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La peur du savoir - Sur le relativisme et le constructivisme de la connaissance

Publié en ligne le 25 janvier 2010
Note de lecture de Jean Bricmont - SPS n° 289, janvier 2010

Ce livre est consacré à la critique d’une idée fort répandue dans la culture intellectuelle contemporaine : dire d’une proposition qu’elle est vraie, signifie qu’elle l’est relativement à une culture, à un point de vue, à une façon de penser, mais jamais qu’elle est vraie tout court – parce que cela n’aurait aucun sens. Le cadre de référence dans lequel s’insèrent les vérités est lui-même arbitraire. Par exemple, le philosophe américain Rorty soutient qu’on ne peut pas dire que Bellarmin, le prélat opposé à Galilée, avait tort, parce que lui et Galilée raisonnaient simplement dans des cadres différents, qui ne peuvent pas être comparés.

Souvent cette idée – le relativisme – est présentée comme étant tellement évidente qu’il n’y a plus besoin de la justifier. Mais Boghossian montre, en analysant logiquement toutes les versions possibles du relativisme, qu’il est parfois incohérent, parfois incompréhensible et parfois tout simplement faux. Comme il le dit, c’est une erreur de penser que la philosophie contemporaine a découvert des raisons de rejeter la vue intuitive selon laquelle « les choses sont ce qu’elles sont indépendamment des opinions humaines et que nous sommes capables de parvenir à des croyances raisonnables et objectives sur ce qu’elles sont. » Et cela « quel que soit l’horizon culturel ou social » de la personne qui évalue les données pertinentes.

Comme Boghossian est américain, les auteurs qu’il critique (Putnam, Goodman, Kuhn, Rorty) se situent pour la plupart de l’autre côté de l’Atlantique. Jean-Jacques Rosat replace le débat dans l’espace francophone, grâce à des annexes très éclairantes consacrées à Bruno Latour, Isabelle Stengers et Michel Foucault.

On ne peut qu’espérer que ce livre très pédagogique contribuera à sortir la philosophie contemporaine de son sommeil relativiste et illusoirement sceptique.

Publié dans le n° 289 de la revue


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