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L’étoile de Bethléem - La lumière guide-t-elle toujours nos pas ?

Publié en ligne le 24 juillet 2015
Note de lecture de Christine Mourlevat-Brunschwig - SPS n° 313, juillet 2015

« Quand ils aperçurent l’étoile s’arrêter,
ils furent saisis d’une très grande joie
 » (p.7)

L’étoile des rois mages est un astre porteur de tant de rêves et de symboles, mais qui sont ces mages et quelle étoile ont-ils réellement suivie ?

Un préambule nous permet de faire un peu mieux la connaissance de ces figures si populaires de l’iconographie chrétienne. Seul l’évangile de Matthieu les évoque mais sans donner leur nombre exact et la tradition occidentale immortalisera finalement trois mages, peut-être originaires de Mésopotamie ou de Perse. Leur identité se décline plutôt comme astrologues, savants ou hommes sages que rois, titre qui ne leur sera attribué qu’au troisième siècle.

L’auteur aborde ensuite le problème crucial de la datation de l’apparition de l’étoile. Celle-ci se manifeste deux fois, une fois vue « de l’orient » soit à son lever et une seconde fois sur la route de Bethléem. Les évangiles ne donnent aucune certitude, ni sur ces moments, ni sur la date de naissance présumée de Jésus (vraisemblablement entre 7 à 5 av. J.-C.). Les données étant rarissimes la mort d’Hérode (4 av. J.-C.) semble être le seul point de référence chronologique solide.

Le deuxième chapitre du livre nous emmène à la poursuite de cette étoile qui guide ces mages, et cependant qu’eux seuls semblent avoir remarquée. Les différentes hypothèses, avec leurs contradictions, sont présentées en triant ce qui est spéculatif d’éventuels débuts de preuves.

Giotto représente l’étoile de Bethléem sous la forme d’une comète dans « l’Adoration des Mages », une des scènes des fresques admirables de la chapelle Scrovegni de Padoue (1306). Il a probablement vu celle de Halley en 1301 dont la visite en -11 av J.-C. ne coïncide pourtant pas avec l’étoile de Bethléem. Et pourquoi les mages auraient-ils observé un phénomène d’une telle ampleur alors que tout Jérusalem semblait l’ignorer ?

Une autre piste pourrait être l’apparition subite d’une étoile dans le ciel. Une supernova peut provoquer une forte augmentation de luminosité. Mais aucune source du monde gréco-romain, aucune chronique chinoise ne mentionne l’apparition d’un phénomène d’une brillance comparable. Kepler semble pourtant l’avoir cru un certain temps. Il observe en 1604 une supernova et simultanément une conjonction entre Jupiter et Saturne et imagine une configuration semblable. Il se focalise sur la célèbre triple conjonction de (7 av. J.-C.). Cette série de trois conjonctions d’affilée, à quelques semaines d’intervalles, entre Jupiter et Saturne, aura fait couler beaucoup d’encre en assimilant à l’étoile recherchée la spectaculaire première conjonction du 29 mai où les deux astres se trouvaient à moins d’un degré et semblaient donc se joindre dans le ciel.

Dans la dernière partie, l’auteur se livre à une analyse critique en soulignant que les suppositions non astronomiques échappent alors à toute interprétation scientifique. Quelle est l’opportunité de bâtir une théorie astronomique à partir du fragment d’un livre baigné d’une tout autre tonalité ? Et si Matthieu avait voulu décrire un phénomène d’un autre ordre, symbolique par exemple ? Selon Pline l’Ancien, dans son encyclopédie Naturalis Historia regroupant l’essentiel de la connaissance scientifique de l’époque, les étoiles sont des présages et naissent avec un individu parées d’un éclat proportionnel à sa destinée.

Ce très court ouvrage, néanmoins bien condensé, permettra à ses lecteurs de s’interroger sur les rapports croisés entre sciences, histoire, mythologies et imaginaire en découvrant cette sorte de Graal lancé dans le ciel dont le sens continue d’être multiple.

Publié dans le n° 313 de la revue


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