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L’incantation est-elle une stratégie efficace ?

Publié en ligne le 19 septembre 2013 -

Voir L’incantation est-elle une stratégie efficace ?, introduction à ce débat par Hervé This dans le n° 302 de Science et pseudo-sciences.

Quel est (doit être) le rôle d’une revue de vulgarisation scientifique et, en particulier, celui de SPS ? L’AFIS ne revendique pas cette fonction vulgarisatrice ouvertement ; elle écrit, sur son site Internet, à la rubrique « Qu’est-ce que l’AFIS ? » : « L’AFIS se donne pour but de promouvoir la science contre ceux qui nient ses valeurs culturelles, la détournent vers des œuvres malfaisantes ou encore usent de son nom pour couvrir des entreprises charlatanesques. Elle se veut indépendante de tout groupe de pression et veut éviter toute concession au sensationnalisme, à la désinformation et à la complaisance pour l’irrationnel. » Il s’agit pourtant bien de vulgarisation. Vulgarisation envers les scientifiques eux-mêmes pour commencer, envers les autres publics aussi. Comme l’a écrit Hervé This « La revue [est diffusée] à 5 000 exemplaires, ce qui est... bien peu par rapport aux médias audibles que sont les grandes chaînes de télévision, de radio, etc. ». Soit. Ce n’est pas si mal, l’AFIS et SPS occupent une niche écologique médiatique de salut public. Je me suis abonné à la suite de discussions avec un collègue archéozoologiste qui m’a orienté vers divers sites Web relevant du scepticisme, du rationalisme et autres « -ismes » qui ont manqué à ma formation. Je sais que j’ai une approche naturaliste de ma discipline, la paléontologie, mais là n’est pas le problème ; ce qui importe, c’est mon déficit en formation à la méthodologie, à la logique, la rhétorique, la dialectique, philosophie des sciences, histoire des sciences... comme sans doute de nombreux scientifiques. Rassurez-vous, je ne fais pas mon « coming out », je ne fais qu’exposer le résultat d’un constat réalisé à la suite d’échanges avec un autre collègue paléontologue québécois, qui fut chargé de recherche CNRS au sein de mon unité de recherche il y a une vingtaine d’années, et qui, lui, avait été formé à ces disciplines au cours de son Master au Québec et de son Ph.D. au Kansas. Donc, si je me suis abonné à SPS, c’est pour compléter ma formation (j’ai 63 ans, il y a encore de l’espoir...). Et je suppose que nombre de lecteurs sont dans ce cas.

« Comment « optimiser » le combat rationaliste » ?

Je ne suis pas expert sur ce point, mais je pense que plusieurs moyens permettent d’y parvenir : conférences spécialisées, conférences publiques, enseignement universitaire, transfert dans les établissements d’enseignement du second degré (en cours de physique, chimie, SVT, géographie, histoire, philosophie, etc.), expositions, publications spécialisées ou de vulgarisation, enregistrements radio et TV, supports numériques, Wikipédia, etc. Dans ce contexte, évidemment, SPS paraît bien modeste et isolée. Mais elle sert au moins à former les scientifiques eux-mêmes (voir ci-dessus) qui peuvent diffuser à leur tour via les autres supports que je viens d’énumérer (cf. la réponse de M. Brunschwig à Hervé This). On a là une structure de diffusion qui doit porter un nom particulier chez les spécialistes de la question, et qui m’évoque le schéma désormais standard de représentation de la diversification de la vie au cours des temps géologiques, à savoir « l’arbre de la vie » avec son patron dichotomique rayonnant (voir la figure).

C’est cet effet démultiplicateur qui est efficace à moyen et long terme (cf. M. Brunschwig). Ça demande de la patience et de la persévérance, mais certaines des idées rationalistes finissent par s’imposer au fil du temps au sein de la population, à condition que le modèle d’instruction publique français, laïque et obligatoire, soit maintenu. Ceci est un autre combat, mais intimement lié à celui de SPS. En tant que « fils de la République et de son école », je revendique ce « combat », ce militantisme, et je vous prie de bien vouloir excuser l’aspect pompeux de ces mots. Je connais quelques collègues et amis « savants » qui se reconnaîtront ici. En particulier certains collègues universitaires ou CNRS qui ont commencé leur carrière comme instituteurs d’écoles publiques et qui ont emprunté l’ascenseur social via l’instruction publique (j’utilise à dessein le mot instruction, et pas éducation, bien que celui-ci soit le complément de l’autre). Mais surtout, il ne faut pas baisser les bras ni abandonner le champ de la formation à des chapelles privées, religieuses ou non, militantes, fortunées, et déterminées à imposer leurs vues sectaires fondées sur des dogmes. Je concède par contre qu’il peut être stressant de se trouver face à un auditoire de type grand public devant lequel on fait une conférence-débat sur un sujet « chaud » comme, par exemple l’évolution biologique, sans savoir si ne se cachent pas en son sein quelques créationnistes militants et formés à la dialectique. C’est à ce moment-là qu’on a besoin d’avoir été formé à ce type de situation.

Publié dans le n° 303 de la revue


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