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La raison des sortilèges - Entretiens sur la musique

Publié en ligne le 1er février 2014
Note de lecture de Martin Brunschwig

Tant que le célèbre philosophe Michel Onfray utilisera le mot « raison » dans ses titres, nous nous sentirons autorisés à en rendre compte. Mais ici, dès le sous-titre (et plus encore avec le bandeau rouge installé par l’éditeur autour de la couverture, et qui indique « la musique selon Onfray »), il faut bien avouer qu’il est assez ardu de prétendre que ce livre s’inscrit dans les préoccupations habituelles de l’Afis…

Cela dit, les réflexions d’Onfray, comme toujours, ne manquent pas d’intérêt et il sait présenter les musiques ou les musiciens qu’il aime avec un talent de plume incontestable. Son éloge de Berlioz, par exemple, est un mo(nu)ment des plus réjouissants ! D’autant plus qu’il est effectivement ce « célèbre compositeur méconnu », comme qualifié fort judicieusement ici.

Michel Onfray décrit sa découverte de la musique classique et offre des réflexions tant sur ses goûts que sur quelques « grandes questions », comme le sens de la musique (ou plutôt son absence de sens, car pour Onfray, la musique « est », tout simplement, au même titre que les étoiles ou la mer…). Sa prose est fluide et agréable, la forme dialoguée du livre y ajoutant encore, mais ses raisonnements vont parfois un peu vite en besogne – le philosophe, parfois un peu « raisonneur », justement, n’est jamais loin, ce qui parfois alourdit un peu l’ouvrage… Il fait par exemple un distinguo, pas inintéressant, mais un peu artificiel, entre un sillon « hédoniste », représenté par Berlioz, donc (qui a les faveurs de l’auteur, défenseur infatigable de ce courant de pensée) et un sillon « ascétique », illustré par Debussy. Onfray admet bien volontiers le côté schématique de ses présentations, arguant notamment du fait qu’il se laisse guider par son « écoute subjective de mélomane » et qu’il n’est pas musicologue. Notons d’ailleurs l’utilisation inhabituelle et incroyablement prolixe des points de suspension 1, indice en creux que le talent habituel d’Onfray pour les joutes verbales et les formules brillantes, mais définitives, fait place ici à un auteur plus hésitant, moins tranchant ou moins sûr de lui.

En tout cas, son chemin d’autodidacte à travers la musique, découverte tardivement et avec d’autant plus de passion, est un modèle très enrichissant : il montre que tout le monde peut accéder à la musique classique et devenir un mélomane diablement cultivé et surtout, il offre à Onfray une totale liberté de jugement, car il n’est d’aucune chapelle, courant ou école particulière. Ce regard libre est ce qui fait tout le prix de ces réflexions, personnelles donc parfois critiquables, mais toujours sincères et stimulantes.

1 Jusqu’à 18 dans les pages 138-139 ! Et c’est frappant sur l’ensemble de l’ouvrage…


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