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L’esprit de l’athéisme - Introduction à une spiritualité sans Dieu

Publié en ligne le 31 mai 2007
Note de lecture d’Agnès Lenoire - SPS n° 276, mars 2007

« Le mystère et l’évidence sont un, et c’est le monde. Mystère de l’être : lumière de l’être. »
Extrait, page 174.

Le titre – et le sous-titre – devraient éveiller la méfiance du lecteur. Trop d’insistance sur la spiritualité devra inciter au recul. L’ouvrage est en effet trompeur : la première partie est un questionnement intéressant : peut-on se passer de religion ? Comment définir Dieu ? André Comte-Sponville y affirme à maintes reprises qu’il est athée, et il explique à cette occasion la différence entre agnosticisme et athéisme. Le lecteur trouvera aussi dans cette première partie une série de six arguments contre l’existence de Dieu, exposés de façon claire, ainsi qu’une reconnaissance du matérialisme et de la valeur de la science dans sa quête de vérité. Il affirme : « Si rien n’est vrai, il n’y a plus de réfutation possible. C’est la fin de la raison. », et plus loin : « S’il n’y avait pas de vérité, il n’y aurait pas de connaissances, ni donc de progrès de connaissances. »

La seconde partie change de ton. Alors que les rationalistes auront pu apprécier plusieurs aspects du début de l’ouvrage, même si plusieurs indices pointent vers cette fameuse introduction annoncée dans le titre, il se produit une rupture à mi-parcours. La voie a été bien préparée, et l’auteur nous introduit à ce qui lui paraît essentiel. S’agit-il d’une introduction à, ou bien d’une introduction de ? La seconde option, sans doute moins élégante, conviendrait mieux au sens de cette seconde partie ! L’auteur nous pousse en effet très fort à entrer dans une spiritualité qui serait, selon lui, celle de l’athée, et qui est celle des philosophies orientales.

Notre philosophe, après avoir tenté de nous convaincre de son athéisme, va alors se lancer à corps perdu dans une apologie du mysticisme oriental, qu’il émaille de nombreuses références à Freud. Il reprend le concept de « sentiment océanique », diffusé par Freud, qui est pour lui un état de conscience modifié. Il raconte ses expériences de béatitude, de détachement, de communion avec le grand Tout, sur des dizaines de pages. Vous vous surprendrez à côtoyer un grand vide…

Les matérialistes ne contesteront pas ce qu’a vécu André Comte-Sponville au plus profond de ses ressentis, qui est respectable. Mais ce que le matérialiste athée n’acceptera pas, c’est que ce mysticisme soit présenté comme étant spécifique de l’athéisme. L’athée revendique la liberté d’avoir ou non une spiritualité, et de la choisir en dehors des philosophies qu’il nous expose. Ce qui nous fait repousser avec force une phrase telle que celle-ci : « L’idée d’un "mysticisme athée” devient une espèce d’évidence qui s’impose à la pensée. »

André Comte-Sponville a beaucoup bataillé pour nous convaincre qu’il ne croyait plus en Dieu, qu’il avait « cessé de lui manquer ». Mais, visiblement, il l’a marqué de son sceau.

Publié dans le n° 276 de la revue


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