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L’Homme, ce singe en mosaïque

Publié en ligne le 16 juillet 2004
Note de lecture de Philippe Le Vigouroux - SPS n° 256, mars 2003

Georges Chapouthier est biologiste, spécialiste du système nerveux et des comportements, mais c’est en philosophe qu’il s’intéresse aussi aux droits de l’animal (voir entre autres Les droits de l’animal, Que sais. je ?, PUF, 1992). Dans L’Homme, ce singe en mosaïque, il s’appuie sur ces deux compétences pour nous proposer le principe de juxtaposition-intégration appliqué à l’évolution de la matière inerte vers les molécules du vivant, puis appliqué à l’évolution de la vie elle-même : la juxtaposition de deux structures restant côte à côte, puis la spécialisation différente des structures juxtaposées, permet une organisation d’un ordre supérieur par l’intégration des fonctions et l’acquisition de propriétés nouvelles, inexistantes chez les « unités » de base. La complexification croissante - et nécessaire, selon l’auteur qui s’oppose en cela au hasard défendu par Monod : « l’émergence de la vie à partir de l’inerte apparaît comme un phénomène très probable localement, voire nécessaire à l’échelle de l’univers, du fait même de l’existence du carbone et du déroulement du temps » (p.41) - qui résulte de ce principe s’accompagne cependant de la persistance d’une multitude d’individualités, constituant une mosaïque : chaque élément constitutif de l’ensemble conserve une certaine autonomie vis-à-vis de cet ensemble. C’est là ce que l’auteur appelle la « mosaïcité ».

Tout au long de l’ouvrage, l’auteur illustre donc cette loi, en s’appuyant sur les données classiques de la biologie ou plus récentes de la génétique. G.Chapouthier montre que la mosaïcité se retrouve dans le cerveau humain et ses activités (la pensée, la mémoire, l’apprentissage). Elle se retrouve aussi à l’échelle de la société humaine où elle est garante de notre liberté : « l’espèce humaine doit à son caractère mosaïque qui persiste sur le plan social d’être ce qu’elle est : une collection d’individus à la fois liés par les contraintes d’une intégration sociale mais aussi libres d’agir indépendamment à l’intérieur même de la société » (p.134).

Enfin, le constat de cette mosaïcité débouche naturellement sur la nécessité d’une éthique, d’une morale. G.Chapouthier regrette de retrouver dans ce domaine aussi une mosaïcité des discours : une morale propre à l’homme accompagnée d’une morale, plus secondaire, pour le reste du monde. Après avoir discuté diverses conceptions morales vis-à-vis de la diversité du monde vivant, il propose l’élaboration d’une éhique visant à étendre les devoirs de l’homme à l’égard de l’animal et du reste du monde : « l’homme pourrait réduire la mosaïcité de la morale et améliorer la situation dans trois domaines clés d’ailleurs liés entre eux : le respect du monde, celui de l’animal et celui de l’altérité » (p.166).

On s’étonnera, d’une part, de la nécessité de citer Rosine Chandebois puisque, aussitôt, G.Chapouthier prend ses distances avec les thèses de celle-ci, d’autre part, du rejet du scénario météoritique à l’origine de la crise biologique de la fin du Crétacé en faveur du scénario volcanique. Cependant, cet essai reste une stimulante réflexion sur la place de l’homme dans la biosphère et sur ce que devrait être son attitude vis-à-vis de celle-ci.


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Publié dans le n° 256 de la revue


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