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Point de vue

L’hormone de croissance synthétique peut-elle être dangereuse ?

Publié en ligne le 30 juillet 2011 - OGM et biotechnologies -
par Louis-Marie Houdebine - SPS n° 295, avril 2011

Une autocensure rampante serait-elle à l’œuvre dans le monde des biotechnologies ? Celle dirigée contre les OGM semble prendre une place insidieuse dans certains organismes publics de recherche, où la complaisance envers les attitudes anti-biotechnologie ou même anti-science se manifeste parfois de façon détournée, et peut-être inconsciente. Ainsi, serait-ce le caractère synthétique de l’hormone de croissance qui serait source de dangers ? C’est en tout cas ce que laisse entendre le titre d’un communiqué récent de l’AFSSAPS 1, qui révèle qu’un nombre anormalement élevé d’enfants traités par cette hormone sont décédés prématurément. Ce fait mérite une analyse approfondie pour ne pas risquer de se tromper de problème.

L’hormone de croissance (GH, Growth Hormone) est une protéine synthétisée par l’hypophyse, une glande située à la base du cerveau. Elle joue un rôle clef dans la croissance, mais ses effets sont limités lorsqu’elle est administrée chez les sujets normaux. Son absence chez des rats hypophysectomisés (dont l’hypophyse a été retirée chirurgicalement) a une conséquence très nette : les animaux ont un retard de croissance marqué. Celui-ci peut être compensé par des injections de l’hormone.

L’utilisation de l’hormone humaine a été limitée au traitement d’enfants nains pendant des décennies en raison de son manque relatif de disponibilité. La seule source de GH humaine était en effet alors les extraits d’hypophyse. Certains lots de GH d’origine hypophysaire ont été contaminés par des prions qui ont été la cause du déclenchement de la Maladie de Creutzfeldt-Jacob, conduisant au décès à plus ou moins long terme.

La synthèse chimique de protéines qui consiste à ajouter un par un les acides aminés dans un ordre précis est peu efficace, et elle se limite en pratique à la préparation de protéines ne dépassant pas 40 acides aminés. La GH, qui est une protéine de taille moyenne puisqu’elle contient 191 acides aminés, ne peut donc pas être préparée en masse par synthèse chimique. Le génie génétique permet de procéder efficacement à la synthèse de protéines de n’importe quelle taille. Il suffit pour cela de transférer le gène codant la protéine à produire dans des cellules. Le décodage du gène GH dans ces cellules donne naissance à de la GH biochimiquement et biologiquement identique à celle extraite de l’hypophyse. Les protéines obtenues par ce procédé sont qualifiées de biosynthétiques (ou recombinantes). La possibilité depuis vingt ans de produire de la GH à partir de bactéries génétiquement modifiées a été considérée comme un très important progrès, dans la mesure où de la GH non contaminée par des prions, devenait disponible en abondance et à des coûts modérés.

La GH biosynthétique humaine est utilisée pour traiter le nanisme. Elle est également de plus en plus utilisée pour prévenir la sénescence. En effet, avec l’âge, la GH est de moins en moins sécrétée par l’hypophyse, ce qui s’accompagne d’une baisse de tonus, d’une diminution des muscles, d’un dépôt accru de graisses, d’une moindre réactivité du système immunitaire, etc. La GH est donc une hormone de jouvence. On sait par ailleurs que certains sportifs professionnels l’utilisent, souvent sans modération, pour améliorer leurs performances, avec tous les risques que cela comporte (1).

La GH biosynthétique des différentes espèces est également exploitée pour améliorer certaines productions animales. Une application à grande échelle de la GH est le traitement des vaches laitières pour augmenter la production de lait, qui est 15 % plus élevée pendant tout le traitement (2). Ce traitement, classique depuis plus de 20 ans, abaisse le prix du lait sans en changer la composition. Il est bien supporté par les animaux, toutefois avec, parfois des problèmes articulaires qui se traduisent par des boiteries.

L’administration de GH biosynthétique à des animaux pour accélérer leur croissance est vite apparue impraticable. L’hormone doit en effet être injectée plusieurs fois par semaine et en relativement grande quantité. La transgénèse s’est révélée une approche plus fructueuse. Des animaux transgéniques (souris, lapins, porcs, moutons, vaches, poulets, poissons et en particulier des saumons) surexprimant le gène de la GH ont une croissance augmentée ou accélérée à des degrés divers. Une règle générale est alors apparue. Un niveau trop élevé de GH induit toute une série de problèmes de santé chez les animaux : désordres métaboliques, problèmes articulaires, reproduction altérée, mort précoce etc. Pour contourner ces problèmes, de multiples lignées d’animaux transgéniques ont été obtenues, notamment chez les porcs et les saumons. N’ont été retenues que les lignées bénéficiant des effets positifs de l’hormone, et sans ses effets négatifs. Dans tous les cas, les lignées intéressantes n’exprimaient que modérément le transgène GH.

Ces données sont donc plutôt convergentes : la GH a des effets secondaires indésirables à doses élevées, et elle diminue dans ces conditions, en particulier, la longévité des organismes. Il y a donc de bonnes raisons de mettre en cause la manière dont la GH a été utilisée chez certains enfants. C’est ce qui a été fait récemment par le responsable de la santé en France. Mais rien n’indique, dans le communiqué, que les effets indésirables de la GH soient dus au fait qu’elle ait été obtenue par synthèse. Le fait que le mot synthétique ait été ajouté au mot GH jette toutefois un doute indûment, mais peut-être pas innocemment, sur le procédé de préparation (fondé sur le génie génétique) de l’hormone.

Références

(1) Capper JL et al, 2008 Proc Natl Acad, Sci USA 105 : 9668–9673
(2) http://wapedia.mobi/fr/Hormone_de_c...

1 Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé. Communiqué de l’AFSSAPS du 10 décembre 2010.