Accueil / Regards sur la science / L’allaitement maternel favorise les filles

L’allaitement maternel favorise les filles

Publié en ligne le 6 juillet 2014 -
par Louis-Marie Houdebine - SPS n° 308, avril 2014

Une étude, quelque peu surprenante et qui a été publiée en 2007, a montré que chez les macaques nouveau-nés, les mâles se développent plus vite que les femelles pendant 3-4 mois. Cela provient du fait que le lait maternel est plus riche en éléments nutritifs lorsque le nouveau-né est un mâle. Cet avantage s’inverse ensuite : les mâles sont plus vulnérables et meurent plus fréquemment que les femelles. C’est dû au fait que la mère sécrète du lait plus longtemps lorsque le nouveau-né est une femelle. L’interprétation de l’auteur de l’article est que la lactation est un lourd fardeau énergétique pour la mère. Il est donc préférable pour l’espèce, qui en l’occurrence est polygame, de favoriser les femelles car les géniteurs mâles ne sont pas en nombre limitant [1].

Un phénomène semblable a été observé chez les vaches : la composition du lait est la même, quel que soit le sexe du nouveau-né, mais la mère sécrète plus longtemps et donc davantage de lait lorsque les nouveau-nés sont des femelles, ce qui augmente leurs chances de participer à la reproduction. Un point important est qu’une plus abondante sécrétion de lait est observée, que le veau soit nourri par sa mère ou non. L’influence du nouveau-né s’exerce donc avant sa naissance. Une hypothèse raisonnable est que le fœtus femelle prépare les glandes mammaires maternelles à produire plus ou moins de lait. On sait depuis longtemps que la production de lait est fonction du nombre de cellules mammaires sécrétrices. Il est probable que le placenta, qui est un organe fœtal, sécrète plus d’hormones de croissance agissant sur la glande mammaire en développement pendant la gestation, lorsque le fœtus est une femelle. Cela expliquerait que l’influence du fœtus puisse se manifester après la parturition indépendamment de la présence du nouveau-né [2,3]. Des études semblables chez l’homme sont en cours. Elles sont difficiles, voire biaisées d’avance, car les conditions d’allaitement sont très variées chez cette espèce.

Des applications agronomiques pourraient découler de cette découverte en favorisant la naissance de femelles pour optimiser la production laitière. Il se pourrait également que ces études permettent de mieux préparer des aliments pour bébé.

Le plus surprenant dans cette affaire est que ces observations n’aient pas été faites plus tôt, étant donné le grand nombre d’études portant sur la lactation.

[1] Hinde K. (2007) First-time macaque mothers bias milk composition in favor of sons. Current Biology Vol 17 No 22, R958
[2] http://phys.org/news/2014-01-moms-f...
[3] Le lait maternel est différent pour les garçons et les filles (AFP).

Publié dans le n° 308 de la revue


Partager cet article