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L’énergie, moteur du progrès - 120 clés pour comprendre les énergies

Publié en ligne le 30 octobre 2015
Note de lecture de Kévin Moris - SPS n° 314, octobre 2015

« Pour que l’énergie « fasse le bonheur » des 9 milliards d’humains de 2050, il faut certainement l’assortir d’une bonne dose de sobriété et de rationalité. » (p. 132)

L’auteur, Paul Mathis, est ingénieur agronome et docteur en sciences physiques. Il a effectué des recherches sur la photosynthèse et dirigé le laboratoire de bioénergétique (laboratoire mixte CEA-CNRS) à Saclay. Il est aussi membre du conseil scientifique de l’association Sauvons le climat 1. Depuis quelques années, il se consacre à la diffusion des connaissances dans le domaine de l’énergie. Il a ainsi déjà publié quelques ouvrages sur ce thème 2.

Il est rappelé en quatrième de couverture que « toute l’histoire de l’humanité montre que l’énergie a été un facteur de progrès ». 3 Mais le progrès s’accompagne d’inconvénients qu’il faut prendre en considération. P. Mathis pose ainsi 120 questions réparties en sept chapitres : « L’énergie sous toutes ses formes », « L’énergie et le vivant », « Histoire de l’utilisation des ressources énergétiques par les humains », « Les ressources en énergie », « La transition énergétique », « Énergie et société », « Quelques pistes pour l’avenir ».

Voici quelques exemples de questions posées : « L’électricité, est-ce de l’énergie ? », « Pourquoi certaines bactéries produisent-elles du méthane ou de l’hydrogène ? », « L’énergie est-elle l’ennemie de la biodiversité ? », « Les gaz de schiste, nouvel eldorado ? », « Brûler du bois, est-ce une bonne chose ? », « Comment peut-on stocker de l’énergie ? », « La transition énergétique, simplement une mode ? », « Pour des questions d’énergie, faut-il produire et consommer local ? », « Pourquoi dit-on que la question de l’énergie est stratégique ? », « Avec les EnR [énergies renouvelables], sommes-nous assurés d’avoir de l’énergie pour toujours ? ». Tous les aspects liés à la problématique de l’énergie sont donc abordés.

Les réponses sont essentiellement factuelles et permettent au lecteur de comprendre les enjeux pour se faire sa propre opinion. Certaines réponses sont dirigées – arguments à l’appui – vers un choix plus judicieux à faire : par exemple il serait préférable de ne pas exploiter les gaz de schistes en raison de l’émission de gaz à effet de serre qui résulte de leur utilisation (p. 65) ; ou bien il faudrait que le coût des transports soit évalué en tenant compte de l’émission de gaz à effet de serre : quand « les transports seront payés à leur juste prix, ils seront utilisés plus rationnellement » (p. 119).

Il est préférable de lire une première fois linéairement, car les concepts sont logiquement présentés les uns après les autres. Mais on pourra ensuite se reporter directement à l’une ou l’autre des questions.

Certaines affirmations nécessiteraient des explications complémentaires. Pourquoi le barrage d’Assouan est « l’exemple le plus désastreux » des « très grands barrages » (p. 93) ? Pourquoi, en France, « la prolifération de grands animaux [...] commence à poser problème dans les forêts » ?

P. Mathis ne propose pas de développements théoriques sur les phénomènes décrits, espérant rendre son propos plus accessible. Il est néanmoins peu précis sur la description des mécanismes du transfert thermique (p. 12). Et l’on pourra regretter certaines approximations : l’assimilation de l’énergie noire à « celle de la matière noire de l’univers » (p. 26) ou encore le plutonium présenté comme un produit de fission de l’uranium (p. 17).

En dehors de cela, l’auteur fait preuve d’un véritable talent de vulgarisateur, car les enjeux de l’utilisation de l’énergie sont clairement exposés, avec un vocabulaire accessible à tous. La compréhension est en outre facilitée par les nombreuses illustrations (photographies, images ou schémas) judicieusement choisies.

Bien que l’ouvrage ne comporte pas de références particulières, mais seulement une bibliographie d’une trentaine de livres, revues ou sites Internet, cela n’empêche pas d’avoir le sentiment que P. Mathis maîtrise son sujet.

L’ensemble de l’ouvrage s’apparente finalement à un plaidoyer pour alerter sur le changement climatique : « Et pour ce problème global, il faut des décisions mondiales » (p. 110). On ne peut que féliciter l’auteur de déployer son... énergie dans ce sens, tant la prise de conscience des citoyens est loin d’être acquise. Un ouvrage à recommander à toute personne intéressée par la compréhension des enjeux énergétiques, indissociables du changement climatique. Et peut-être aussi à la classe politique ? Car le « prochain grand rendez-vous sur le climat, c’est Paris 2015. Il aura la lourde responsabilité de mettre la planète sur le bon chemin » (p. 111).

2 Citons par exemple chez le même éditeur : Les énergies, comprendre les enjeux (2011).

3 On pourra relire avec profit l’article Du muscle à l’atome, SPS n°301, juillet 2012, par Marcel Boiteux pour des précisions.

Publié dans le n° 314 de la revue


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