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La parapsychologie : « toute une éducation à refaire » !

Publié en ligne le 20 septembre 2005 - Mythes et légendes
par Agnès Lenoire - SPS n° 267 mai 2005.

Séismes et réactions animales

Alors que le tsunami de l’Asie du sud-est a entièrement centré notre attention, notre compassion, notre solidarité, sur les drames humains, une petite information a circulé sans vraiment bouleverser l’opinion publique : la plupart des animaux ont été épargnés dans de nombreuses régions, grâce à la fuite vers l’arrière, juste avant l’arrivée de la vague.

L’information, si elle a provoqué quelques questionnements, est pourtant restée anodine. On sait depuis longtemps que les sens des animaux sont particulièrement développés, selon les espèces et selon leur environnement. Les uns ont une acuité auditive dans de larges gammes de fréquences de sons, comme les éléphants qui entendent les infrasons et communiquent entre eux sur de grandes distances.
D’autres perçoivent les vibrations de l’air comme les félidés, grâce à leurs vibrisses (moustaches). Pour autant, il n’a jamais été prouvé qu’elles puissent leur faire ressentir un séisme à l’avance. Ces phénomènes sont dignes d’être assidûment étudiés par la science, et ils ne relèvent alors pas du paranormal.

Encore que...

Capacité sensorielle ou don « psy » ?

L’Institut Métapsychique International (IMI) s’est emparé de la nouvelle et y consacre six pages 1 sur son site web. Le titre laisse songeur : « Les animaux capables d’alerte avancée, ou toute une éducation humaine à refaire. »

Cet article est absolument vide malgré le volume d’écriture imposant. L’IMI, sous la plume de J.-P. Dautun, voudrait nous faire croire à un état « psy » des animaux. On aurait pu s’attendre à la croyance en un sixième sens, lequel peut ouvrir un débat sérieux, puisque certains animaux, en plus des cinq sens que nous partageons avec eux, sont parfois dotés de capacités que nous ne possédons pas. La chauve-souris n’émet-t-elle pas des ultra sons dont elle analyse l’écho pour se localiser, ou pour situer ses proies ? Certains oiseaux migrateurs ne sont-ils pas soupçonnés de s’orienter, lors de leurs grands périples, en partie grâce à une sensibilité au magnétisme terrestre ?

Un sixième sens qui serait synonyme d’aptitude supplémentaire n’est donc pas une hérésie pour la raison. Mais il ne s’agit pas de cela. L’IMI prétend à un talent « psy » pour les animaux, c’est-à-dire un talent ésotérique, évanescent, non défini, impalpable, fascinant donc, mais... indémontrable, puisque rien de concret ne corrobore cette affirmation tout au long des six pages. Vous avez dit « psy » ? Alors vous avez dit « coquille vide », comme le montre cet extrait : « Il y a peut-être autre chose dans cette info à ne pas laisser passer pour une fois, ni par négligence, ni par ces formes de gaspillage. Quelque chose de tout neuf, et qui la distingue des nombreux autres cas où l’animal a pu intriguer l’homme d’une façon ou d’une autre. »

Ce « quelque chose de tout neuf » n’apparaîtra jamais clairement, sauf dans les brumes du mystique.

Éloge de l’instinct

Quel est donc le but de l’IMI dans cet article ? Il est simple : discréditer l’humain, cet être arrogant qui croit tout savoir, qui se prévaut de tout prévoir grâce à ses technologies, et qui est mis en échec devant un simple animal et son talent naturel. Car il s’agit bien, pour l’auteur de l’article, de faire l’apologie de l’instinct, du naturel, mis en parallèle avec les difficultés des humains à se sortir d’un bourbier prédictif qu’ils ne maîtrisent pas. La critique des dispositifs humains, le mépris des techniques, s’étalent à longueur de pages : « [...] en face le dispositif animal : apparemment opérationnel à l’instant ; peut-être même d’avance. Activé en tous comme si c’était un seul. [...] Quoi d’autre ? L’équipement est natal, bio intégré en chacun sans fil ajouté ; et apparemment zéro défaut. »

Voilà un culte de l’animalité à peine voilé, animalité seule parfaite puisque dotée de « zéro défaut ». Ce culte s’assortit logiquement, et malheureusement, d’un joli dédain pour les pauvres capacités humaines qui ne seront jamais à la hauteur des instincts animaux : « Division [...] à l’intérieur de lui-même : et là non plus il ne veut rien savoir sur son archaïque legs animal, sauf la part domestiquée. »

Pourquoi ce dédain pour l’homme qui s’appareille techniquement par manque d’appareillage naturel, et qui, nu face au monde, délaissé par l’évolution, trouve la parade en inventant tout ce qui est nécessaire à sa survie et même au-delà ?

Un talent animal bien imparfait

De plus, il faut sans doute expliquer aux parapsychologues que, tout dignes de respect soient-elles, les capacités des animaux ne sont pas marquées du sceau de perfection, mais qu’elles peuvent être entachées d’erreurs.
Par exemple, pendant les éclipses totales de Soleil, les bêtes sont prises de frayeur. Elles se taisent, fuient ou se terrent, en attente d’un cataclysme. Est-ce la manifestation du fameux don « psy » animal si bien ajusté, avec « zéro défaut » ? Faut-il suivre leur exemple et fuir ?
Sous la toge noire d’une incroyable nuit, mise en scène par le jeu de deux astres, le talent « psy » de l’animal revêt alors la toge de la méprise magistrale.

1 http://www.metapsychique.org/, rubrique « Psi cause-toujours » dans « Axes de réflexion ».


Mots-clés : Mythes et légendes

Publié dans le n° 267 de la revue


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