Accueil / Notes de lecture / La biologie au siècle des Lumières

La biologie au siècle des Lumières

Publié en ligne le 31 mai 2007
Note de lecture d’Agnès Lenoire - SPS n° 276, mars 2007

« Une fois de plus, on constate que ces vitalistes du Siècle des lumières se défendent d’être des métaphysiciens ; ils se veulent scientifiques et seulement scientifiques, et s’ils évoquent les “forces vitales”, c’est, disent-ils tous, comme Newton évoquait la “force d’attraction”, sans chercher à en comprendre la nature. »
Extrait, page 284

Vitalistes, animistes, mécanistes, qu’ils soient de nos jours reconnus ou décriés, ont tous apporté leur pierre à l’édifice de la biologie. Et l’édifice fut imposant à construire : jusqu’au XVIIe siècle, les études sur le vivant n’avaient pour but que l’utilité, celle de trouver de nouvelles plantes qui nourrissent la population ou de nouveaux remèdes contre les maladies. Le siècle des lumières se démarque alors des autres par l’abandon, par ses savants, du pragmatisme habituel. Ceux-ci cherchent « pour savoir » : la science va prendre ses lettres de noblesse. C’est ainsi que les naturalistes vont s’attacher à adopter une classification des plantes, et se débarrasser en partie de la nomenclature assez floue issue des textes anciens. Tournefort lance alors un concept de classification qui s’appuie sur la comparaison des structures fines des plantes ; elle sera reprise et développée par Linné. Son système est encore très présent aujourd’hui à travers les noms de classes de fleurs, comme les Labiées ou les Ombellifères.

Une autre caractéristique des savants de cette époque, hormis qu’ils se détachent des dogmes des textes anciens, est qu’ils pratiquent l’expérimentation comme un élément intégré à leur recherche, et non pas comme simple outil vérificateur d’une théorie. Pourtant toutes les expériences réalisées donnent lieu, par leurs auteurs ou par d’autres, à des systèmes explicatifs qui tentent une généralisation. C’est le cas des expériences innombrables qu’a fait Leeuwenhoek, premier constructeur de microscopes (500 sont de ses mains), entre la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle, et observateur passionné du monde des microbes. Ses découvertes des globules rouges du sang, des levures, des bactéries, des spermatozoïdes donneront lieu à des théories établies par d’autres que lui, Leeuwenboek se déclarant maître de ses instruments, pas des idées. En particulier, deux théories de la génération sont nées : les « animalculistes », qui accordent toute la puissance de création au spermatozoïde (il contient tout l’embryon en lui), et les « ovistes », qui attribuent ce rôle au seul ovule. Les débats font rage, et pas seulement sur ce sujet.

Le vitalisme fait partie de ces débats. En effet le mécanicisme de Descartes, qui avait permis de se détacher du caractère sacré du corps en le traitant comme une machine et en permettant son exploration, n’expliquait pas la programmation des êtres, cette façon d’être agencé strictement dans le même ordre. En absence de connaissance de l’ADN, une force vitale fut avancée, laquelle fut déclinée à toutes les découvertes de l’époque. Peut-être un peu trop. Le vitalisme pouvait alors prendre, chez certains, la forme d’un animisme plutôt métaphysique. Reste que la richesse des débats a fait avancer toute la science en pointant les zones d’ombre qui restaient à éclaircir.
L’auteur clôt son livre par Lamarck, qu’il réhabilite comme étant le précurseur de Darwin. Bien que sa théorie n’ait contenu aucun concept de sélection naturelle, il avait bien mis en avant celui de pression de l’environnement sur l’individu.

L’ouvrage de Paul Mazliak est un monument d’érudition. Il y réussit l’exploit de, tout à la fois, nous brosser des portraits humains attachants, nous plonger dans un climat intellectuel foisonnant, nous expliquer les découvertes, les tâtonnements et nous en décrypter tous les enjeux.

Publié dans le n° 276 de la revue


Partager cet article