme pseudo-scientifique sur les OGM que les détracteurs de l’énergie nucléaire.

Mais au-delà de toutes ces questions, c’est un homme d’une bonté et d’une ouverture d’esprit hors du commun que nous venons de perdre, un homme qui ne nous appartient pas mais appartient à l’humanité toute entière.

23 juin 2017

Jean-Pierre Kahane est né le 11 décembre 1926 à Paris. Son père, Ernest Kahane, était biochimiste et sa mère, Marcelle Wurtz, chimiste. À 15 ans, en 1941, alors qu’il est élève en classe de première au lycée Henri-IV, il est arrêté comme juif lors d’une rafle à son domicile, à la place de son père. Interné au camp de Compiègne, il est relâché une semaine plus tard, sans doute à cause de son jeune âge. En 1946, il entre à l’École normale supérieure et la même année adhère au Parti communiste. Un engagement qu’il gardera toute sa vie, devenant membre du comité central de 1979 à 1994 ; il sera en charge des questions de science, de recherche et de nouvelles technologies entre 1987 et 1997. Actif également sur le terrain syndical, il sera secrétaire général du Snesup en 1962-1963 et en 1964-1965.

En 1949, il est reçu premier à l’agrégation de mathématiques. Attaché de recherche au CNRS, Jean-Pierre Kahane obtient son doctorat de mathématiques pures en 1954 et est nommé maître de conférences à la faculté de Montpellier. En 1958, il devient professeur en titre et, en 1961, est nommé au centre d’Orsay de l’université de Paris Sud, université qu’il préside de 1975 à 1978 et où il enseigne jusqu’en 1994.

Jean-Pierre Kahane a été président de la Société mathématique de France en 1972 et 1973 et est entré à l’Académie des sciences en 1998. Il a été honoré de nombreuses fois : prix Maurice Audin, prix Servant de l’Académie des sciences, grand prix d’État des sciences mathématiques et physiques, médaille Émile-Picard de l’Académie des sciences…

À la demande de Jean-Pierre Chevènement, il prit la présidence de la Mission interministérielle de l’information scientifique et technique (MIDIST) entre 1982 et 1985.

Jean-Pierre Kahane fut également président de l’Union rationaliste entre 2000 et 2003, et directeur-fondateur de la revue Progressistes.

Sources :

Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier (Le Maitron). Sur le site maitron-en-ligne.univ-paris1.fr

Publié dans le n° 322 de la revue


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