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La santé par les microbes

Publié en ligne le 17 octobre 2015
Note de lecture de Louis-Marie Houdebine - SPS n° 314, octobre 2015

L’auteur de ce livre est un médecin chercheur qui a consacré l’essentiel de sa carrière à l’étude des impacts positifs des bactéries sur la santé humaine. Il s’est rendu célèbre en participant aux travaux qui ont montré que les ulcères de l’estomac étaient dus à l’action des bactéries Helicobacter pylori. Il lui a fallu beaucoup de persévérance pour faire admettre ce nouveau concept. Il a ensuite observé que les sujets débarrassés de ce pathogène souffraient de reflux gastriques pénibles accompagnés de réactions allergiques. Il a de nouveau dû ferrailler pour imposer l’idée qu’une bactérie pathogène peut aussi exercer des effets sanitaires positifs. Il s’est alors investi dans la recherche systématique des bienfaits des bactéries.

La liste des effets positifs des bactéries sur la santé humaine est impressionnante par sa longueur mais aussi par la variété des cas traités. Les très nombreuses bactéries qui sont pour la plupart inoffensives occupent différentes régions de notre corps empêchant les bactéries pathogènes de s’y implanter. Les bactéries contribuent au bon fonctionnement du système immunitaire. Le manque de bactéries s’accompagne fréquemment d’obésité et de diabète. Cette observation est très compatible avec les effets métaboliques bien connus des antibiotiques administrés à des doses sub-thérapeutiques sur la croissance des animaux d’élevage qui est augmentée par ces traitements. Il est possible que certaines formes d’autisme résultant d’un développement anormal du cerveau soient dues à un dialogue défectueux entre le système nerveux central et son homologue intestinal qui interagit avec les bactéries locales. L’auteur s’en prend à la pratique trop fréquente de la césarienne. Il est en effet démontré que cette technique ne permet pas au nouveau-né de recevoir de sa mère autant de bactéries que lors d’un accouchement naturel. Les traitements précoces des enfants avec des antibiotiques semblent être en partie responsables de maladies comme l’obésité et le diabète. Il s’agit donc dans ce cas d’effets retard particulièrement pernicieux. Ces faits et bien d’autres sont établis par des corrélations entre l’absence de certaines bactéries et des pathologies humaines. Des modèles mettant en œuvre des souris viennent dans la plupart des cas conforter ces hypothèses.

L’auteur conclut de ces observations que le mode de vie des humains des pays développés, qui inclut de nombreux traitements par des antibiotiques, a fait perdre plus ou moins irréversiblement une grande partie de leurs bactéries. Des analyses multiples ont montré que la flore bactérienne de peuples isolés n’ayant jamais reçu de traitements par des antibiotiques est beaucoup plus riche que celle des pays développés.

L’auteur connaît parfaitement les bienfaits apportés quotidiennement par les antibiotiques mais il recommande d’en faire un usage plus parcimonieux. Il suggère également de favoriser toutes les pratiques qui éviteraient de diminuer la richesse de notre flore bactérienne. Il préconise aussi la transplantation de flore intestinale qui a montré dans plusieurs cas son efficacité de manière convaincante.

La lecture de ce livre est aisée malgré la richesse de l’information qui s’y trouve. Elle nous fait découvrir un monde qui ne va pas manquer de nous devenir familier.

Publié dans le n° 314 de la revue


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