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La Fille de Galilée

Publié en ligne le 15 juillet 2004
Note de lecture d’Agnès Lenoire - SPS n° 251, mars 2002

« [...] J’aurais seulement ajouté que si l’Écriture ne peut errer, certains de ses interprètes et commentateurs le peuvent. »

Galileo Galilei (1564-1642)

On a peine à le croire en lisant le titre, mais La fille de Galilée est bien un ouvrage sur le grand Galileo Galilei. Il retranscrit donc sa vie, ses découvertes, son combat contre l’obscurantisme, ainsi que le contexte politique et social de l’Italie du XVIIe, à travers les lettres que sa fille, la nonne Maria Céleste, lui écrit du fond de son couvent.

Dava Sobel, New-Yorkaise, déjà auteure du best-seller Longitude, a fait quatre voyages en Italie et traduit de l’italien les 124 lettres de Maria Céleste à son père. Les plus importantes constituent la trame de sa narration. On dispose en effet des lettres de la fille à son père, mais les réponses de Galilée sont perdues, sans doute détruites par une mère-abbesse du couvent, en raison de la réputation sulfureuse de son auteur.

Galilée a eu trois enfants, nés d’une longue liaison avec une belle Vénitienne, dont deux filles qu’il a prématurément envoyées au couvent pour les protéger de ses ennemis, qui, en 1611, manifestaient déjà leur hargne devant ses théories scientifiques.

Nonne chez les Clarisses, pauvre d’entre les plus pauvres, dès 13 ans, l’aînée de ses filles, sous le nom de Maria Céleste, n’aura de cesse de transmettre à son illustre père une chronique épistolaire pointilleuse de la vie du couvent, tout en lui prodiguant ses conseils et ses encouragements au cœur de ses batailles intellectuelles.

Galilée, quant à lui, s’efforcera d’adoucir la rude vie de la nonne par ses services, ses cadeaux, ses visites au couvent, et surtout par cette « indulgence aimante », dont Maria elle-même dit qu’elle imprègne leurs échanges.

Dans les lettres de Maria, on apprend tour à tour que la jeune femme, entre autres activités, s’occupe de blanchir les cols de son père, lui confectionne des fruits confits et lui prépare ses médicaments. Mais elle prend aussi en charge la gestion de sa maison et de ses affaires pendant qu’on le retient à Rome, de longs mois durant, pour comparution devant le Saint-Office.

Et toujours, comme fil conducteur, cet amour inaliénable et ce soutien indéfectible de la fille envers son père, même au plus fort des accusations d’hérésie.

Dava Sobel a su créer un merveilleux équilibre entre le banal et l’extraordinaire, le quotidien pragmatique et les élans intellectuels. Le lecteur passe, avec le plus grand naturel, des soucis domestiques et logistiques de la jeune nonne aux soucis politiques et scientifiques de son père.

En nous proposant une biographie épistolaire, Dava Sobel prend le parti de brosser un portrait humain du grand scientifique, où cohabitent avec harmonie le père aimant et le chercheur passionné. Car l’auteure ne cache pas son admiration profonde pour Galilée. Celle-ci rayonne au détour de chaque page de son ouvrage, ouvrage qu’elle a d’ailleurs dédicacé à ses deux pères, le sien et Galileo Galilei.

Il en résulte que l’on n’y retrouve pas le caractère provocateur que les historiens aiment à prêter à Galilée pour expliquer l’acharnement de l’Inquisition contre lui et son abjuration finale devant un Saint-Office qu’il aurait défié. Le lecteur y découvre plutôt un Galilée amoureux de la vérité, sûr de ses découvertes et opiniâtre dans la défense de ses bonnes intentions.

Nous sommes bien loin de l’arrogance légendaire attachée au personnage. Galilée hérétique, n’y pensez plus. Dava Sobel nous le décrit profondément respectueux des Saintes Écritures, mais dénonciateur des traducteurs indélicats qui les interprètent à leur guise.

Brillante et originale, cette nouvelle biographie n’est pas seulement un portrait intimiste d’une relation forte père-fille, mais aussi une grande fresque historique et scientifique de ce tout début de XVIIe. Dava Sobel y conjugue tous les talents, celui de narratrice, de vulgarisatrice et d’historienne, et sans jamais négliger l’élément central qui a guidé les pas de son personnage, l’amour de la science.


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Publié dans le n° 251 de la revue


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