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L’émergence de l’homme.

Publié en ligne le 15 juillet 2004
Note de lecture de René Bellemin - SPS n° 247, juin 2001

Les 266 pages du texte seraient à citer. Autant donc en recommander la lecture intégrale et aiguiser l’appétit avec quelques glanures du plus haut intérêt.

Exemple : "L’une des fonctions majeures de la croyance religieuse est de nier le caractère définitif de la mort (...) Les êtres humains sont incapables d’envisager des entités. (...) en dehors de leur vécu. Dieu est une de ces entités. (...) Une des grandes religions monothéistes soutient que nous avons été créés à l’image de ce Dieu ; il est plus vraisemblable de croire que nous avons créé Dieu à notre propre image".

Ce début des conclusions vient après une aussi excellente que brève étude de l’évolution humaine que I. Tattersal fait démarrer à la suite de son émerveillement devant les peintures pariétales des sites voisins des Eyzies ainsi que de Lascaux et l’Altamira. Incidemment il cite François Bordes (pour qui je professe une haute estime - à ses heures, auteur de science-fiction sous le pseudonyme de Francis Carsac qui, dans "Pour Patrie, l’Espace" (à lire absolument aussi), à l’un de ses personnages qui demande "à quoi croyez-vous donc ? Qu’est-ce qui vous pousse à vivre ?" fait répondre : "Nous croyons en l’homme, Tinkar, ou plutôt en l’intelligence...") qui avait si bien saisi qu’on peut se sentir à la fois si loin et si près de leurs auteurs.

Puis il développe ce parallélisme de l’évolution du corps, du cerveau (là, il rejoint Damasio) et de la main qui le sert ainsi que l’a si magnifiquement exprimé Paul Valéry sur les murs du Palais de Chaillot.

Cette histoire inscrite dans la famille buissonnante des primates est jalonnée par touts les signatures fossiles depuis l’extrême début à environ 4 millions d’années, l’apparition et l’évolution de l’outillage, la latéralisation quasi générale à droite qui diverge de l’évolution des simiens anthropoïdes, la sortie de l’Afrique, la première "trace irréfutable de la domestication du feu" (près de Nice), l’apparition de la pensée symbolique, les signes de coexistence entre Néandertaliens et Cro-Magnon.

Le foisonnement des espèces, de parenté plus ou moins proche des primates, simiens ou hominiens, écarte la notion de lignée évolutive au profit de la prédominance aléatoire d’une branche dont le volume cérébral très augmenté a donné en masse structures et agencements nouveaux tout en gardant pratiquement les bases des ancêtres éloignés, ce qui pour Tattersal "rend unique notre espèce, jusque dans le danger qu’elle représente pour elle-même, comme pour le reste du monde vivant."

Au passage, la notion de race est balayée par l’unicité de l’espèce malgré la fallacieuse apparence de la diversité ethnique. Tattersal explique avec maestria, comment, des vestiges, on peut conclure à l’existence d’un langage et fait apparaître la logique dont découlent les phénomènes de civilisation.

In fine, une étude sur les sociétés humaines et les perspectives préoccupantes. Vraiment à lire absolument.


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Publié dans le n° 247 de la revue


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