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L’assassine dérive d’une psychanalyste

Publié en ligne le 4 octobre 2014
Note de lecture de Martin Brunschwig

Voici un bien curieux ouvrage… On dirait la réunion de deux livres totalement différents ! Pourquoi pas, mais ce qui le rend étonnant, et un peu déséquilibré, c’est l’inégalité de style et de qualité entre les deux parties.

La première est un « coup de gueule », une réaction de colère face à l’ouvrage d’une psychanalyste, surnommée ici Églantine. Cette partie justifie le titre, « l’assassine dérive d’une psychanalyste » : dans son livre, Eglantine aurait, par ses délires interprétatifs, mis en cause et finalement détruit toute une famille.

L’auteur s’attache à analyser et dénoncer les absurdités ou les abus d’Eglantine et, qui plus est, dans une démarche annoncée en introduction comme devant beaucoup à l’AFIS « qui a apporté [à l’auteur] de précieux éclairages » ! Et effectivement, nous ne pouvons qu’applaudir l’auteur, à notre tour, lorsqu’il dénonce les dégâts que peuvent causer les conceptions freudiennes et lacaniennes sur la sphère familiale (souvent présentée comme intrinsèquement malfaisante par ce courant de pensée), ou les dangers de confondre l’hyperventilation 1 avec la psychose (un diagnostic posé par l’auteur, mais qui mériterait confirmation, tout de même…), ou encore comme il peut être dangereux de tomber dans les griffes de certains psys, notamment quand on est, en fait, « normal ». Il est vrai que les exemples donnés ont de quoi faire frémir.

Le problème est ce ton exagérément dramatisant, comminatoire et redondant, finalement plus caricatural qu’informatif… Sans compter qu’on ne saura rien de précis, au bout du compte, du livre dénoncé ou de son auteur. Jean-Pierre Béchu n’a sans doute pas voulu être trop spécifique, justement pour préserver la vie privée des protagonistes, tant blessés et diffamés par Églantine. Mais il perd sur les deux tableaux ! Il est probable que les proches des personnes concernées les reconnaîtront, alors que les autres ne peuvent pas tout comprendre, J.-P. Béchu restant dans un certain flou artistique.

Quel contraste, alors, avec la deuxième partie ! Celle-ci, au ton parfaitement apaisé, et d’une grande richesse informative, constitue un excellent résumé des raisons pour lesquelles la psychanalyse ne fonctionne pas (même si on peut regretter ici ou là un manque de rigueur ou de précision dans les références ou même dans l’orthographe des noms propres). S’appuyant sur tous les acteurs des « Freud Wars 2 », l’auteur sort du cas particulier et analyse les préceptes de la psychanalyse, en en montrant brillamment toute l’inanité.

Si j’osais un conseil, je suggèrerais de republier cette deuxième partie dans un nouveau petit ouvrage autonome, un peu dans le style des « Chandelles dans les ténèbres », l’excellente collection que nous connaissons bien. Cela pourrait constituer un ouvrage parfait pour une première approche de la critique de la psychanalyse : plus court que le Livre noir 3, plus facile que « le » Bénesteau 4, plus riche que notre hors-série 5, moins centré sur Freud que « le » Onfray 6… Bref, je recommande au moins vivement la lecture de cette deuxième partie, vraiment très bien faite !

1 Voir l’article de Jacques Van Rillaer, Hyperventilation, attaques de panique et autres maux, SPS n°306.

2 Sont abondamment cités de nombreux auteurs, dont quelques collaborateurs réguliers de notre revue, comme Jacques Van Rillaer, évidemment, mais aussi Brigitte Axelrad, ou même… l’auteur de ces lignes !

3 Le livre noir de la psychanalyse, vivre, penser et aller mieux sans Freud, sous la direction de Catherine Meyer, Éd. les arènes, 2005.

4 Mensonges freudiens, histoire d’une désinformation séculaire, de Jacques Bénesteau, Mardaga, 2002.

5 SPS n°293, décembre 2010, hors-série psychanalyse : « Les dessous du divan ».

6 Le crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne, de Michel Onfray, Grasset, 2010.


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