Accueil / Notes de lecture / L’écologie en bas de chez moi

L’écologie en bas de chez moi

Publié en ligne le 26 septembre 2011
Note de lecture de Jean-Paul Krivine

Tout commence par une affichette apposée en bas de la cage d’escalier de l’immeuble, exhortant à ne pas manquer la projection du film Home de Yann Arthus-Bertrand, ce reportage sur la planète et l’environnement, invitant « à prendre conscience » des dégâts causés par l’homme. Cette affichette est perçue comme une véritable intrusion, inopportune, blessante.

Ce récit, qualifié d’autofiction, fait parler l’auteur en mélangeant des bribes réelles de sa vie et en mettant en scène des personnages probablement inspirés de voisins ou amis réels. Le propos est par contre bien celui de l’auteur. Iegor Gran nous fait partager avec ironie, mordant, souvent humour, son exaspération devant la nouvelle religion du « développement durable », des « gestes pour l’environnement », ses chevaliers et prédicateurs, ses rites de purification. Il nous fait aussi partager ses doutes et contradictions : instinctivement climato-sceptique, il déplore la faiblesse des propos des partisans de « son camp », incarné par son dentiste volubile, mais reprenant des arguments de comptoir, sans valeur, naïfs ou faux (on ne sait pas prédire la météo à 10 jours, alors, le climat à 50 ans...). Il croque avec une ironie mordante le fonctionnement du Giec, le mélange d’expertise, de décision politique pour décideurs. Petit à petit, il voit son ami de toujours, copain de promotion à l’École Centrale, s’éloigner de lui, car on ne peut pas plaisanter sur la question du réchauffement climatique.

Au travers de ce récit, c’est toute la controverse sur le réchauffement climatique qui est disséquée, mais plus particulièrement toute l’idéologie bien-pensante qui ne tolère pas les écarts et culpabilise chacun d’entre nous : geste pour l’environnement, compensation carbone, tri sélectif, incitation jusque dans son immeuble à regarder Home (la dame du 3e « qui m’avait espionné lorsque j’ai eu la mauvaise idée d’abandonner sur le trottoir un objet encombrant » ?). Le Greenwashing, l’engouement des entreprises, des gouvernements, des associations pour « sauver la planète », nouvel Eldorado économique et idéologique, est examiné à travers le récit plein d’humour de la visite à l’un de ces innombrables salons du développement durable.

À la fin du livre, l’auteur nous laisse avec ses doutes : les climato-sceptiques sont inconséquents scientifiquement, mais les zélateurs de la décroissance et de l’écologiquement correct menacent la démocratie et la culture, et nous font peur avec leurs attitudes d’évangélisation. Mais il attire à sa manière l’attention sur les dangers du mélange de la science et de l’idéologie, et la récupération de la première par la seconde. Un livre à lire, qui vous fera passer un excellent moment.


Partager cet article