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La science des sixties - Les avancées remarquables au temps des yéyés et de la Guerre froide

Publié en ligne le 18 avril 2015
Note de lecture de Christine Mourlevat-Brunschwig - SPS n° 312, avril 2015

Conçue comme une mini-encyclopédie, avec un article de quelques pages par sujet, cet ouvrage présente les succès, les « hits » des années soixante, période marquée par la guerre froide, la conquête spatiale et les trente glorieuses. Les auteurs, coordonnés par Olivier Néron de Surgy, journaliste-écrivain scientifique, et Stéphane Tirard, historien des sciences, sont tous des spécialistes du domaine abordé. Ils exposent systématiquement l’origine, mais aussi les suites de ces avancées en replaçant les découvertes dans leur contexte donnant ainsi une vision réellement riche et complète.

Deux générations nous séparent de cette décennie incroyablement foisonnante qui a imprégné tant notre vie quotidienne que la vie sociale ou politique avec, par exemple, les premières alertes de méfiance vis-à-vis de certains scientifiques assujettis à l’industrie ou la prise de conscience des problèmes environnementaux amenant l’émergence de l’écologie.

Voici quelques exemples de ce foisonnement : commençons d’abord par la fascinante description du chaos avec Edward Lorenz, mathématicien devenu météorologiste pendant la guerre. Il propose une représentation simple pouvant décrire le chaos et des structures apparaissent, là où semblait auparavant régner le désordre. Si chacun connaît ce célèbre titre d’une de ses conférences : « un battement d’aile de papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? », peu savent qu’il y répondit par la négative ! En réalité, les effets d’une telle perturbation sont d’une dizaine de centimètres seulement du fait de la viscosité de l’air ! Et pourtant cette image perdure toujours dans l’imaginaire collectif, sans doute à cause de son pouvoir de suggestion…

La primatologue Jane Goodall, véritable héroïne dans son domaine, ira jusqu’à vivre avec les chimpanzés pour les étudier. Elle suscitera l’émotion en découvrant de véritables protocultures et tout un savoir-faire acquis par transmission. Popper redéfinira totalement la science en introduisant la notion de réfutabilité, et amenant lui aussi une refonte des méthodes scientifiques.

La bataille de la pilule marquera une avancée importante dans une France politiquement hostile, suite à une baisse démographique ressentie comme un déclin. Piaget (auteur de 700 articles !) montrera le peu d’efficacité de l’apprentissage passif, remettant en cause les conceptions éducatives de l’époque. Chacun aura froid dans le dos en suivant les expériences de Milgram qui montrent la capacité de l’homme à torturer sous l’influence d’un représentant de l’autorité.

Stéphanie Kwolek, la chimiste aux dix-sept brevets, inventera le kevlar, ce matériau emblématique de cette période, plus solide que l’acier et qui sera dès lors utilisé dans plus de deux cents applications, des pièces d’avions aux cordes, des freins aux gilets pare-balles. L’invention du laser, par ailleurs, permettra de découper un diamant en quinze minutes au lieu de vingt-quatre heures.

L’hypothèse du big-bang va être enfin étayée par l’observation avec la détection du rayonnement thermique à 2,73 K et sera dès lors propulsée au centre de la cosmologie. On découvrira aussi que la tectonique des plaques permet alors de proposer un modèle global des mouvements de la croûte terrestre avec des continents mus par le « tapis roulant des fonds océaniques » ou « seafloor speading » 1.

Pêle-mêle, on trouvera aussi dans cet ouvrage : la description des quarks, les bébés éprouvette, la crise du DDT, l’extraction du taxol (molécule anti-cancéreuse) de l’écorce de l’if, les premières images de Mars, avec ses déserts sans vie… Au total, c’est un peu plus d’une quarantaine de découvertes scientifiques et techniques qui sont replacées dans le contexte des années 60.

Ce livre grand public est soigné, avec ses encadrés, schémas et photos, et présente un judicieux dosage entre sciences et techniques. L’ensemble est franchement attrayant et montre que ce fut, sans nul doute, une période particulièrement stimulante.

1 Signalons que cet article, « La surface changeante de la Terre », est écrit par Philippe Le Vigouroux, membre du comité de rédaction de SPS.

Publié dans le n° 312 de la revue


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