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L’opération de fertilisation des océans LOHAFEX autorisée

Publié en ligne le 30 mai 2009 - Écologie
par Guillaume Calu - SPS n° 285, avril-juin 2009

Le Polarstern, navire de recherche et brise-glace allemand, a atteint les mers australes mi-janvier afin d’y réaliser une expérience de fertilisation des océans. Cette technique consiste à déverser en grandes quantités du sulfate de fer sur une large zone d’essai afin de favoriser la prolifération du phytoplancton. Le ministère allemand des sciences a dans un premier temps suspendu cette mission avant même qu’elle ne débute, plaidant le risque environnemental de ces essais de géo-ingénierie 1. Le 26 janvier dernier, le même ministère est revenu sur sa décision et l’expérience LOHAFEX a pu débuter 2.

Le phytoplancton marin est l’un des principaux acteurs de la « pompe biologique » séquestrant le CO2 atmosphérique. L’idée de provoquer de massives efflorescences afin de stocker le CO2 sous forme de biomasse et de le laisser précipiter dans les eaux profondes est donc rapidement venue aux océanographes. Cependant, les données scientifiques laissent sceptique sur le bien-fondé d’une telle opération. La quantité de carbone organique entraînée dans les eaux profondes reste modeste, tandis que la prolifération phytoplanctonique peut perturber l’écosystème marin 3. En effet, l’accumulation de biomasse en décomposition peut entraîner un appauvrissement des eaux en dioxygène. De plus, certaines micro-algues peuvent rejeter des gaz à effet de serre, mais également produire des halogénures de méthyle, précurseurs chimiques d’halogènes réactifs dégradant l’ozone stratosphérique, et du sulfure de diméthyle régulant la condensation de la vapeur d’eau au-dessus des océans !

Le ministère allemand s’est dans un premier temps appuyé sur la Convention de Londres, qui appelle à un moratoire sur toute fertilisation à but commercial des océans (moyennant paiement en crédits carbone). Cependant, le Polarstern ne réalise pas une campagne privée mais participe à la campagne LOHAFEX, une vaste expérience scientifique menée depuis 1993. Les résultats de cette étude répondent justement à un besoin urgent d’évaluation de cette technique de géo-ingénierie : dernièrement, l’étude internationale Crozex 4a ainsi donné des résultats favorables à la séquestration du CO2 fixé dans les eaux profondes. Certains océanographes ont donc manifesté leur déception face à la première décision ministérielle allemande, qui entravait une recherche internationale et non une activité mercantile.

Mais dans un second temps, le ministère allemand de la Recherche aurait pris connaissance d’un rapport scientifique et juridique indépendant, plaidant pour la reprise de l’expérience LOHAFEX. Ce document aurait fait basculer la décision gouvernementale finale. Le Dr. Karin Lochte, Directeur de l’Alfred Wegener Institute, s’est déclarée ravie de cette décision et a souligné une fois de plus le besoin d’évaluation des techniques controversées de fertilisation des océans.

1 Schiermeier Q. Ocean fertilization experiment suspended. News@Nature 14 janvier 2009.

2 Alfred Wegener Institute. Polarstern expedition “LOHAFEX” can be conducted. 26 janvier 2009.

3 Fertiliser les océans contre le changement climatique : vrai ou fausse « bonne idée » ? (2007)

4 Morgan J. Ocean climate fix remains afloat. BBC News 29 janvier 2009.


Mots-clés : Écologie

Publié dans le n° 285 de la revue


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