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La science au secours des jardiniers

Publié en ligne le 11 novembre 2010 -
par Brigitte Axelrad - SPS n° 292, octobre 2010

Il existe une croyance bien ancrée dans l’esprit des jardiniers selon laquelle il ne faut pas arroser les plantes en plein soleil. En effet, selon cette croyance, les gouttes d’eau sur les feuilles et les herbes agiraient comme de mini-lentilles grossissantes et les brûleraient en concentrant les rayons du soleil sur la surface des plantes. Pour vérifier la réalité d’un tel effet, le Dr Gabor Horvath de l’université Eötvös de Budapest et son équipe de physiciens ont mis sur pied une expérience dont les résultats ont été publiés dans le New Phythologist 1. Pour ce faire, ils ont utilisé un modèle informatique ainsi que des tests en grandeur réelle et ils ont découvert que les gouttes d’eau ne pouvaient en général pas concentrer suffisamment d’énergie solaire pour brûler les feuilles avant que l’eau se soit évaporée. Toutefois ils ont remarqué une différence entre deux types de feuilles, les feuilles lisses à petits poils sur lesquelles les gouttes d’eau glissent très vite avant de pouvoir avoir un quelconque effet et les feuilles tropicales dont les poils plus longs retiennent les gouttes d’eau plus longtemps, qui risquent ainsi de les endommager. L’expérience a aussi permis d’expliquer pourquoi les peaux velues prennent plus facilement des coups de soleil après le bain… 292_79-81_1

Le Dr Gabor Horvath a déclaré : « Ce problème n’avait été traité que par des amateurs, des jardiniers ou des profanes, qui ne pouvaient que spéculer sur le sujet. La conséquence est que ce mythe a duré. Nous pensons que des types d’événements, sans aucun rapport avec ce qui nous intéresse, ont pu être en partie responsables de cette croyance largement répandue à propos du soleil brûlant les feuilles à cause des gouttes d’eau. » 2

Il ajoute qu’il y a d’autres raisons plus convaincantes pour ne pas arroser les plantes sous le soleil de midi durant une chaude journée d’été : « L’eau s’évapore rapidement de la surface du sol, et elle ne peut donc pas être utilisée efficacement par les plantes et gazon ».

À ceux qui objecteraient qu’on aurait pu faire l’économie d’une telle expérience tant les résultats étaient prévisibles, il répond : « […] c’est loin d’être une question triviale. L’opinion qui prévaut est que les feux de forêt peuvent être provoqués par la lumière du soleil intense porté par des gouttes d’eau sur la végétation desséchée » 3. Or il est bien plus probable que les mégots lancés négligemment ou les feux mal éteints, par exemple, marchent mieux que les gouttes d’eau pour mettre le feu aux forêts.

1 Optics of sunlit water drops on leaves : conditions under which sunburn is possible. New Phytologist. Vol 185, Iss 4, Mar 2010, pp 979-987. Et sur le site de NewPhytologist : http://onlinelibrary.wiley.com/doi/....
Voir également l’article de François Grandemange, paru sur le site InsoliScience, le 13 juin 2010, « Le mythe des plantes brûlées par le soleil démenti »

2 Citation traduite par François Grandemange.

3 Traduction personnelle de la déclaration de Gabor Horvath publiée par ScienceDaily (Jan. 11, 2010)
« However, this is far from a trivial question. The prevailing opinion is that forest fires can be sparked by intense sunlight focused by water drops on dried-out vegetation. » dans l’article Can a Drop of Water Cause Sunburn or Fire ? Leaves of Certain Plants Are Susceptible to Leaf Burn from Too Much Sun

Publié dans le n° 292 de la revue


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