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L’envahisseur des bas-côtés

Publié en ligne le 17 novembre 2006 - Écologie
par Isabelle Burgun

La multiplication des routes au Québec a permis la prolifération d’un roseau exotique en provenance d’Eurasie, qui fait reculer le roseau indigène ou même la quenouille des milieux humides. « Il peuple à 99 % les abords des autoroutes, 95 % ceux des routes et 93 % les rives du fleuve », révèle Claude Lavoie, professeur titulaire de l’École supérieure d’aménagement du territoire et développement régional (ESAD) de l’Université Laval.

Présent depuis des milliers d’années, le roseau indigène n’a pas eu de concurrence avant... 1916 ! Une date très précise où l’étudiant Benjamin Lelong retrace le premier roseau exotique, à travers des analyses génétiques effectuées sur 289 spécimens précieusement conservés dans des herbiers. Les herbiers forment en effet de formidables outils pour se livrer à ce type d’étude dite de biogéographie.

Mais c’est seulement dans les années 1960 que l’envahisseur gagne du terrain, formant alors 50 % des prises. « Cette explosion est dû à l’extension du réseau routier et à l’extension des autoroutes », soutient Claude Lavoie, responsable du laboratoire d’écologie historique spécialisé dans les plantes envahissantes.

Les aménagements autoroutiers, les remblayages fréquents et l’usage de fertilisants favorisent ainsi la prolifération de l’espèce exotique.

Aujourd’hui, le roseau indigène ne forme plus que 26 colonies, situées majoritairement entre la rivière Saint-François et le lac Saint-Pierre. « On le retrouve aussi au lac Saint-Jean et en Gaspésie, mais les colonies sont dispersées. On considère aujourd’hui le roseau commun comme une plante rare », affirme Claude Lavoie.

La quenouille perd du terrain

Les routes s’avèrent les voies de pénétration idéale pour ce roseau d’Eurasie. C’est pourquoi l’équipe de Claude Lavoie a parcouru des milliers de kilomètres aux abords des autoroutes pour comprendre cette invasion. Les canaux de drainages humides et dénués d’ombre qui bordent les autoroutes sont en effet un habitat de choix pour cette plante commune.

La quenouille, le principal compétiteur du roseau, recule elle aussi. Et cet intrus résiste mieux que l’indigène à l’épandage de sel de déglaçage, comme l’a découvert l’équipe de recherche.

L’envahisseur préfère le grand soleil à l’ombre. La plantation d’arbustes le long des réseaux routiers serait donc une des solutions. Mais dans tous les cas, l’intrus est là pour rester. Seuls des mécanismes de contrôle pourront limiter sa progression. « Je dis souvent que l’invasion d’une plante est la manifestation d’un problème. Un symptôme d’un mal plus profond que subit l’environnement, telle la forte pollution », soutient Claude Lavoie.

Au Québec, il existerait une douzaine d’espèces exotiques envahissantes et problématiques, présentes surtout dans les milieux humides. Face à un envahisseur, il importe de faire un état de la situation et d’évaluer le risque qu’il représente dans son nouvel habitat. Car il ne suffit pas d’être présent dans toute la province et exotique : c’est le cas de la marguerite qui n’est pas considérée comme un intrus. La plante doit surtout présenter un danger réel pour les espèces indigènes et un risque de réduire la biodiversité.

Le laboratoire d’écologie historique de l’université Laval


Mots-clés : Écologie


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